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Les Dieux ont soif

samedi 23 février 2019, par René Merle

Anatole France et la Terreur

On connaît le vieux précepte selon lequel, s’il fallait éliminer tous les hommes méchants et sans vertu, il faudrait tuer tous les hommes.
À l’inverse de Rousseau, qu’il condamnait formellement, Anatole France [1] a toujours pensé, et écrit, que méchanceté et violence sont inscrites dans la nature humaine. Et qu’il est également dans la nature de l’homme, animal social, d’abuser de sa force dès qu’il détient un pouvoir.

France fut tôt engagé et pour longtemps : républicain dès l’Empire (mais adversaire résolu de la Commune), et plus tard, on le sait, courageux Dreyfusard, membre enfin du parti socialiste et ami de Jaurès ; sans qu’il la développe dans ses écrits, cette vision désabusée de la nature humaine avait pourtant toujours été inséparable de ses convictions politiques.

Ce n’est qu’en 1912, avec le parution de son roman Les Dieux ont soif, qu’il règle ses comptes avec ce qui lui apparaît comme l’illustration épouvantable de cette donne structurant l’histoire de l’Humanité. Le roman, on le sait, présente l’itinéraire du jeune peintre Gamelin, fervent Montagnard, promu membre du Tribunal révolutionnaire, qui, pris entre la pureté fanatique des convaincus et l’abjection des comparses opportunistes, devient sans états d’âme fournisseur de la guillotine.

Cent vingt ans séparaient France de la période qu’il évoquait. Plus d’un siècle nous sépare de la parution de son roman. C’est dire que, dans un cas comme dans l’autre, la distance n’est pas aussi grande qu’il y paraît. 1793, c’était encore avant-hier pour France ; et 1914 n’est pas si loin de nous, quoi qu’on dise...

Mais, à la lecture de l’œuvre, on ne peut s’empêcher de penser qu’au-delà de la plongée réaliste dans une période que France, né en 1844, connaissait parfaitement par la transmission paternelle (un père libraire spécialisée dans les publications et souvenirs de la Révolution), c’est vers l’aval du XXe siècle plus que vers l’amont que portait cette grande interrogation sur le rôle inquisitorial de la violence, au service de la Cause et de la Vertu. Et cet aval justifiera grandement son interrogation...

Notes

[1Cf. avec « mots-clés » les articles consacrés à lui sur ce site

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