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Où en est le Parti démocrate italien ?

samedi 9 mars 2019, par René Merle

Un regard au présent sur la gauche italienne


Photo l’Espresso
J’évoquais il y a peu le suicide du Parti communiste italien en 1991 [1]et les avatars de sa succession, le dernier étant depuis 2007 le Parti démocrate, PD [2]. Le PD, jusqu’alors au pouvoir, s’est fait laminer aux dernières élections générales par la poussée des dégagistes disciples de l’humoriste Grillo (Mouvement Cinq Etoiles) et de la Lega d’extrême droite, désormais unis dans le fameux gouvernement « giallo blu », jaune et bleu… [3]

Jusqu’en 2018, les Belles Âmes françaises avaient eu les yeux de Chimène pour le PD et son jeune et charismatique leader, Renzi, qui, pour Manuel Valls puis Emmanuel Macron, représentait ce libéralisme pur et dur (nimbé d’une étiquette de pseudo gauche) qui leur est cher.
Las, le charisme n’a pas suffi. Déconsidéré par sa gestion anti sociale et son incapacité à répondre aux nouveaux problèmes, au premier chef l’immigration, le PD a perdu une bonne partie de ses électeurs au profit de l’abstention et des démagogues dégagistes. Et les différents mouvements nés de scissions à gauche du PD n’ont pas du tout profité de sa perte de crédibilité.

La gauche italienne, peut-elle rebondir ?
Par une consultation nationale, les sympathisants du PD viennent de porter à la tête de la formation Nicola Zingaretti, nettement marqué à gauche, qui promet de tourner la page et de recentrer le parti vers ses assises naturelles populaires et ses racines de gauche [4].

Encore faudrait-il que ses assisses naturelles existent toujours ! Son habitus, au sens bourdien du mot, est en déshérence. La gauche a perdu le puissant tissu associatif et syndical qui la nourrissait. Elle a perdu jusqu’à ces bastions du « buon governo » municipal qui étaient sa fierté depuis des décennies.
Rongé par le racisme et la xénophobie engendrés par la crise migratoire, l’ex-« peuple de gauche » s’est peu à peu dispersé dans l’individualisme égoïste ou transformé en une masse désabusée et dépolitisée ; [5].

Pour autant, rien n’est vraiment perdu dans ce désastre.
D’abord le PD conserve un score électorale de quelque 20% des suffrages, socle dont bien des partis de la gauche française se satisferaient.
Ensuite, même si la majorité du peuple italien a cédé aux sirènes anti migratoires, les initiatives locales se sont multipliées en faveur d’un accueil digne pour ces exilés.
Le 10 février Milan a connu une immense manifestation contre le racisme et le fascisme.
Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais en tout cas elle est plus que bienvenue dans la lutte idéologique contre la xénophobie d’État et les nostalgies fascistes qui empoisonnent aujourd’hui tant d’Italiens.
Reste à voir quel lien elle aura avec ce qu’il était convenu d’appeler la lutte des classes au temps de Togliatti, dans les mains aujourd’hui d’un syndicalisme désabusé. À voir aussi quel impact elle aura sur la jeunesse qui fut jadis fer de lance du PCI. Cette jeunesse, aujourd’hui devant un avenir sans perspective, n’a guère d’attaches avec un syndicalisme qu’elle ressent comme celui des salariés bien en place, plutôt indifférents aux précaires et exclus dont elle peuple les rangs ; Il ne faut pas s’étonner qu’une partie de cette jeunesse réagisse par la désespérance, par la rage propice à toutes les aventures, ou par le retour à la traditionnelle émigration italienne…

On le voit, Zingaretti et sa nouvelle équipe ont du pain sur la planche. Et il y a de quoi s’inquiéter de voir les vieilles gloires qui ont coulé l’Olivier, comme le très centriste Prodi, se ranger derrière lui.
De quoi s’inquiéter aussi quand Zingaretti prépare les élections européennes dans le choix clair d’un fédéralisme européen, et non d’une confédération européenne…
Affaire à suivre donc.

Notes

[1Il faut impérativement à ce sujet voir le film documentaire de Nanni Moretti, La Cosa, (la Chose).

[2Auto-dissous en 1991, le PCI a laissé place, je vais vite, à l’Olivier qui gouverne de 1996 à 2001, pour laisser place à la droite de Berlusconi, qu’elle remplace de 2006 à 2008 (avec Prodi, ex démocrate chrétien), avant d’être à nouveau battue par la droite (Berlusconi 2008-2011). En 2007, l’Olivier s’était transformé en Parti démocrate : ses cadres étaient issus de l’ex-PCI et de la fraction sociale de l’ex Démocratie chrétienne ; il regroupait aussi des socialistes, des centristes et des républicains, bref l’idéal du centre gauche à la sauce Ségolène Royal. Le PD gouverne de 2011 à 2018

[4Nicola Zingaretti, 1965, ex communiste, président de la région du Latium, est le seul président de région de gauche. Son père était banquier. Sa famille a souffert des persécutions anti-juives, et son arrière grand-mère est morte à Auschwitz. Son frère Luca est le populaire acteur qui incarne le Commissaire Montalbano.

[5C’est dans ce contexte que Nanni Moretti vient de sortir son documentaire Santiago Italia opposant la généreuse Italie rouge des années 70 au triste pays qu’elle est devenue.

2 Messages

  • Où en est le Parti démocrate italien ? Le 9 mars à 13:54, par Damaggio

    La nette victoire de Nicola Zingaretti (70% avec 1,8 millions d’électeurs alors que les dirigeants du parti en attendaient au mieux 1 million) dans une élection primaire qui existe depuis longtemps pour le PD (elle a opposé au gagnant un défenseur de Renzi et le sortant) fait penser à la victoire que les militants du PSOE espagnol ont accordé à Pedro Sanchez contre les combines des caciques de ce parti. Il se trouve que depuis, le PSOE version plus à gauche a accédé au pouvoir et redevient le premier parti, du moins dans les sondages, pour le mois prochain. Une question est ainsi posée surtout à la « gauche » authentique : la social-démocratie annoncée comme perdue peut-elle revenir ? jean-paul damaggio

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