Categories

Accueil > Pouvoir présidentiel et Constitution > De l’instinct grégaire « salvateur » en matière politique

De l’instinct grégaire « salvateur » en matière politique

vendredi 1er mars 2019, par René Merle

Les choix du présent au regard de l’expérience historique

Depuis que j’ai eu l’âge de comprendre « la politique », je me suis toujours retrouvé dans le camp de ceux qui ne font pas comme la majorité, la grande majorité, pas la petite majorité électoraliste, non, la majorité qui s’abat sur vous quand ça craque, et qui vous somme de rallier le troupeau. Je n’en tire aucune fierté, mais seulement le sentiment d’une différence irrémédiable, d’une étrangeté par rapport à la soi-disant normalité politique.

J’avais appris par mes parents la grande désillusion de 1940, quand, dans une France vaincue, les députés dans leur presque unanimité donnèrent les pleins pouvoirs à un Maréchal issu de la droite de la droite, pour, disaient-ils, sauver ce qui devait être sauvé. Personne aujourd’hui ne jettera la pierre aux Français qui dans cette terrible épreuve pensèrent, à chaud, que Pétain était l’homme du salut. Mais quid de la suite, quid de ces foules extatiques massées au passage du Maréchal jusqu’au grand basculement de 1943 ? Et même quid des places débordantes saluant le Maréchal au printemps 1944 et saluant de Gaulle à l’automne 1944 ? Les Résistants, les vrais, et pas ceux qui s’étaient découverts résistants au lendemain de la Libération, les Résistants qui avaient initialement à contre-courant fait front savaient bien quelle ténacité il avait fallu pour nouer des contacts, structurer des organisations, quand non seulement l’appareil d’État, sa police et sa justice les combattaient, mais quand l’opinion majoritaire faisait encore confiance à celui qui avait fait don de sa personne à la France.

Dieu merci, je n’ai vécu qu’enfant cette période, et ma défiance devant l’opinion majoritaire ne procède pas d’un vécu initial, qui fut celui de mes parents.
Il procède de l’amère expérience de 1958, quand, au lendemain du coup d’État gaulliste, je me suis retrouvé dans le petit 20% de ceux qui le refusaient, face aux 80% de ceux qui se jetaient dans les bras du Sauveur. Quitte à s’en repentir plus tard, et à renvoyer le Sauveur à sa solitude. Mais le mal était fait. Et les Français qui aujourd’hui s’inquiètent de la dérive monarchique du Pouvoir peuvent dire merci à ceux qui massivement le mirent en place.

Vous m’objecterez que depuis 1958 bien des épisodes sont survenus, où l’opinion se partageait en fractions diverses, opposées ou alliées, et qu’il était bien difficile de trouver une majorité qui dépasse les 50%. Ainsi en va-t-il de la vie démocratique, où chacun rejoint sa famille, et où, grosso modo, ces familles s’organisent autour de la distinction droite-gauche…
J’en conviens volontiers. Mais l’épisode de 1958 m’a à jamais guéri de miser sur le supposé instinct démocratique de notre peuple, au moment des choix décisifs.

Pour l’heure, nous sommes placés devant un choix qui, pour important qu’il soit, ne nous apparaît pas décisif. Nous n’en sommes pas encore au moment d’un grand basculement où l’opinion devrait fondamentalement choisir. Nous entrons seulement dans une période électorale, que le Pouvoir a déjà impudemment initiée sous couvert de Grand Débat. Chacun va devoir se dépatouiller avec l’abondance des listes et la tentation de l’abstention. Et moi itou.
Je me garderai donc dorénavant, au risque de décevoir les quelques uns qui le fréquentent, de faire de ce site le reflet de mes états d’âme politiques, comme il m’est arrivé de le faire jusqu’à présent.

Répondre à cet article