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Quelques remarques après les journées de manifestations du samedi 16 mars

dimanche 17 mars 2019, par René Merle

Un constat et une question : « à qui profite le crime ? »

Les chaines d’info en continu ont couvert toute la journée les événements des Champs Élysées, en le laissait qu’une place infime aux autres manifestations que Paris a connues ce même jour, et en particulier la marche pour le climat. Est-ce un hasard ?

On ne peut qu’être frappé par le partage géographique des manifestations.
Alors que traditionnellement les manifestations populaires se déroulent la plupart du temps pacifiquement dans le Paris lui aussi populaire de l’Est, les Gilets jaunes investissent agressivement les quartiers de l’Ouest parisien, symboles du Pouvoir et de la richesse, et jadis fief de la Manif pour tous. Ils ne veulent pas rester chez eux, mais narguer les Puissants là où ils pensent qu’ils sont.
Inversement, les manifestations sociétales, qui mobilisent un public très varié et plus large socialement (jeunesse et « couches moyennes » cultivées) investissent aujourd’hui les hauts lieux de la contestation syndicale et politique de gauche.
Il est vrai aussi que ce Paris de l’Est est en pleine mutation sociologique, investi qu’il est par la jeunesse des classes moyennes.

Dans ce contexte, la fameuse convergence des luttes aurait eu du mal à ses concrétiser. Certes, on apercevait des gilets jaunes dans la foule des marcheurs pour le climat, mais ils étaient en très nette minorité.
Ce qui contraste avec beaucoup de villes de province où les deux manifestations se sont mêlées, dans le calme. Ainsi dans la ville où j’habite. Là sans doute, même si la rencontre entre ces différents courants n’est pas aisée, on peut penser que la proximité géographique des uns et des autres a pu jouer.

À Paris, une fois de plus, les casseurs ont profité de l’occasion et de la légitime colère des manifestants gilets jaunes pour commettre ce que l’on sait. Ils avaient déjà sévi lors des manifestations syndicales de l’an dernier, dûment organisées et sécurisées pourtant. Rien d’étonnant qu’ils aient pu dévoyer ainsi un mouvement sans dirigeants ni service d’ordre.

La question qui monte de toutes parts à ce propos est : « à qui profite le crime ? ».
On ne peut que s’interroger sur la stratégie de notre pittoresque ministre de l’Intérieur, à propos de laquelle le secrétaire national CRS de l’Unsa police vient de déclarer : « On a 12 compagnies de CRS qui ont été cantonnées et cloisonnées pour sanctuariser l’Élysée et on a laissé les débordements se faire ».
Devant l’incompréhension et l’indignation de l’opinion, on peut se demander si le laxisme de ce samedi n’a pas été l’alibi pour un renforcement à venir, tous azimuts, de la politique autoritaire du régime.

Je parlais plus haute de « légitime colère des manifestants ». Légitime car de Grand Débat National en Conférences régionales, puis à une prolongation en avril, en attendant que notre Président en tire seul les conclusions. La prise en main du débat par le gouvernement et par LaRem a renforcé ce sentiment qu’il s’agissait essentiellement de gagner du temps en attendant les élections européennes de Mai.

2 Messages

  • « Devant l’incompréhension et l’indignation de l’opinion, on peut se demander si le laxisme de ce samedi n’a pas été l’alibi pour un renforcement à venir, tous azimuts, de la politique autoritaire du régime. »

    Bonjour René.
    Je me suis fait exactement la même réflexion, quand le soir même de la manif j’ai vu nos « acteurs de théâtre » rentrer en cellule de crise en évoquant, déjà, préventivement, des mesures pour durcir l’autorité et non pas la sécurité.
    Amicalement.

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  • La première manifestation des gilets jaunes, a interpellé très certainement le pouvoir, car comme par hasard tout s’est axé ensuite, et surtout sur les chaines en boucle, à marche forcée, sur la violence.
    On voyait la veille de chaque acte, en boucle aussi sur ces mêmes chaines, des gens clouer des planches sur les Champs Élysées. En prévision d’un cyclone ? Non, mais de quelque chose d’effrayant.
    On préparait les cerveaux.
    Et si on introduisait ,comme par hasard aussi, un Grand Débat ?
    Ce serait l’occasion d’une mise sur la table des idées et revendications, qui finalement tourna à grand monologue Présidentiel. Il ne lui manquait plus que la panoplie de pilote qu’il endossa un jour de visite aux militaires, à notre Président.
    Narcisse agrandissait son miroir. Malheureusement il n’attirait que les alouettes, sans tête oserais je dire.
    Le fiasco s’annonce depuis un moment sur cet initiative . Et aussi sur les mesures à prendre suite à ce magnifique enfumage.
    Macron semble avoir perdu la main sur beaucoup de choses.
    Avec les violences du 16 mars, l’occasion est "inespérée" , et de masquer le débat, et par un coup de force de reprendre la main, surtout chez ceux qui ont peur de leur ombre.

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