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Macron - 18 Brumaire ?

samedi 23 février 2019, par René Merle

Une réflexion renouvelée au lendemain du rapport du Sénat

Il a été souvent question de 18 brumaire à propos de la transformation du jeune candidat Macron, prônant la démocratie participative, en monarque absolu.
On mesure aujourd’hui, après le rapport du Sénat, combien il est temps d’opposer des contre-pouvoirs à cette inquiétante dérive, et, au-delà de ce débat national dont les conclusions sont tirées par avance, d’imaginer une République… plus républicaine.

18 Brumaire ? La comparaison avec le jeune Bonaparte ne manque pas d’intérêt, même si la différence dans l’assomption est évidente : en 2017, point de grenadiers dispersant les représentants du peuple, point d’usurpation violente d’un pouvoir chancelant. Pour Bonaparte, l’aval populaire vint au lendemain du coup d’État, pour Emmanuel Macron, il le précéda électoralement.
Mais, tous les commentateurs en ont convenu, dès le soir de son élection, le nouveau président assumait le potentiel d’absolutisme dont est grosse une fonction présidentielle que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à incarner. La marche solitaire du Louvre (pas si solitaire que ça puisque Benalla était derrière…)

Sans doute donc la comparaison est-elle plus pertinente dans la marche au coup d’État que dans son brusque déroulement.
L’avènement des deux hommes n’a pas tenu seulement à leur commune détermination, car elle n’en laissait pas moins apparaître des fragilités : c’est Bonaparte reculant devant l’obstacle, et sauvé par l’énergie de son frère ; ou, dans un autre registre, c’est l’emportement de prédicateur exalté du candidat et sa joie puérile au soir du premier tour…

L’opération Bonaparte, comme l’opération Macron, ont été mises en place par des forces politiques, économiques et médiatiques qui ont trouvé en deux jeunes ambitieux l’assomption de leurs intérêts.
L’opération Bonaparte fut financée par des banquiers (et non des moindres) désireux d’assurer une profitable stabilité économique et politique ; elle fut organisée par une camarilla de politiques « modérés », issus de la gauche comme de la droite du temps, résolus à affermir le règne de la nouvelle bourgeoisie ; elle fut portée par une campagne d’opinion dénonçant la menace de l’anarchie et les dangers « extrémistes », royalistes et néo jacobins.

La comparaison est tentante avec l’opération Macron, portée par des décideurs économiques, par des « élites » politiques d’horizons divers fusionnant dans un consensus néo-libéral, par une médiatisation superbement organisée et la dénonciation de la menace extrémiste.

Le résultat en est qu’une candidature ne représentant initialement qu’un quart des suffrages exprimés a pu au second tour neutraliser la libre décision d’une grande majorité d’électeurs, et qu’aujourd’hui, une fois les élections passées, la figure « jupitérienne » de l’Élu nous dessaisira de notre pouvoir de délibération citoyenne, dans l’assomption inévitable de sa toute puissance.
Sauf si… Et la crise initiée en novembre nous montre qu’un grain de sable peut enrayer la machine…

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