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De l’ethnotype provençal et de la notion de provençalité

lundi 25 février 2019, par René Merle

Un bilan à onze ans de distance, 2008 - 2019

Ma participation à la préparation et au tournage (mars 2005) du film de Christian Philibert, Le complexe du santon, m’avait amené à réfléchir à nouveau à cette question de la provençalité [1], et j’avais alors ainsi répondu à la revue de Claude Sicre, Linha Imaginòt, n°66, juin 2006, qui me posait ces deux questions :
« Depuis cinq siècles, quelles images des Provençaux ont pu se cristalliser dans l’imaginaire national français ?
Inversement, de quelle façon ces images ont-elles pu être intériorisées par les Provençaux ?

Ma réponse :
Depuis le haut Moyen-âge, le royaume de France s’élargit vers le Sud, par les alliances, les mariages, les héritages, et le plus souvent par la force, comme en témoigne encore le souvenir de la sanglante Croisade dite des Albigeois du XIIIe siècle.
La Provence est la dernière grosse bouchée de ce festin royal, elle est rattachée au royaume fin XVe, début XVIe.
C’est dire que les Provençaux, ces petits derniers, vont relever immédiatement d’une vision depuis longtemps appliquée aux autres Sudistes, dans une différence marquée, une étrangeté même... Différence et étrangeté de climat, de mœurs, de langue, bref, un évident exotisme intérieur.
Le cas provençal est cependant particulier, parce qu’il va exagérer, sur le long terme des XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, une vraie dichotomie.
D’une part, c’est la vision idyllique d’une terre bénie par les dieux par son climat, une terre porteuse des cent fleurs de la poésie amoureuse et troubadouresque. Et tout naturellement les “élites” provençales, noblesse, privilégiés, participent de cette vision valorisante, qui les fait galants et cultivés.
D’un autre côté, c’est la vision à la limite péjorative de Provençaux légers, cyclothymiques, passionnés, incontrôlables, et pour tout dire brutaux et violents plus qu’à leur tour. Le peuple provençal, le peuple sociologique s’entend, majoritairement rural, participe de cette vision péjorative.
Or, et j’ai pu suivre cela dans un patient déchiffrement des textes de la fin du XVIIIe à la fin du XIXe (Cf. ma thèse), cet ethnotype populaire, déjà présent à travers les “émotions” d’Ancien Régime, va connaître une extraordinaire accentuation à partir des tumultes de la Révolution. Décidément, ce "peuple provençal", ardent dans l’action révolutionnaire dès mars-avril 1789, et ensuite terrible soutien des factions affrontées, quand il ne les déserte pas pour un brigandage de déception, ce peuple est un peuple rude et dangereux, un peuple à qui il faut apprendre à craindre la poigne du Pouvoir. Et ce ne sont pas les violences de la Terreur Blanche (1814-1815), et les fidélités blanches maintenues, qui modifieront cette vision si répandue dans l’intelligentsia libérale de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Vision encore confirmée dans un réflexe sociologique de classe devant le basculement du Midi blanc au Midi rouge, et l’explosion du républicanisme rouge de décembre 1851.
Il faudra pour exorciser dans l’imaginaire national cette distance sociologique, doublée d’une étrangeté, d’un exotisme intérieur que les facilités nouvelles de voyage révèlent, un extraordinaire retournement d’ethnotype : initié sous le Second Empire par la vision d’un Daudet, dont le Tartarin transmute en outrance ridicule la violence provençale, ce retournement d’ethnotype va se confirmer aux débuts de la Troisième République, et reprendre en amusement agacé les gesticulations et "l’estrambord" [2] des Félibres cigaliers, comme les périodes sonores des orateurs radicaux trop ventrus.
Il serait facile ensuite de mesurer, génération après génération, l’intériorisation par bien des Provençaux de cette donne nouvelle que leur proposent jusqu’aux livres de classe, et dont la terrible affaire du XVe Corps, en 1914 [3], permet de mesurer les ravages dans l’imaginaire national.
René Merle.

Deux ans plus tard, j’avais à nouveau été amené à préciser mon point de vue, dans une entrevue que m’avait demandée l’Express.

« Entretien avec René Merle - "Une terre d’échanges et de brassages"
L’Express, 17 juillet 2008

De son appartement sur les hauteurs de Toulon, la vue embrasse toute la rade. Cette vision panoramique, il est aussi un des rares à la posséder sur la Provence. Agrégé d’histoire et docteur ès lettres, chercheur infatigable et chroniqueur, mais aussi auteur de polars à succès, René Merle est, à 72 ans, un homme aux multiples passions. Apôtre de la "méridionalité" plutôt que régionaliste, la voix posée et le verbe choisi, c’est un œil expert qu’il pose sur l’identité provençale

A travers le temps et l’espace, les frontières de la Provence ne cessent de fluctuer si bien qu’il est difficile, aujourd’hui encore, d’en tracer les limites. Selon vous, où commence-t-elle ? Où finit- elle ?

De façon un peu cruelle et si l’on ne s’en tenait qu’à un simple coup d’œil depuis un avion, je dirais que la Provence débute là où commence le « tapis de piscines. » Dans l’imaginaire collectif des Français, elle est cette partie du sud ensoleillée et agréable à vivre. Ce n’est pas faux, mais tellement réducteur. Elle est, avant tout, une communauté humaine que l’histoire a façonnée dans la complémentarité entre la Haute Provence des montagnes et des sommets et la Basse Provence, des collines et des plaines du sud au climat franchement méditerranéen. Elle ne peut non plus n’être reçue que comme une simple succession de mouvances frontalières. Avignon, comme le Comtat Venaissin (Carpentras) n’ont été rattachés à la France qu’à la Révolution. Idem pour Orange, à la fin du XVIIIe siècle. Ou encore Arles qui a longtemps été considérée comme une « terre adjacente. » Et pourtant, toutes ces villes sont la Provence.

Il existe pourtant bien une identité provençale qui prend naissance avec une unité politique du territoire. A quand remonte- t-elle ?

Au XIIe siècle lorsque, par le jeu d’alliances et de mariages, les comtés du Sud et du Nord, qui avaient la Durance comme frontière, finissent par ne faire plus qu’un. Cet immense ensemble s’auto-administre sous la domination lointaine des catalans, puis des Angevins. Il a Aix-en-Provence pour capitale, possède sa scripta et ses archives sont en provençal. Ce comté autonome qui va exister pendant quatre siècles s’organise autour de trois niveaux de pouvoir : central (les comtes), local (les grands seigneurs comme ceux des Baux ou de Castellane) et communal (la bourgeoisie). Entre eux, les batailles sont souvent d’une incroyable violence. Donc, plus que les événements nationaux et internationaux comme la guerre de Cent ans dont elle a souffert de façon indirecte, la Provence fut minée par des luttes intestines jusqu’au rattachement au Royaume de France en 1481, après le règne du « bon roi René » considéré comme un pacificateur.

Ce rattachement s’est-il effectué dans le sang et avec une résistance armée des Provençaux ?

Absolument pas. Il a été vécu sans douleur, en parité : le souverain français devient comte de Provence et le comté reste comté... L’illusion perdure d’un comté de Provence qui conserverait son particularisme. Mieux, la monarchie, qui vient de créer le puissant Parlement de Provence, joue habilement des rivalités entre les communes et la noblesse. Nonobstant, peu à peu, ce parlement, imposé par le pouvoir central, devient à l’époque moderne un foyer identitaire provençal, souvent contestataire. Mais il n’y a pas d’agressivité envers la France. Pour preuve, au XVIe siècle, durant les fameuses guerres d’Italie, les Provençaux prennent fait et cause pour le royaume de François Ier, contre les troupes savoyardes de l’empereur Charles Quint. Clairement, c’est une réaction « pré-patriotique. » Idem en 1707 avec le siège de Toulon. On peut vraiment, à l’époque, parler d’une « francitude » de la région.

Pourquoi les rapports vont-ils se dégrader jusqu’à aboutir à une série de soulèvements au début du XVIIe siècle ?

Peu à peu, les grands seigneurs sont mis au pas et les pouvoirs des communes qui étaient réels se trouvent réduits. Cela correspond à la montée en puissance de la monarchie absolue - de Henri IV à Louis XIV. Les insurrections populaires se multiplient sur fond de guerres de religions, d’épidémies de peste et de hausse des impôts, comme la révolte identitaire des Cascaveous en 1631 près d’Aix-en-Provence (voir page 72). De son côté, Marseille déclare une première fois son indépendance en 1597 avant que son leader Charles de Cazaulx soit assassiné. Elle recommence en 1658, ce qui débouche à la victoire humiliante de Louis XIV : le 2 mars 1660, alors que les échevins lui donnent les clefs de la cité phocéenne, le souverain les refuse et y pénètre en conquérant, défonçant une partie des remparts. A ce moment-là, est construit le fort Saint-Nicolas dont les canons se trouvent, non pas tournés vers le large pour la défendre, mais vers la ville pour mieux la tenir en joue...

Le tournant définitif qui précipite la Provence dans ce que vous appelez la « réalité nationale » se situe durant la période révolutionnaire. Pourquoi ?

Dès la pré-révolution provençale de mars-avril 1789, la Provence fut intensément une zone révolutionnaire et contre-révolutionnaire, dans un déchaînement de passions politiques nationales. (Ces épisodes violents vont nourrir l’ethnotype du Provençal farouche.) Avec l’aval de la population, tous les oripeaux du comté de Provence comme le Parlement d’Aix sont supprimés pour faire place, à terme, à la départementalisation. Les Provençaux ont vécu cette période de pré-révolution comme une libération, avec le sentiment d’y gagner en liberté, en justice et en équité. Nous sommes en mars et avril 1789, en pleine pré-révolution juste avant les grands événements nationaux. Désormais, cela sera une caractéristique de la Provence que de se trouver à l’avant- garde des grands moments de l’histoire de la nation. En 1792, lorsque nos fédérés montent à Paris, nombre d’entre eux ne s’expriment qu’en provençal. Ce qui ne les empêche pas d’adopter un chant composé par un étranger et dont certains ne devaient même pas comprendre les paroles : La Marseillaise...

Au cours du XIXe siècle, avec l’essor de l’économie dont bénéficient surtout les grandes villes portuaires (Marseille, Toulon, La Ciotat, etc.), la contestation politique tend à s’apaiser. Pourtant, comme vous le disiez, dès qu’un événement d’ampleur national se déclare la Provence est aux avant-postes. Est-ce une constante ?

Absolument. Elle se vérifie d’abord avec un épisode fondamental trop ignoré : contre le coup d’État du Président Louis-Napoléon, en décembre 1851 la totalité des départements provençaux s’est immédiatement soulevée. Une insurrection massive. Avec un mot d’ordre : « Défendre la République ! » Mais vers où marchent ces hommes ? Non en direction d’Aix, la capitale de la Provence, mais vers le chef-lieu de leur département - Draguignan, Digne, Avignon. Ils veulent remplacer les préfets. C’est un mouvement légaliste qui connut une répression violente. Cette défense de la démocratie est une des valeurs cardinales de la méridionalité que l’on retrouve plus tard, notamment, en 1871 avec l’épisode de la Commune : il y eut Paris, mais Marseille connut aussi ses combats. La motivation de la population était double : républicaine - « Il faut sauver le régime après la chute de l’Empire » - et purement communaliste, c’est-à-dire, se battre en faveur d’une certaine auto-gestion politique. Par la suite, au XXe siècle, même s’ils ont moins une spécificité provençale, il existe bien, ici, une propension à anticiper les épisodes historiques d’ampleur nationale comme le Front populaire en 1933 ou les grèves de 1947.

A côté de la politique, la religion a-t-elle joué un rôle important dans la constitution de l’identité provençale ?

Oui pour le christianisme dont les racines remontent à la Provence romaine. Un christianisme qui, dans les milieux populaires comme dans les milieux bourgeois, a été un christianisme pragmatique, tourné vers la charité, un christianisme de l’œuvre. Mais s’il est une constante de notre histoire, il a connu de nombreuses secousses avec, très tôt, ses hérésies - celle des Bougres au Moyen-Âge, ou des Vaudois installés, puis massacrés en nombre dans le Lubéron, ou encore l’importante présence de Juifs. Mais ces mouvements, parfois magnifiés au XXe siècle par certains régionalistes, n’eurent pas de répercussion majeure sur l’identité provençale. En revanche, ce fut le cas avec le schisme protestant, particulièrement durable et qui a touché une bonne partie de la population, avant son éradication sous Louis XIV.
Quant au christianisme actuel - on parle souvent du Sud comme une terre très croyante - il est en chute libre depuis la fin de la ruralité : indéniablement, la ville a été un facteur de déchristianisation. Pourtant, les sacrements du baptême et de la communion demeurent très respectés, peut-être surtout par conformisme amical et prudent.

Si l’on assiste à un déclin des croyances et de certaines traditions, la langue provençale continue-t-elle à jouer un rôle important ?

L’unité linguistique et l’unité politique, nées au Moyen-Âge, sont les racines de notre identité. Dans ses variantes, le provençal, rameau de la langue d’Oc, est fondamentalement une seule et même langue : je parle la provençal du littoral et je peux converser avec des amis de la région de Barcelonnette, même si leur parler dit « du Nord » est plus conservateur que le mien. Mais aujourd’hui - je le dis d’autant plus que je suis bilingue et que je l’ai longtemps enseigné - le provençal pèse moins dans notre identité. Malgré les efforts louables des associations, la masse des locuteurs se réduit inexorablement. Je vois trois raisons à cette chute drastique à l’échelle du seul siècle dernier : le rôle de l’école qui a imposé le français de façon unilatérale, un brassage des populations lié aux immigrations massives et une rupture de transmission générationnelle. Ce sont des tendances lourdes qui rendent peu optimiste pour l’avenir. Pourtant, depuis les années 1970, on assiste à un retour en légitimité, manifeste à l’écrit (publications, panneaux indicateurs, chroniques des les grands quotidiens). Du côté des jeunes, notamment par l’intermédiaire de la musique, la langue connaît souvent un renouveau d’intérêt : des groupes comme Massilia Sound System défendent une véritable méridionalité : ils insistent sur l’accent quitte à le théâtraliser, emploient des expressions provençales et militent pour une identité occitane ouverte. Avec un vrai succès.

Comment expliquez-vous qu’en Provence, la conscience identitaire soit moins marquée que dans d’autres régions comme la Bretagne et qu’elle apparaisse quelque peu galvaudée ?

Depuis la fin du XIXe siècle, avec notamment l’arrivée du chemin de fer et l’apparition du tourisme de masse - c’est-à-dire l’appropriation de l’espace par les Français -, la Provence n’est plus considérée comme une « terre » mais comme un simple « habitat ». Avec, vous avez raison, une image péjorative - entre la sieste, la pétanque et l’accent. Qui peut se retrouver dans un tel miroir ? Et aujourd’hui qui se sent vraiment provençal lorsque sur 4,8 millions d’habitants, la moitié n’est pas née ici ? Je ne dis pas cela de façon négative, mais c’est un fait : la Provence a toujours été une terre d’échanges, de passages et de brassages. Souhaitons que son identité se perpétue de façon créatrice dans l’acceptation et la valorisation de cette donne. Alors, vous faites la comparaison avec les Bretons qui, au même titre que les Catalans voire les habitants du Nord, comme vient de le prouver l’incroyable succès du film Les Chtis de Dany Boon, possèdent une conscience identitaire marquée... Je ne crois pas qu’elle soit aussi forte ici. On peut parler plus justement de « signal identitaire », ce qu’illustre parfaitement une ville comme Marseille. Autre exemple assez emblématique : devant 10 à 15 000 spectateurs, la belle équipe de rugby de Toulon, nourrie de mercenaires maoris et sud-africains, et financée par son président Mourad Boudjellal, (symbole de « l’intégration » réussie - il est le troisième éditeur de Bandes dessinées francophones), déboule sur le terrain au son de la Coupo Santo, l’hymne provençal [4], Quel pied de nez dans une ville où le Front National fut longtemps implanté ! N’est-ce pas là une image de l’identité polymorphe de la Provence d’aujourd’hui ? [5]
Propos recueillis par Bruno D. Cot »

Que pourrais-je rajouter aujourd’hui, sinon qu’une page est définitivement tournée ?
Car dans un basculement récent, l’image du Provençal n’a plus guère d’existence réelle, et le sentiment d’être Provençal n’a plus vraiment de sens pour la jeune génération.
Les deux marqueurs de la provençalité (marqueurs hérités par pesanteur sociologique et non revendiqués) étaient la langue et l’accent. La langue est en état de mort clinique, en dehors de quelques cercles de passionnés. Elle n’a plus de réalité sociale. Quant à l’accent, toujours présent chez les plus anciens, il est en train de disparaître dans la jeune génération, quand il n’a pas complètement disparu.
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas dans la région de sentiments identitaires. La communion marseillaise autour de l’OM en est la preuve. En pays rhodanien, des groupes provençalistes s’appuient sur la réalité des courses provençales de la « Bouvine », tauromachie sportive et non sanglante. Mais rien dans tout cela qui puisse fédérer les cinq millions d’habitants de la région…
Et ce n’est pas le drapeau provençal arboré aux frontons des maisons communales qui peut susciter véritablement un sentiment identitaire régional.
La preuve en a d’ailleurs été donnée par la récente décision des dirigeants de la région d’abandonner l’appellation « Provence-Alpes- Côte d’Azur » (PACA) pour l’appellation jugée plus attirante et plus exotique en quelque sorte de SUD. Label ridicule qui s’inscrit dans cette héliotropisme galopant qui peuple la région. Cap au Sud, amis retraités, jeunes cadres, manuels dégourdis... Les contestataires occitanistes des années 1970 dénonçaient l’avènement du « bronze cul de l’Europe ». En fait, dans le maillage presque continu de lotissements périphériques et de villas perdues dans les bois, c’est la France du Nord qui réalise son vieux rêve de soleil. Je ne dirai pas de cigales, car dorénavant l’on voit apparaître des pétitions, venues de néo résidents, contre ces infernales stridences.

Ce qui ne m’empêchera pas de parler cette langue née du latin, comme notre langue nationale, mais dont elle n’a pas partagé la fortune.

Fort bien, me direz-vous, parlez, parlez, mais avec qui ?

Notes

[1J’avais sur ce sujet publié nombre d’articles dans les années 1980

[2enthousiasme

[3Composé de Provençaux et de Corses, le XVe Corps fut accusé de lâcheté devant l’ennemi, dans les premiers jours de la guerre.

[4J’ai appris cette chanson à l’école, sous le régime de Pétain, quand les Félibres se délectaient des promesses régionalistes du Maréchal... Je l’ai retrouvée par la suite en diverses occasions, suffisantes pour me montrer combien elle était reçue en milieu populaire comme marqueur de provençalité. Las, hormis le cercle des fidèles du pays rhodanien, bien d’autres refrains ont pris cette place emblématique. J’étais récemment au stade Mayol, et je dois dire que la prestation Coupo santo – un groupe vocal au milieu du terrains enfilant interminablement tous les couplets, devant un public au garde à vous obligatoire – m’a quelque peu interpellé. Ce public qui fredonnait le premier couplet s’est vite arrêté ensuite faute, non pas de maîtrise, mais de compréhension de la langue.

[5Le pied de nez tient bien à l’évidence de ce melting pot, et non à la provençalité, car le FN, aux affaires municipales de 1996 à 2002, a fait amplement usage du sentiment identitaire provençal.

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