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Marianne trahie et avilie ?…

mardi 19 février 2019, par René Merle

Des avatars de la démocratie représentative ?

Ce dessin de Geoffroy, « Naissance de la République », fait la couverture de L’assiette au beurre (15 juillet 1905) ; il résume le destin de la République, alias Marianne, la pauvre Marianne livrée à tous les vents mauvais du présent.
Il faut suivre dans ce numéro (voir Gallica) la série de dessins par lesquels Geoffroy illustre sans concessions le sort de la République, née du Peuple, éduquée par des hommes de Bien, (tels Jean Valjean protégeant Cosette), puis respectabilisée, trop respectabilisée, sanctifiée par ceux-là mêmes qui, par leur prise de pouvoir, la vident de son sens et l’avilissent.

Comment ne pas penser à ce que Geoffroy dessinerait aujourd’hui, quand la République et son hymne national nous sont invoqués jusqu’à l’écœurement, tant est grande la béance entre la réalité politicienne du pouvoir et l’idéal fondateur…

J’en vois qui sourient au fond de la classe et qui murmurent : « Voici notre blogueur qui exagère et qui dramatise une fois de plus. Nous vivons en République, et, quelles que soient les imperfections de son gouvernement, nous jouissons d’une démocratie que, dans ce monde de brutes, bien des pays nous envient ! On ne va quand même pas focaliser sur des péripéties fâcheuses, du type affaire Emelien-Benalla pour discréditer le pouvoir présidentiel dont nous bénéficions depuis 1958… »

J’en conviens, à condition de s’entendre sur les mots.
Je parlais de béance entre l’idéal fondateur pas celui de 1958 mais celui de 1792, quand il n’y avait pas de Président de la République) et la réalité politicienne du pouvoir actuel.

Que l’on me permette à ce propos une incidente.
J’écoutais ce dimanche sur C politique une sociologue distinguée, parfaite représentante de l’idéologie dominante, traiter de la situation actuelle.
La démocratie directe dont se réclament dans la rue les contestataires actuels (la horde cahotique, injurieuse et violente) est une atteinte à la vraie démocratie, qui, disait-elle, est la démocratie représentative.

Comment ne pas souscrire à son attachement à la démocratie représentative ? Mais affirmer que « notre » démocratie actuelle est représentative ne manque pas de sel dans un pays où la volonté populaire démocratiquement exprimée au sujet de la Constitution européenne a été ensuite bafouée par le Parlement, au nom de la démocratie représentative.
Démocratie participative qui, entre nous soit dit, fait que des millions d’électeurs ne soient représentés au Parlement que par quelques députés.
Mais passons.

Ce qui m’a le plus frappé dans le propos de cette dame, sincèrement attachée, je le pense, à la démocratie, étaient les yeux de Chimène avec lesquels elle avait découvert Emmanuel Macron.
Nos anciens Grecs savaient d’un simple coup d’œil reconnaître le Demi-Dieu dans le mortel qui s’avançait vers eux, tant son aura, sa prestance et son allant le distinguaient du lot. Ainsi avait-elle à première vue distingué dans le jeune candidat cet Extra-ordinaire qui le mettait si évidemment au dessus de la foule ordinaire des politiciens, et de nous, simples citoyens.
On n’aurait pu mieux définir la négation de la démocratie : ce candidat n’était pas celui du peuple, il était celui qui faisait don de sa personne au peuple, ou plutôt celui que les dieux avaient désigné pour être reconnu par le peuple, il était le guide. La pauvre Marianne n’a plus qu’à laisser place au fils de Zeus…

Et naturellement, même si l’enchantement avait quelque peu pâti de quelques écarts du nouveau Président, tout était bel et bon dans sa gestion, disait-elle, et d’ailleurs le peuple aurait mauvaise grâce à contester un homme dont il avait démocratiquement approuvé le programme…
Ce qui signifie que notre éminente sociologue avait parfaitement intégré les codes de l’enfumage, car elle ne saurait ignorer (ou alors sa cécité serait à plaindre) que, notre Constitution (démocratique ?) aidant, ce Demi-Dieu n’avait pas été élu sur un programme, mais avant tout que pour faire barrage à Mme Le Pen. Serons-nous donc à nouveau en 2022 sommés de choisir entre un ardent adepte du "libéralisme" capitaliste et une droite extrême portée par la souffrance populaire ?

Mais bon, je me répète de jour en jour, et je préfère m’arrêter.

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