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Le corps du Roi

dimanche 24 février 2019, par René Merle

De la société du spectacle et de la servitude volontaire

Nos ancêtres distinguaient soigneusement le Roi-Souverain et le Corps du Roi, celui d’un simple mortel, fait comme vous et moi. Le Roi-Souverain incarnait le pouvoir censé s’exercer pour le bien de tous, le Corps du Roi n’était qu’humaine nature.

Hier le Corps du Roi s’est promené, des heures interminables durent, dans une forêt de smartphones dressés et de mains tendues, il a prodigué les serrements de mains, les « Vous allez bien ? » et les « Merci à vous ! », les sourires carnassiers et les clins d’œil complices. L’enfant-roi qui avait tant souffert que d’aucuns puissent ne pas l’aimer a retrouvé son bon peuple aimant, et extatique. Un bon peuple dont des commentateurs mal inspirés ont osé insinuer qu’il procédait d’une claque LaRem fournie et rameutée… Mais baste, le Corps du Roi, dans la chaleur et la sueur de la foule compacte, et à lui toute gagnée, a pu délaisser une journée entière les affaires de l’État pour nous rassurer : oui, il est proche des gens (et en l’occurrence des animaux dont il a flatté la croupe), oui il ressent et témoigne de l’empathie, oui il aime son peuple et son peuple l’aime.
Nous ne saurions trop lui suggérer de renouveler quotidiennement cette plongée en apnée, si réconfortante, en allant à la rencontre de tous les Français. 69 millions de mains à serrer (au seul risque de fatiguer trop les tendons de la main droite).

Ainsi témoignerait-il de ce à quoi est rendue cette démocratie que nos aïeux ont si chèrement gagnée : une société du spectacle où le Corps du Roi s’offre à des sujets aussi aliénés (je parle de l’aliénation au sens philosophique, je n’oserais pas en parler au plan médical), aussi hystériques que ceux qui se marchent dessus pour approcher la Vedette du Spectacle ou du Stade…
Pauvres sujets, participants de ce qu’un La Boétie aurait appelé, une fois encore, la servitude volontaire…

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