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1943 - Philippe Henriot et le pétainisme salvateur

vendredi 15 mars 2019, par René Merle

L’anticommunisme viscéral des collabos

Parmi toute une étagère de livres pétainistes et collaborationnistes (un vidage de bibliothèque post mortem, sans doute), j’ai trouvé un jour chez un bouquiniste l’ouvrage de Philippe Henriot, dont on connaît la triste fonction radiophonique, Philippe Henriot, dont, après son exécution par un groupe de résistants, les obsèques ont vu l’hommage d’une immense foule de Parisiens, alors même que les Alliés progressaient en Normandie ! Comme quoi...
Et s’ils débarquaient ? Agence Inter France, 1944 : dans cet ouvrage empreint d’anticommunisme fondamental (une victoire des « judéo-ploutocrates anglo-saxons » ouvrirait la voie à la domination bolchevik !) – antibolchevisme que, de la droite à la SFIO, bien des politiques n’auront aucun mal à recycler par la suite -, on trouve à maintes reprises le thème aujourd’hui repris par des chroniqueurs à la mode : le régime de Vichy, et son âme damnée Laval, ont limité la casse ! Intéressant à relire par ces temps de réécriture de l’histoire du pétainisme.

Un exemple, entre dix, extrait d’une allocution de mai 1943 :
« Eh bien ! il est temps de se poser une question : puisque la France, comme le répètent ces Messieurs [1], est hostile à la collaboration franco-allemande, puisqu’elle attend le débarquement anglo-saxon, pourquoi donc l’Allemagne ne lui a pas appliqué le rude traitement que le vainqueur peut infliger au vaincu ? Croit-on qu’il ne lui serait pas possible de supprimer tout net la relève [2], le service du travail en Allemagne, la ligne de démarcation, toutes contraintes que nos compatriotes ont pris l’habitude de comparer avec leurs libertés perdues au lieu de les comparer avec les contraintes pires qu’on serait en droit de redouter ? Elle aurait pu depuis longtemps, elle pourrait demain décréter que, revenant à une loi qui a été celle de toutes les guerres jusqu’ici, les prisonniers demeureront derrière les barbelés jusqu’à la fin des hostilités, que les Français dont elle a besoin seront emmenés en Allemagne sans contrepartie et avec un salaire de requis, que la ligne de démarcation est supprimée pour faire place à une France soumise tout entière à un gauleiter. Elle pourrait organiser les déportations, les vraies…, (Chacun jugera !!!) emmener des provinces entières dans les territoires de l’Est ; elle pourrait en bref commettre tous les actes implacables d’un vainqueur qui n’est que vainqueur. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Pourquoi ne le fait-elle pas ? Parce qu’un homme plaide devant elle avec une fermeté et un courage indomptables la cause de sa Patrie ; un homme qui n’a jamais changé d’attitude et qui, hier au Quartier général du Chancelier Hitler, tenait le même langage qu’en 1931 devant le chancelier Brüning, qu’en 1935 avec les négociateurs italiens ou avec Sir Samuel Hoare ; un homme qui, dans un pays où on a trop jonglé avec les paroles d’honneur, n’a jamais ni renié, ni interprété, ni arrangé la sienne. Un homme dont la loyauté sans fléchissement commande et obtient le respect et qui, impopulaire parmi ceux qu’il s’acharne à sauver, injurié, calomnié, vilipendé, menacé, attaqué par eux, a, par sa persévérance à défendre une ingrate patrie, servi de paratonnerre à la France : le Président Pierre Laval. » [3]

Ce sera l’argumentation de Laval lors de son procès, lorsqu’on lui reprocha d’avoir publiquement souhaité la victoire de l’Allemagne : la France pouvait au moins subsister sous domination allemande, elle disparaitrait sous domination soviétique.

Notes

[1Radios de Londres et d’Alger

[2La relève des prisonniers de guerre, remplacés par des travailleurs français allant en Allemagne

[3Laval, 1883-1945, blanquiste, socialiste SFIO, pacifiste en 1914, passé à droite dans les années 20, président du Conseil avant le Front populaire, maître d’œuvre de la politique de collaboration. Condamné à mort et fusillé en 1945

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