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Quand le Mexique demande des comptes à l’Espagne et au Pape

jeudi 28 mars 2019, par René Merle

Une lettre du président mexicain au roi d’Espagne et au Pape.

Il y a 500 ans, le 12 mars 1519, le conquistador Hernán Cortés débarquait sur la côte de l’actuel État de Tabasco et y célébrait une messe. Le 14, la troupe de Cortés se heurta à la résistance de la population maya-chontal à Centla, et l’emporta grâce aux armes à feu inconnues des Mayas, qui combattaient avec leurs flèches. C’était le début de la conquête de l’empire aztèque.

À l’occasion de la commémoration de la bataille de Centla, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a confirmé qu’ii a écrit au roi d’Espagne et au pape pour demander, afin d’initier un processus de réconciliation, que l’Espagne et l’Église reconnaissent que la conquête ne fut pas une rencontre entre deux cultures, comme il souvent dit pudiquement, mais une entreprise sanglante de vassalisation et de dépossession culturelle.

Dans le Mexique ravagé par l’impunité des Cartels criminels, et dont une bonne partie de la population a l’œil sur la frontière étatsunienne, on peut se demander si ce sursaut de dignité nationale n’a pas d’autre but que de consolider (démagogiquement ?) la victoire historique de la coalition de gauche « Ensemble nous ferons l’Histoire » à l’élection présidentielle de 2018 (53,2% des voix), ou s’il s’inscrit dans la longue tradition de réappropriation vraiment efficace de la mémoire. Vraiment efficace ? C’est non seulement dans la reconnaissance des droits des peuples indigènes minoritaires, mais aussi et surtout dans la marche vers le progrès social et démocratique de tout le Mexique que se manifestera cette efficacité. D’autant que Trump, qu’Obrador a qualifié de brute, garde un œil hostile sur l’expérience de gauche en cours dans son grand voisin du Sud.

En Espagne, si la demande du président Obrador a rencontré une hostilité presque générale [1], Unidas Podemos a pris la défense du président mexicain.
L’ultra droite nationaliste de VOX se signale en déclarant que « Le Mexique et toute l’Amérique devraient remercier les Espagnom qui apportèrent la civilisation et mirent fin au règne de terreur et de barbarie auquel ils étaient soumis. »

À noter que le président Obrador est originaire de l’État de Tabasco, débouché maritime du Chiapas où depuis des années la population maya lutte pour le mieux vivre dans l’autonomie et la dignité.

On peut lire sur ce site l’opinion de Montaigne sur la conquête espagnole :
Montaigne et la découverte du Nouveau Monde

Notes

[1L’Espagne, peut-on lire, ne demandera pas des excuses à la France pour l’invasion napoléonienne, et la France ne demandera pas des excuses à l’Italie pour l’invasion romaine de la Gaule…

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