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Retour sur l’ouvrage de l’archéologue Jean-Paul Demoule

jeudi 21 février 2019, par René Merle

De l’archéologie et de notre présent

Je signalais dans un article récent aux lecteurs de ce site qui s’interrogent sur notre lointain passé [1] que je venais de relire l’ouvrage de Jean-Paul Demoule, On a retrouvé l’histoire de France. Comment l’archéologie raconte notre passé [2].
De l’utilité de l’Archéologie. Jean-Paul Demoule

Le titre est peut-être trompeur, car, avant d’en venir aux Gaulois (et aux Romains) l’ouvrage met d’abord en perspective historique l’immense plage de temps qui vit naître l’Homo erectus, puis qui vit longtemps après s’installer sur le territoire de ce qui deviendra la France les premiers humains, la longue solitude des Néandertaliens, l’arrivée des premiers Sapiens chasseurs-cueilleurs, puis celle des Sapiens cultivateurs et éleveurs… Bref, un passionnant balayage de ces centaines de milliers d’années préhistoriques qui aboutirent aux quelques milliers d’années néolithiques, matrices de notre prospérité et de notre auto destruction [3].
« Le Néolithique fut traversé dans sa seconde moitié (celle que l’on appelle aussi « Calcolithique » ou « Âge du cuivre) par un événement fondamental : l’invention des inégalités sociales avec l’émergence des sociétés à chefferies, et la généralisation de la violence. »

On ne peut échapper à la question : pourquoi est-ce que ça a été comme cela ? Est-ce que ça aurait pu être autrement ?
Jean-Paul Demoule montre qu’à l’évidence c’est de l’adaptation à son environnement (Néandertal, Chasseurs-cueilleurs) puis la maîtrise progressive de celui-ci (agriculteurs- éleveurs) qui a déterminé le cheminement de notre espèce, avec le seuil qualitatif du Néolithique qui a causé l’explosion démographique que nous perpétuons.
Aucune téléologie dans cette logique intrinsèque, née des efforts d’une espèce pour vivre et survivre.

Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais quel rapport avec notre présent ?
Je n’en ferai pas la proposition bien sûr, car Jean-Paul Demoule a grandement mérité ses droits d’auteur, mais je souhaiterais volontiers que les deux derniers chapitres de l’ouvrage, « Leçons du passé : le pouvoir et la mort » [4], « Qu’est-ce qu’être français(e) ? » [5], soient publiés en brochure et distribués gratuitement à chaque Français(e), tellement à partir du passé ils éclairent notre présent, et nous mettent face à nos responsabilités d’être humain, d’être social, de citoyen(ne).

Je mets en rapport ces pages de Jean-Paul Demoule avec les deux pages du philosophe Michel Clouscard (1926-2009), que j’avais publiées à la naissance de ce site, et qui elles aussi n’ont guère suscité l’intérêt des lecteurs de ce site.
La première focalise sur le saut qualitatif initial que fut l’apparition de l’homo erectus :
Michel Clouscard et « le héros de la praxis ».
La seconde interroge, dans ce cheminement de l’humanité, sur le basculement décisif, du monde clos de l’espace tribal à celui des échanges, de la cité et de la guerre
Michel Clouscard, de la Tribu à la Cité, et à la guerre

Notes

[1Au vu des statistiques du site, « mes » lecteurs sont bien plus friands de politique actuelle que de retour à ce lointain passé, et pourtant, comment comprendre sans lui notre présent…

[2Robert Laffont, 2012. Réédition, Gallimard, 2013

[3Je signale d’ailleurs, à propos de néolithique, que vous pouvez depuis peu trouver en poche du même auteur Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’Histoire : quand on inventa l’agriculture, la guerre et les chefs, paru initialement chez Fayard en 2017

[4En voici les subdivisions : Mâles dominants – Chez les chasseurs-cueilleurs – De l’agriculture à la violence sociale – Pouvoirs et résistances – La marche vers l’État – Religions et pouvoirs – Que faire des morts ? – Vivre avec les morts – De la servitude volontaire – De la domination masculine.

[5En voici les subdivisions :Qu’est-ce qu’une nation ? – Le présent ET le passé – Le France n’a pas d’origine – Français ? Européens ? Humains ?

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