Categories

Accueil > Court XXe siècle, 1914 - 1945 > France > 1938 - « Le nationalisme contre les nations ». Henri Lefebvre.

1938 - « Le nationalisme contre les nations ». Henri Lefebvre.

mercredi 27 février 2019, par René Merle

La maturation nationale communiste dans le Front populaire

Dans la passe actuelle de confusion idéologique (manipulation fascisante du sentiment national, dépassement européaniste de ce même sentiment), il est peut-être intéressant de lire ce qu’en écrivait le philosophe marxiste Henri Lefebvre [1] à la veille du terrible conflit mondial.
Une présentation intéressante dans le quotidien communiste L’Humanité (23 avril 1938) témoigne à sa façon de l’évolution et de la maturation de la question nationale par les communistes internationalistes français, qui venaient à peine de réconcilier le drapeau rouge et le drapeau tricolore.

« Le nationalisme contre les nations d’Henri Lefebvre, (E.S.I, 1937 [2], 1 vol. 18 francs).
Henri Lefebvre a le mérite d’avoir entrepris une analyse critique de l’idéologie nationale qui domine notre époque ; tâche presque aussi difficile que celle qui aurait consisté à faire, au moyen âge, une analyse critique de l’origine et du rôle historique des religions révélées.
Les nations européennes se sont formées au cours de plusieurs siècles sous l’effet des transformations économiques et des forces sociales – bourgeoises, populaires, antiféodales – qui en émanaient, tel est le fait qu’en premier lieu il met en lumière. Il démontre aussi l’origine révolutionnaire de la conscience nationale moderne et des sentiments et des idées qui s’y rattachent. Il s’est enfin efforcé d’expliquer les transformations successives de l’idée nationale, ses déviations réactionnaires, au service d’une minorité de privilégiés, contre le peuple. Le bagage idéologique du nationalisme monarchiste français y est étalé et analysé avec justesse et son essence antipopulaire, antinationale, antifrançaise révélée avec éclat. Lefebvre montre – tout au moins pour la France et pour certaines autres nations – l’aspect antinational du nationalisme réactionnaire bourgeois prêt à sacrifier jusqu’à l’indépendance de la nation pour sauvegarder les privilèges du capital.
Les cadres nationaux étant, d’autre part, dépassés depuis longtemps par la réalité économique, technique et culturelle, la lutte pour la constitution d’une communauté internationale se poursuit d’un côté par les moyens d’expansion impérialiste et de l’autre côté par l’action du peuple.
Le prolétariat et les couches populaires auxquelles il est naturellement lié, sont ce qu’il y a de plus national dans chaque pays ; nous pensions avec Lefebvre que ceci peut et doit être affirmé hautement. Il rappelle encore que ces forces populaires sont en même temps ouvertes à la solidarité internationale et s’en pénètrent de plus en plus. La lutte de classe du prolétariat et des couches populaires alliées poursuit dans chaque pays la réalisation de la communauté nationale populaire, condition de la réalisation pacifique d’une communauté humaine international.
L’ouvrage de H. Lefebvre se lit avec un intérêt soutenu. Et s’il est vrai que les parties qui le composent sont d’une valeur inégale, il est riche en pages brillantes, fourmillant d’idées fertiles sur l’un des plus brûlants problèmes de l’actualité humaine.
J.D. »

Notes

[1Henri Lefebvre, 1901-1991, philosophe et militant communiste, souvent en difficulté avec son parti. On lira la très complète biographie publiée dans le dictionnaire Maitron : Lefebvre.

[2l’ouvrage est paru le 7 décembre 1937] aux Éditions Sociales Internationales, dirigées par le PCF. L’ouvrage a été réédité :Méridiens Klincksieck, 1988.

Répondre à cet article