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Il y a 100 ans, le 21 mars 1919, naissait pacifiquement la République des Conseils de Hongrie

vendredi 22 mars 2019, par René Merle

Comment est née la seconde république communiste d’Europe

Je ne suis pas philatéliste compulsionnel, mais j’aime les timbres, surtout les timbres anciens, car ils sont de vrais témoins de l’Histoire, et peu me chaut qu’ils n’aient aucune valeur marchande.
Ainsi de ce "Karl Marx" de la République hongroise des Conseils, qui leva son drapeau rouge trois mois durant, avant d’être abattue par une coalition animée par la France de Clémenceau.

Il y a 100 ans en effet, le 21 mars 1919, naissait pacifiquement la République des Conseils de Hongrie (ou République soviétique hongroise).
Le 16 novembre 1918, l’Empire austro-hongrois s’effondrait et la République démocratique hongroise étai proclamée, avec à sa tête le comte Mihály Károlyi, à la tête d’un gouvernement de coalition allant de la droite aux sociaux-démocrates. Les Alliés victorieux imposèrent alors à la Hongrie l’amputation d’une grande partie de son territoire, livré aux états voisins, obligés de la France, ce qui suscite une violente réaction nationale hongroise. Aussitôt se créa le Parti communiste de Hongrie, née d’une dissidence social-démocrate et de militaires gagnés au communisme lors de la guerre contre la Russie. Devant la pression française qui le 20 mars exigeait de la Hongrie d’autres amputations territoriales, et l’exaspération populaire qu’elle suscita, Károlyi démissionna et céda pacifiquement le pouvoir le 21 à un Conseil révolutionnaire de gouvernement.
Voici comment le grand quotidien français Excelsior présenta l’événement :

« Le comte Karolyi et le ministre Buza Barna à la frontière. – Si jamais révolution se passa dans le calme, c’est celle qui a amené la proclamation de la République bolchevik en Hongrie. Brusquement, on apprit que le président du Conseil Karolyi abandonnait ses pouvoirs aux soviets. Il y eut un grand mouvement du peuple dans les rues de Budapest, mais pas d’émeutes. Voici le Comte Karolyi agissant pour la dernière fois en tant que président du Conseil pour la délimitation de la frontière hongro-roumaine. Il est accompagné, à gauche, de la comtesse Karolyi ; à droite de M. Buza Barna, ministre de l’Agriculture. »

Le nouveau gouvernement initiera immédiatement une profonde révolution sociale (nationalisation des grandes entreprises, confiscation des terres des grands propriétaires, mesures sociales en faveur des femmes et des enfants), et une profonde révolution politique : la République des Conseils (soviets) se veut fédérale (création de républiques des conseils dans les régions que la Triple Entente veut arracher à la Hongrie).

Naissance insupportable pour Clémenceau qui, en pleine déroute dans son intervention militaire contre la Russie soviétique [1], ne voulait pas admettre la naissance d’un état communiste dans la chaine de nouveaux états qui, de la Baltique à la Mer Noire, devaient constituer un mur contre la menace rouge venue de l’Est.
Il lui sera facile de jouer sur les antagonismes ethniques et nationalistes dont cette partie de l’Europe était grosse. Sous l’Empire bicéphale austro-hongrois, la Hongrie englobait des minorités serbes, tchèques, roumaines que Clémenceau va utiliser contre la nouvelle République.
La République des Conseils sera vaincue en aout par une coalition peu glorieuse, celle de l’armée franco-serbe des Balkans et de l’armée d’une Roumanie préfasciste et antisémite.
Les vainqueurs installèrent au pouvoir l’amiral Horthy, (futur allié d’Hitler), qui déchaina immédiatement une terreur anticommuniste et antisémite.
Clémenceau, l’ancien radical avancé, désormais cyniquement manipulateur des nationalismes conservateurs, pouvait être satisfait.

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