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Le président du Conseil européen et Mussolini

lundi 18 mars 2019, par René Merle

Un regard sur la personnalité de Mussolini

Le président italien du Parlement européen, Antonio Tajani, ex porte parole de Silvio Berlusconi, vient de déclarer publiquement que Mussolini avait fait bien des choses positives en aménageant et réaménageant l’Italie ; seul bémol dans la louange : « On peut ne pas être d’accord avec la méthode » !
Dans une Italie où les relents du fascisme empoisonnent plus que jamais l’atmosphère, l’intervention a évidemment suscité un tollé du côté des démocrates.

Pour autant, la nostalgie demeure pour une partie des plus âgés pour ce fascisme qui les empêchait si douillettement de penser [1], et elle vivifie des mouvements d’ultra droite, souvent liés aux ultras du football, qui tentent de récupérer le découragement et l’anxiété de la jeunesse…

On peut lire aujourd’hui bien des définitions, souvent discutables, du fascisme. Mais à traiter du fascisme stricto sensu, c’est-à-dire du fascisme italien, comment ne pas évoquer celui qui, dans une conversion politique stupéfiante, le dota d’une doctrine et d’une victorieuse force d’action.

Accoucheur certes, car si le mot "fasci" (faisceaux) avait déjà pris place dans les luttes ouvrières et paysannes progressistes italiennes (« fasci operai » des années 1870 dans le Centre et le Nord, « fasci dei lavoratori » en Sicile dans les années 1890, c’est bien Mussolini, l’ex-socialiste révolutionnaire, qui baptisa ainsi le bras armé de la contre-révolution initiée par les classes dirigeantes, et qui fit du culte de sa personne la garantie de la victoire…

Des contemporains ont beaucoup écrit sur Mussolini : cf. par exemple sur ce blog 1923 - Mussolini vu par Hemingway.. À cet égard, une des meilleures approches que je connaisse, peut-être la meilleure, est celle que la grand marxiste et militant péruvien José Carlos Mariátegui [1894-1930] donna dans La escena contemporánea, (Editorial Minerva, Lima, 1925) avec la série d’articles « Biologia del Fascismo ».
Les hispanophones peuvent en lire la totalité dans :
Mariátegui

Mariátegui a vécu en Italie de 1920 à 1922 : il a été témoin des luttes ouvrières révolutionnaires de Turin, en 1920 ; il a participé en janvier 1921 au Congrès de Livourne qui vit la naissance du Parti communiste d’Italie ; il a suivi de près pendant ces deux années la montée du fascisme jusqu’à sa victoire en 1922. C’est dire la valeur de son témoignage et de sa réflexion.

Le premier article, « Mussolini y el fascismo », commence par cette affirmation fondamentale : « Fascismo y Mussolini son dos palabras consustanciales y solidarias ». Après avoir présenté le cheminement idéologique et politique du jeune socialiste révolutionnaire, Mariátegui termine ainsi [2] : je traduis littéralement :
« Mussolini est passé du socialisme au fascisme, de la révolution à la réaction, par voie sentimentale, non par voie conceptuelle. Toutes les apostasies historiques ont été, probablement, un phénomène spirituel. Mussolini, hier extrémiste de la révolution, aujourd’hui extrémiste de la réaction, nous rappelle Julien [3]. Comme cet empereur, personnage de Ibsen et de Mjerowskovsky, Mussolini est un être inquiet, théâtral, halluciné, superstitieux et mystérieux qui s’est senti élu par le Destin pour décréter la persécution du dieu nouveau et rétablir dans leur rétable les anciens dieux moribonds. »

À la différence de certains marxistes réducteurs, qui réduisent l’histoire à ses seules causes socio-économiques, Mariátegui, en disciple averti de Marx, sait que si les hommes font l’histoire dans des conditions déterminées, ce sont bien les hommes qui font l’histoire, et, pour les « grands hommes », qui la font avec leur personnalité, leur virtù d’analyse et de décision. Ainsi de Mussolini sans lequel l’Italie n’aurait pas été ce qu’elle est devenue

Notes

[1On lira à ce propos l’éclairante citation de Magris : Magris - Du fascisme de la Passivité,

[2« Mussolini ha pasado del socialismo al fascismo, de la revolución a la reacción, por una via sentimental, no por una vía conceptual. Todas las apostasías históricas han sido, probablement, un fenómeno espiritual. Mussolini, extremista de la revolución ayer, extremista de la reacción hoy, nos recuerdo a Juliano. Como este Emperador, personaje de Ibsen y de Mjerowskovsky, Mussolini es un ser inquieto, teatral, alucinado, supersticioso y misterioso que se ha sentido elegido por el Destino para decretar la persecución del dios nuevo y reponer en su retablo los moribundos dioses antiguos. »

[3Julien "l’apostat", l’empereur (361-363) qui abandonna le christianisme, impérial depuis 312-313, et tenta de rétablir officiellement le polythéisme

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