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L’état de guerres…

vendredi 12 avril 2019, par René Merle

L’humanité vouée à la guerre ?

J’évoquais rapidement hier les guerres qui ont ensanglanté ou ensanglantent des pays que j’avais jadis visité en paix.
Dans une émission récente de C politique, le philosophe Michel Serre affirmait, ce qui m’a quelque peu surpris (mais peut-être n’ai-je pas toutes les données), qu’il n’y a jamais eu aussi peu de violences guerrières que dans ces dernières décennies (au sens large), disons depuis la fin de la dernière guerre mondiale.
On peut pourtant avoir un sentiment contraire, au vu des conflits de divers ordres qui ont ensanglanté le monde dans la période « pacifique » qui va de 1946 à aujourd’hui. Soixante et dix ans et plus pendant lesquels le monde s’est déchiré. Le chiffre des victimes semble être du même ordre, au total, que celui de chacune des deux guerres mondiales de la première moitié du vingtième siècle.

Sans parler des massacres de masse organisés dans le cadre d’un pays [1], on ne peut qu’évoquer, sans être exhaustif, loin de là, les guerres de toutes sortes qui ont ensanglanté la planète.

La guerre froide a hélas été parfois très chaude [2]. Elle semble avoir cessé depuis la chute du mur. En fait, les Etats-Unis continuent à entretenir des bases militaires un peu partout dans le monde, et notamment autour de la Russie et de la Chine. Et l’horizon est loin d’être entièrement dégagé, non seulement en ce qui concerne l’attitude américaine vis à vis de la Russie, mais aussi et surtout vis à vis de la Chine.

On mesure mal aujourd’hui combien dans ces années 1947-1962 combien le monde a été à deux doigts de l’affrontement direct entre les deux blocs. On oublie aussi un peu trop vite les monstruosités qui ont accompagné la préparation de la guerre chimique et bactériologique [3]
La décolonisation s’est accompagnée de terribles conflits [4]

Des guerres civiles extrêmement meurtrières ont frappé tous les continents, avec souvent des appuis ou des interventions étrangères [5].

Les guerres interventionnistes des grandes puissances ont déclenché des chaos [6].

Les conflits entre nations voisines ont été légion : litiges frontaliers, agressions, luttes pour la survie nationale [7] et menacent toujours : trois protagonistes principaux, l’Inde, le Pakistan et Israël se sont dotés de l’arme atomique…

On a même vu des affrontements guerriers entre « pays frères » du « camp socialiste » [8].

Au nombre effroyable de victimes militaires et encore plus de victimes civiles s’ajoutent la régression absolue du niveau de vie et de santé dans les zones de conflit, la terrible mortalité enfantine, les exodes de masse, les famines, les traumatismes (le viol arme de guerre, généralisation de la torture, enfants enrôlés de force, esclavage et notamment esclavage sexuel…)
Bref, voici un bien triste bilan.

Faut-il seulement le verser aux pertes et profits de la nature humaine ? Faut-il se contenter de constater que, depuis le néolithique, la guerre est inhérente aux sociétés humaines ? Auquel cas, à propos des causes, nous serions loin de la responsabilité directe et première du capitalisme que pointa Jaurès ? Jaurès, le capitalisme, et la guerre
En fait, aujourd’hui que le monde est totalement soumis au mode de production capitaliste [9], on est passé d’un conflit possible entre deux blocs idéologiquement opposés, (antagonisme qui dominait tous les autres et nourrissait aussi guerres civiles et conflits de voisinage), à des conflits, larvés ou ouverts, entre puissances capitalistes pour maintenir ou agrandir leurs zones d’influences et sauvegarder leurs intérêts, notamment en ce qui concerne les matières premières, le pétrole, les étapes de la circulation maritime mondiale, etc. Et dans tous ces pays, la production et la vente d’armements est nourrie par la multiplication des tensions et des conflits régionaux, qu’elles n’ont donc aucun intérêt à voir cesser.
La nouveauté est que l’interventionnisme d’ancien régime au temps de la lutte anticommuniste s’est transformé en interventionnisme couvert de la défense des Droits de l’Homme (Irak, Syrie, Lybie), et de la destruction des armes de destruction massive. Qui n’a pas en mémoire ce général américain, qui, pour justifier l’agression, brandissait à l’ONU la preuve que l’Irak possédait des armes de destruction massive… qui n’ont jamais existé.

Et sur tout cela planerait désormais une double réalité ; celle d’une sanglante entreprise religieuse de destruction, non pas du mode de production capitaliste, dont elle s’accommode volontiers, mais des modes de vie qui ont accompagné la naissance et le développement du capitalisme ; celle de nouvelles et criminelles baronnies féodales transfrontalières, comme par exemple celle qui ensanglante le Mexique et étend ses tentacules bien au-delà.

Notes

[1Répression française de la révolte malgache en 1947 ; massacre, par centaines de milliers, des communistes en Indonésie en 1965 ; génocide du Burundi en 1972 ; génocide organisé par les Khmers rouges au Cambodge (1975-1979) ; « liquidation » par l’armée de populations Mayas au Guatemala (années 1980) ; génocide du Rwanda en 1994

[2Guerre de Corée, avec interventions étasunienne et chinoise (1950-1953)

[3France 3 vient de rediffuser le film d’Olivier Pighetti, Un village empoisonné par la CIA ? Pont-Saint-Esprit 1951, qui traite de la transformation atroce en cobayes par l’armée et la CIA de militaires, puis de prisonniers, de déshérités ou handicapés, initiatives qui ne prendront fin qu’avec les excuses de Clinton…

[4Conflits de décolonisation notamment dans l’empire britannique, dans les colonies portugaises, et, en ce qui concerne la France, en Indochine (1946-1954), et en Algérie (1954-1962)

[5Grèce (1946-1949), avec appuis anglais aux forces monarchistes anticommunistes ; Guatemala (1960-1996), longue lutte contre la dictature soutenue par les États-Unis ; Nicaragua (années 1960 et 1970 contre la dictature soutenue par les États-Unis, puis 1983-1988, contre le régime révolutionnaire, rébellion des Contras soutenus par les États-Unis) ; Colombie depuis 1964, rébellion marxiste ; Angola (de la guerre de libération contre le Portugal à la guerre civile (1961-1975), avec intervention sud-africaine et riposte cubaine ; Éthiopie (1961-1991, conflit achevé avec la naissance de l’Érythrée ; Biafra (1967-1970) ; Liban, conflits confessionnels (1975-1990) ; Salvador (1979-1992, avec soutien étatsunien à la dictature) ; Afghanistan (première guerre civile nourrie entre le pouvoir communiste et les Talibans soutenus par les États-Unis, prolongée par l’intervention soviétique (1979-1992), depuis guerre ininterrompue ; Pérou (1980-2000) ; Sierra Leone (1991-2002) ; Yougoslavie (1991-2001, avec intervention de l’O.T.A.N) ; Somalie (en guerre civile depuis 1991) ; Tchétchénie (1994-1996, puis 1999-2009) entre sécessionnistes et l’armée russe ; Congo (1996-1997, puis 1998-2003, mais épouvantable conflit toujours endémique) ; Darfour (depuis 2003) ; guerre civile sud soudanaise depuis 2011 ; Syrie (depuis 2011), avec les diverses interventions que l’on sait ; Ukraine depuis 2014 avec les sécessionnistes pro-russes ; Centrafrique depuis 2013, etc.

[6Viet Nam (1955-1975), où l’agent orange défoliant utilisé par les Etats-Unis continue à faire ses ravages aujourd’hui ; Afghanistan (voir plus haut) où pour contrer l’intervention soviétiques les États Unis, en portant à bout de bras les talibans, ont la lourde responsabilité d’avoir ouvert la porte au terrorisme islamique ; Irak (1990-1991, coalition occidentale pour contrer l’invasion irakienne du Koweit, puis attaque américano anglaise contre le régime de Sadam Hussein, 2003-2011, suivie du chaos que l’on sait), Lybie (intervention franco anglaise contre le régime de Khadafi, 2011, avec depuis, à nouveau, le chaos que l’on sait et la porte ouverte aux milices islamiques qui ravagent l’Afrique subsaharienne ; Yémen (depuis 2015, l’intervention saoudienne transforme un conflit civil en guerre totale

[7Inde – Pakistan, six guerres de 1947 à 2016 ; Israël- États arabes (1948-1949, 1956, 1967, 1973, 1982, 2006) ; Éthiopie- Érythrée (1998-2000) ; Iran-Irak (1980-1988), l’Irak étant en l’occurrence soutenu par les Occidentaux, etc.

[8Conflits frontaliers URSS Chine (1969), Chine-Viet Nam (1979) ; guerre du Cambodge : l’armée vietnamienne liquide le régime des Khmers rouges, (1978-1979)

[9En ce qui concerne les États dirigés par un Parti communiste, la Chine et le Viet Nam prétendent bien associer socialisme d’État et développement capitaliste, Cuba étranglé par le blocus hésite, et seule la Corée du Nord s’en tient à son dogme initial.

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