Categories

Accueil > Religions, croyances > Europe chrétienne ?

Europe chrétienne ?

samedi 23 mars 2019, par René Merle

Une crispation identitaire grosse de menaces

Je traitais du christianisme dans un article récent, en signalant que les « élites » mondialisées, cyniques et jouisseuses, considèrent dorénavant que la religion n’est plus le vecteur essentiel de leur domination. L’idéologie individualiste généralisée du consumérisme et de l’entertainment, dévoreuse des identités de classes, peut y suffire.
Un regard sur l’histoire de l’Église catholique, et en particulier de l’Église de France
Et pourtant, le thème de l’Europe chrétienne revient en force ces derniers temps.

Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, nous estimant protégés par notre laïcité et notre Loi de 1905, nous regardions un peu comme des survivances pittoresques [1] l’affirmation officielle chrétienne dans des pays voisins.
Dans l’Italie où nous aimions tant aller en vacance, l’Italie pays de la dominante Démocratie chrétienne, la croix était partout, dans les bâtiments officiels comme dans les écoles.

En Allemagne, éternellement dirigée par le parti chrétien démocrate (CDU) du Gott mit uns, lors de leur prise de fonction, président fédéral, chancelier fédéral et les ministres fédéraux prêtent devant le Bundestag le même serment
« Je jure de consacrer mes forces au bien du peuple allemand, d’accroître ce qui lui est profitable, d’écarter de lui tout dommage, de respecter et défendre la Loi fondamentale et les lois de la fédération, de remplir mes devoirs avec conscience et d’être juste envers tous. Que Dieu me vienne en aide ! » (La dernière phrase peut être omise, et certains ne l’ont pas prononcée).
Mais baste, il nous semblait que ces survivances d’un autre temps ne pouvaient que laisser place partout à la laïcité de la France des Droits de l’Homme et du Citoyen, phare incontesté ( ?) de la démocratie, de la tolérance et de la liberté de pensée.

Las, avec la chute du mur de Berlin et le basculement des États de l’ex-bloc de l’Est vers l’occident et vers le libéralisme économique, la donne a singulièrement été changée.
Nous avons vu, dans l’éclatement de la Yougoslavie socialiste suscité et entretenu par l’Allemagne, les conflits ethniques prendre l’allure d’une guerre de religion. Ainsi, le cœur de l’Occident a vibré du côté des gentils Croates, plus ou moins fils d’Oustachis, qui défendaient la religion catholique contre les méchants Serbes orthodoxes [2] Remarquons en passant, à propos de Serbes, que le cœur de l’Occident, pour une fois, a vibré du côté d’Européens, les Bosniaques, que l’on enfermait ainsi dans une identité religieuse musulmane saluée de la Turquie à l’Arabie saoudite…

Dans la Pologne où le catholicisme a été le support du mouvement indépendantiste au temps du tsarisme, puis le support de la lutte anticommuniste après 1945, il n’était pas étonnant que le nouveau régime pro occidental en fasse sa religion d’État. Mais depuis la mal nommée crise migratoire, ce catholicisme est devenu à l’évidence emblématique du refus de la nouvelle donne européenne : être catholique, c’est par définition refuser le viol du territoire sacré par les musulmans.

Posture partagée aujourd’hui par les figures de proue des « populistes » [3] européens. Devant « l’invasion migratoire », en toute charité chrétienne, Salvini brandit sa croix, et Orban fait de même…
On le voit, cette utilisation de la religion a bien peu à voir avec la sincérité de la foi.

Il serait quand même temps que les croyants sincères se désolidarisent de ces positions lamentables et dangereuses, dont la dernière rencontre Bolsonaro – Trump, placée sous l’égide de Dieu (et des fake news) est une illustration particulièrement inquiétante.

Notes

[1J’en écarte la sinistre alliance du sabre et du goupillon dans l’Espagne franquiste, que la nouvelle Espagne démocratique avait du mal à cicatriser.

[2Le Français dit moyen ne le sait peut-être pas, mais en Bulgarie, en Grèce, en Roumanie, en Serbie, le christianisme orthodoxe, dont Poutine fait parade, est religion officielle.

[3Je n’aime pas cette définition simplificatrice et peu éclairante.

Répondre à cet article