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Le Clézio, « Diego & Frida »

mercredi 10 avril 2019, par René Merle

Un kaléidoscope fascinant

Un ami m’évoquait récemment le séjour mexicain de Trotsky, évoquait, tragiquement terminé par le coup de piolet, ce qui m’a évidemment renvoyé vers Diego Rivera [1886-1957] et Frida Kahlo [1907-1954], qui furent les hôtes de Trotsky.
Et dans la masse de biographies et d’études qui leur sont consacrées, je me suis naturellement retourné, à nouveau, vers une de celles qui m’apparaît le plus justement en empathie, tant avec le couple mythique, qu’avec un Mexique aux lendemains de l’immense vague révolutionnaire : J.M.G. Le Clézio, Diego & Frida, Stock, 1993 (plusieurs fois réédité depuis).

On ne peut sortir indemne de celle de Diego & Frida.
C’est une lecture qui brise, si on la prend au ras du malheur, celui de l’incommunicabilité des êtres, celui de la magie fracassée de l’amour, comme au plus vif de l’insupportable souffrance solitaire du handicap.

C’est aussi une lecture qui décape toute illusion messianique, sans pour autant effacer les espérances révolutionnaires dont témoignent sur le cercueil de Frida la faucille et le marteau. La levée en masse du peuple rural, du peuple indien que Diego ne cessera de magnifier et dont Frida, (au sens propre), a sucé le lait, ouvrait l’ère des Révolutions mondiales, immédiatement trahies, de Mexico à Moscou. Alors que, quelles que soient les crises, la vitalité du fascinant voisin yankee proclame le triomphe du capitalisme négateur de toutes les valeurs et fiertés ancestrales, indiennes au premier chef. Valeurs et fiertés qui ne sont pas présentées ici comme des patrimoines à préserver, mais comme la matrice d’un univers nouveau à conquérir.

Une lecture qui incite à respirer les odeurs, à admirer les couleurs, à rencontrer la beauté d’un peuple et d’un Mexique pas encore touristifiés et cartepostalisés, dont Le Clézio, quand il se dégage du style retenu de la biographie (c’est la loi du genre), nous donne des fulgurances. Un Mexique qui, quelle que soit alors sa violence, - violence politique, sociale ou religieuse - n’imagine pas dans quels abîmes le précipitera la sanglante violence actuelle des cartels de la drogue.

Une lecture, enfin, qui incite à vous précipiter vers les tableaux, si dissemblables et si complémentaires, de Diego l’immense muraliste parlant au peuple et de Frida enfermée dans le face à face avec son image...

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