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Antisionisme et antisémitisme

jeudi 21 février 2019, par René Merle

De quelques considérations historiques et personnelles…

Dans l’actuel climat délétère autour de la notion d’antisionisme, on court le risque de recevoir des tombereaux d’insultes d’un bord et de l’autre, si on essaie de s’en tenir à une position raisonnable. De quoi donner envie de fermer les volets et de ne plus entendre les bruits du monde extérieur.

Personnellement, je pars du constat que l’antisémitisme est un crime, un crime abominable, et que l’antisionisme est une opinion, aux diverses facettes, suivant que l’on traite du sionisme mis en perspective historique, ou du sionisme tel que le proclame l’actuel gouvernement d’Israël, quand il incite les Juifs du monde entier à « rentrer à la maison », c’est-à-dire à venir s’installer en Israël. On peut juger favorablement l’entreprise sioniste, on peut regretter que les détours de l’histoire aient pu transformer une initiative de sauvegarde devant les persécutions en nationalisme obsidional. Mais dans les deux cas, on en demeure dans le registre de l’opinion.

Le drame, dans la confusion actuelle, et nos concitoyens juifs en sont les premières victimes, est que d’une part le gouvernement israélien considère qu’Israël est la patrie où tous les Juifs doivent venir s’installer, et que d’autre part, traumatisés à juste titre par ce que le nazisme et le pétainisme ont fait subir aux Juifs, que beaucoup de Français juifs considèrent Israël comme une seconde patrie (sans pour autant désirer y vivre). Quand ces deux données se nouent indissociablement, la porte est ouverte effectivement à toutes les dérives : « Tu critiques le gouvernement d’Israël, donc tu es antisémite », « Tu es contre l’antisémitisme, donc tu dois approuver la politique israélienne ».

Je me permets ici un souvenir personnel qui me permet de mieux comprendre cette espèce de double patriotisme que partagent beaucoup de Français juifs. Au lendemain de la guerre, aux débuts de la guerre froide, mon père comme ses amis considéraient l’Union Soviétique comme une seconde patrie (sans pour autant avoir l’idée d’aller y vivre !). Venus au communisme dans le feu de la Résistance patriotique, ils considéraient l’URSS à la fois comme l’État qui avait brisé les reins du nazisme à Stalingrad, comme l’État où se construisait le socialisme, et comme le garant de la paix contre l’impérialisme américain [1]. Leurs yeux et leurs oreilles étaient hermétiquement fermés à toute critique de l’URSS, et leur réveil en sera d’autant plus douloureux après 1956.
Par conséquent j’imagine facilement qu’un Français juif puisse considérer Israël à la fois comme concrétisation d’un idéal millénaire, avec la fierté de voir s’affirmer un état moderne et insolemment démocratique dans ce Proche Orient de dictatures, et le considérer comme un État auquel on ne saurait adresser la moindre critique… Si vous critiquez, vous souhaitez la mort d’Israël, et vous êtes antisémite.

On ne cautérise pas les plaies ouvertes avec de bonnes paroles, et je crains que, sans la moindre pédagogie, l’avalanche actuelle de commentaires sur « antisionisme = antisémitisme » ne fasse qu’envenimer encore plus la plaie.
Mais ce n’est qu’un point de vue. Je ne demande à personne de le partager, et il ne m’empêchera pas d’être fondamentalement, viscéralement opposé à toute forme d’antisémitisme, y compris celle qui, assimilant tous les Juifs à la politique israélienne [2], se conduisent en vrais antisémites.
« »

Notes

[1J’ajoute à ce propos que l’URSS a porté Israël sur ses fonds baptismaux, et lui a fourni une aide militaire décisive lors de la création de l’état d’Israël en 1948

[2Un politique israélienne qui est critiquée au sein même de la population juive d’Israël.

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