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Antisémitisme et antirépublicanisme

jeudi 14 mars 2019, par René Merle

Ce que pouvaient lire les fidèles de Maurras au moment où les jours de l’État français apparaissaient désormais comptés.

On lit dans la première page de l’Action française du 28 mars 1944 ces lignes insupportables, écrites au moment où la police française traquait les Juifs pour les livrer aux Nazis et aux camps de la mort. Elles unissent dans la même haine les Juifs, la République mise à bas par l’État français pétainiste, et les « terroristes », ces « bandits » dont la presse collaborationniste fait ses gros titres.
Les Belles Âmes, qui aujourd’hui dénoncent à juste titre l’antisémitisme, ne devraient pas oublier que la haine des plumitifs antisémites (dont beaucoup retrouvèrent leur place et les honneurs après la Libération) était inséparable de leur haine pour la République émancipatrice des Juifs et dess « terroristes » rouges.
Le cœur se serre en lisant ceci de penser qu’aujourd’hui des essayistes à succès se permettent de blanchir le sanglant épisode pétainiste.
« Gratitude juive
Dans un livre qui remonte à une quarantaine d’années, Louis Bertrand [1] a raconte qu’il visitait un jour une école israélite du Levant. Le professeur d’histoire interrogea en sa présence les élèves : « - Par qui la France a-t-elle été vaincue en 1870… Pouvez-vous me citer quelques batailles perdues par les Français ? Qu’est-ce que la capitulation de Sedan ? »
Un peu interloqué, Louis Bertrand fit remarquer, après la troisième réponse, qu’il y avait, dans les annales de notre pays, des dates plus glorieuses que 1870. Alors, le professeur, triomphant : « - Oui, mais 1870, c’est la date de la fondation de la République ! »
L’auteur du Mirage oriental comprit qu’il avait tort de se formaliser, et que, si le malheur de l’un fait quelquefois le bonheur de l’autre, ce Juif, en le lui rappelant, n’y avait mis aucune méchante intention. Il en tira cette conclusion que, si les Turcs de la haute classe ne commettent jamais ce que nous appelons un impair, les Juifs y excellent, qu’ils ont la « gaffe » obstinée et cruelle.
Une gaffe ? Après tout, le dit professeur avait lieu de chérir 1870. C’est le 4 septembre que naît la République ; au gouvernement provisoire siège, à côté de Gambetta et de Jules Simon, un autre Juif, Adolphe Crémieux, garde des sceaux, ministre de la justice, qui dès le 24 octobre, promulgue le fameux décret émancipant les Juifs d’Algérie. Il n’avait pas perdu de temps ! L’initiative d’Adolphe Crémieux était un premier pas dans le chemin fleuri de roses que la République devait ouvrir aux enfants d’Israël. L’apogée de leur fortune , ce fut, soixante-six ans plus tard, l’avènement de Léon Blum, devenu maître souverain des destinées de la France. Si le professeur vit encore, sans doute le millésime 1936 lui paraîtrait-il aussi beau que le millésime 1870. Les catastrophes qui ont découlé de ces deux dates ne sont rien auprès des avantages que les Juifs y ont récoltés.
On s’explique donc très bien qu’ils aient nourri une profonde tendresse pour la République, qu’ils ne se consolent pas de sa chute, qu’ils travaillent à la ressusciter, et, en conséquence, qu’ils figurent en bonne place parmi les « terroristes », chargés par Londres, Washington et Moscou de la rétablir dans ses pompes et dans ses œuvres.
On s’explique beaucoup moins que des Français coopèrent à la même besogne

Notes

[1Essayiste, romancier et académicien, 1866-1941, qui passa du dreyfusisme à la droite antisémite au nom de la lutte contre le bolchévisme

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