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Fête du Livre de Toulon. La vertu de l’inattendu

mercredi 21 novembre 2018, par René Merle

ou de l’intérêt d’arriver bien avant l’heure du débat

Je reviens sur le Salon du Livre du Var que j’ai visité samedi et dimanche dernier à Toulon. Non pour en faire le compte-rendu, j’en serais bien en peine, mais pour évoquer quelques rencontres.
Comme je l’écrivais dans un billet récent, je ne suis pas fanatique de ce genre d’événement, auquel j’ai parfois donné, en tant qu’auteur. Je m’y rends peu, et sans doute ai-je tort, mais…
L’apparition fugace du Paris qui débarque en TGV, avec son tissu d’attachés de presse et de journalistes, ses connivences de quadras quinquas plus ou moins bien installés, et ses auteurs « vus à la télé », n’en rend que plus évident notre hors jeu médiatique et culturel de provinciaux, pardon, de « territoriaux ».
Il y a foule certes, et je m’en réjouis, mais cette presse badaude rend plus pénible encore la solitude anxieuse des auteurs devant lesquels l’on défile sans acheter, et plus énervante la fixation devant quelques stands vedette, dont la notoriété n’est pas toujours méritée, loin de là.
Et je l’avoue, en ce qui concerne les régionaux de l’étape, et ils sont nombreux, il m’arrive d’éviter certains stands, pour ne pas vexer des auteurs sympathiques dont je n’ai pas envie d’acheter les livres. De toute façon, on ne peut pas tout acheter.
Je sais aussi que les quelques propos avant signature que nous obtenons d’un auteur important resteront pour nous, dédicataire, un vrai souvenir alors que, que pour le dédicateur, l’instant sera vite effacé dans le maelstrom des séances aux quatre coins de la France…

Mais bon, je ne me suis donc rendu ce samedi à la Fête du Livre que pour suivre un débat auquel participait Jean Birnbaum, dont j’avais apprécié l’ouvrage [1]. J’en avais déjà dit un mot sur ce site consulter l’article. Après le débat, je suis allé acheter le précédent livre de Birnbaum [2] et j’ai un peu échangé sur ce thème brûlant avec ce jeune et brillant essayiste.
Mais, en fait, j’étais arrivé bien avant l’heure du débat Birnbaum, le Forum était plein et je suis tombé sur un débat, « Côtoyer les icones », auquel participait Vanessa Schneider, que je ne connaissais que par son travail de journaliste et sa participation fréquente à C dans l’air. Son propos sur sa tante Maria Schneider [3] m’a intéressé et touché, et plus tard, je suis allé saluer l’auteur, discuter un peu en toute simplicité et sympathie, et acheter l’ouvrage, auquel j’ai ajouté un autre récit familial [4]. Je n’ai pas regretté. Je viens de lire deux ouvrages assez bouleversants, parce que, dans et par les destins familiaux croisés, ils nous disent tant de l’humaine nature, et de notre histoire. Une franchise qui n’est pas impudeur, et qui nous met de plain pied avec des personnes et un milieu que nous n’avons pas connus, que nous ne connaîtrons jamais, mais qui nous semblent si familières… Bref, en ce qui concerne ma réception, un dépaysement et une réussite.

Le lendemain, lecture trop rapide du programme, je veux assister à un débat avec Boyle, mais je m’étais trompé d’initiales. Le Boyle qui est là n’est pas T.C.Boyle, si bien traduit par Bernard Turle, mais William Boyle. Je reste quand même suivre ses évocations de « son » New York. Mais là encore, j’était arrivé bien en avance, et je suis tombé sur un débat avec Hubert Haddad, que je ne connaissais pas, et dont le propos complexe de Français Juif Berbère, véhément, chargé d’histoire, d’humanité et de lucidité m’a incité à aller au plus vite vers son œuvre.

Moralité. Il est toujours bon de sortir du face à face (mortifère ?) avec son écran d’ordinateur, et d’aller à la pêche de rencontres inattendues en humanité vivante.

Notes

[1Jean Birnbaum, La religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous, Seuil, 2018

[2Jean Birnbaum, Le silence religieux. La gauche face au djihadisme, Seuil 2016

[3Vanessa Schneider, Tu t’appelais Maria Schneider, Grasset, 2018

[4Vanessa Schneider, La mère de ma mère, Points, 2009

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