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Langue gauloise

vendredi 22 février 2019, par René Merle

de l’impossibilité à terme du bilinguisme

Après mes deux articles consacrées à l’ouvrage de l’archéologue Jean-Paul Demoule, j’insiste à nouveau sur la qualité de sa revisite de l’histoire de France, et donc de l’évocation de « nos ancêtres » les Gaulois.

À propos de Gaulois, délaissons donc un instant notre bien triste actualité, et revenons sur cette lointaine page de la « langue gauloise », comme tant d’autres tournée à jamais, dans l’ignorance et l’indifférence.
Eh bien non, me diront certains, le gaulois n’a pas vraiment disparu, si l’on considère que le dialecte breton vannetais procède d’une persistance et d’une évolution d’un gaulois revivifié par la migration brittonique du Ve siècle vers l’Armorique. (À l’opposé, d’autres pensent que ce dialecte du Morbihan témoigne d’un substrat régional gallo-romain plus important que dans le reste de la Bretagne).
Je me garderai bien d’intervenir dans une discussion pour laquelle je n’ai absolument aucune compétence.

Je ne cachais pas mon irritation, dans mon blog précédent, après la manifestation des Bonnets rouges et son slogan "re’zo re" ("trop, c’est trop") de voir reparaître les éternelles péjorations : "le breton n’existe pas, sinon sous forme de dialectes disparates" (comme si le français parlé ne présentait pas une certaine variété !), ou encore "le breton a servi la cause de la collaboration", (comme si Pétain et les miliciens ne se glorifiaient pas de parler français !), etc. etc. Mais il n’y a pire sourd que qui ne veut pas entendre...
Cependant cette récente actualité m’a également conduit à penser au destin de cette langue gauloise dont il ne nous reste que quelques mots et de bien rares inscriptions.

D’une part parce que le gaulois (comme le breton) faisait partie de la grande famille des langues celtiques, qu’il a été des siècles durant parlé sur le territoire de l’actuelle France, et qu’à ce titre, il mériterait un peu plus de considération de la part de tenants de notre patrimoine, à moins de considérer qu’il ne faille prendre en compte les populations vivant sur le territoire de la dite France qu’à partir de Clovis et de ses Francs, (qui, je me suis laissé dire, parlaient une langue germanique, mais dont le Maréchal Pétain a repris la francisque en emblème "national". Il est vrai que sous l’occupation, le mariage subliminal du germanique et de la "Révolution nationale" a pu être de mise)...

Et d’autre part surtout, parce que, en trois ou quatre siècles, sans que cette langue soit interdite par le conquérant, le prestige social, l’usage administratif et l’utilité économique ont fait connaître et accepter le latin par toute une population. Il ne s’est pas agi de mort subite. Des témoignages fiables attestent de pratiques locales du gaulois encore au Quatrième, voire au Cinquième siècle dans l’ex "Gaule chevelue". Le coup de grâce fut porté par les invasions germaniques (le nouvel envahisseur, depuis longtemps familiarisé avec le latin, privilégiant bien sûr ce latin comme langue commune) et par la christianisation (l’église éradiquant les "superstitions" celtiques).

Encore une fois, la lente mort du gaulois, comme celle de l’étrusque, est la métaphore de ce qui advient à la grande majorité (je dis bien majorité, donc exceptions il y a) des langues en situation de diglossie (langue haute - langue basse). À terme pour elles, le bilinguisme (dont on proclame pourtant à juste titre les vertus) est condamné. Je ne parle pas du bilinguisme familial ou du plurilinguisme cultivé de quelques individus, ou de celui de groupes qui ont intérêt à l’utiliser (commerçants, etc.), mais du bilinguisme collectif. J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’en parler sur mon blog linguistique... En général, une langue finit par chasser l’autre. Et, en ce qui concerne le gaulois, le latin l’a chassé à jamais.

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