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Il y a cent ans, acquittement de Villain, l’assassin de Jaurès

dimanche 24 mars 2019, par René Merle

Un article de l’Action française qui donne bien le ton de l’hystérie anti-socialiste et anti-pacifiste

Le 24 mars 1919 débutait le procès Villain [1] qui se terminera par un acquittement. Dans la France cocardière et nationaliste du lendemain de la victoire, le grand combattant pour la Paix est assassiné une seconde fois. Le procès de l’assassin devient le procès de Jaurès...

L’Action française, 30 mars 1929
« Le procès Villain – L’acquittement


La dernière audience a enfin rassemblé les divers procès où se décomposait l’affaire VillainElle en a réussi la synthèse et leur a donné la synthèse et leur a donné une solution, solution su conforme à la nature des choses que tout le monde attendait et que, dans la salle où se mêlaient les partis adverses, elle n’a provoqué aucune manifestation : c’est l’acquittement de l’accusé.

Après un très habile réquisitoire de M. L’avocat général Béguin, Me Alexandre Zévaès [2], dans une plaidoirie aussi forte que brillante, a d’abord réglé le procès Jaurès. Respectant la mémoire d’un mort, admettant avec la philosophie qui était la sienne, que « tout est dans tout », il n’a pas discuté les intentions de Jaurès, ni toutes les belles déductions, d’ailleurs contradictoires, que les témoins avaient essayé de tirer des principes de sa pensée et de son action politique. Mais, par une longue série de faits et de textes précis, empruntés pour la plupart aux témoins eux-mêmes, il a montré que cette pensée confuse, comme cette parole sonore, avait pratiquement été interprétée et développée par ceux qui s’en réclament, dans le sens du mal, et que cette action politique, quel que fût son principe, avait, en fait, été dirigée contre les intérêts de la Patrie. Villain, tête débile et patriote passionné, n’avait-il pas, lui aussi, le droit de l’interpréter ainsi ?


Comme une buée légère et brillante, l’image factice du Jaurès que les témoignages de ses amis, au cours des audiences, avaient fait surgir de l’infini des possibles, s’est évanouie. Il n’est resté sous les yeux des jurés et du public que le spectacle direct de l’œuvre réelle de Jaurès, telle qu’on pouvait la juger en juillet 1914, quand il faisait voter la grève générale en cas de mobilisation, telle qu’elle devait remplir d’une angoisse légitime les cœurs français, à la veille de la grande guerre.

Après Me Zévaès, la parole émouvante de Me Henry Géraud nous a montré l’âme trop faible qui n’a pas pu supporter le poids de cette angoisse dans les jours tragiques et que la passion de la France qu’il voyait en danger a poussée au crime. Ce crime passionnel, au mobile généreux, n’était-il pas assez expié par près de cinq années de prison préventive ? Les jurés l’ont compris ainsi.

Verdict de pitié, de sagesse et de raison. Nous ne dirons pas, nous, qu’il emporte la condamnation de Jaurès : puisque celui-ci a payé avant d’avoir trouvé les juges qu’on avait ici réclamés pour lui, sa mémoire a droit à la paix. Mais ce verdict refuse d’absoudre les erreurs et les fautes que la France envahie, ruinée, ensanglantée a payées encore plus cher que lui.

Imprudents, ses avocats avaient essayé de faire proclamer comme vertus l’imprévoyance, l’insouciance, la folie d’une politique qui faisait le jeu de l’ennemi et qui aurait abouti à
la défaite, à la destruction de la patrie. C’est à ces prétentions que le jury, représentant de la France blessée, mais
victorieuse, a répondu non. Cette parole décisive de la magistrature populaire affermira le cœur de notre pays qui veut vivre et, retentissant plus loin encore, ira dire jusqu’à l’Orient bolcheviste que la France n’est pas mûre pour l’anarchie.
Maurice PUJO ». [3]

Dans L’Humanité journal socialiste, 4 avril 1919, Anatole France se joignit ainsi au flot de protestations :

Notes

[1L’étudiant nationaliste Raoul Villain avait assassiné Jaurès le 31 juillet 1914 ; sa culpabilité ne faisait aucun doute, et il avait avoué son crime ; il fera néanmoins 56 mois de prison préventive, jusqu’à son procès.

[2Ancien dirigeant socialiste guesdiste passé au nationalisme le plus droitier

[3Journaliste, co-directeur du journal, fondateur des Camelots du Roi, troupes de choc royalistes.

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