Categories

Accueil > Pouvoir présidentiel et Constitution > Rousseau, du Citoyen

Rousseau, du Citoyen

dimanche 14 avril 2019, par René Merle

Les maisons font la ville, mais les citoyens font la cité…

Du contrat social ou principes du droit politique, par J.-J.Rousseau, citoyen de Genève. 1762. Livre I :

« Si donc on écarte du pacte social ce qui n’est pas de son essence, on trouvera qu’il se réduit aux termes suivants. Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.
À l’instant, au lieu de la puissance particulière de chaque contractant, cet acte d’association produit un corps moral et collectif composé d’autant
de membres que l’assemblée a de voix, lequel reçoit de ce même acte son unité, son moi commun, sa vie et sa volonté. Cette personne publique qui se forme ainsi par l’union de toutes les autres prenait autrefois le nom de Cité, et prend maintenant celui de République ou de corps politique, lequel est appelé par ses membres État quand il est passif, Souverain quand il est actif, Puissance en le comparant à ses semblables.

Le vrai sens de ce mot s’est presque entièrement effacé chez les modernes ; la plupart prennent une ville pour une Cité et un bourgeois pour un Citoyen. Ils ne savent pas que les maisons font la ville mais que les Citoyens font la Cité. Cette même erreur coûta cher autrefois aux Carthaginois. Je n’ai pas lu que le titre de Cives ait jamais été donné aux sujets d’aucun Prince, pas même anciennement aux Macédoniens, ni de nos jours aux Anglais, quoique plus près de la liberté que tous les autres. Les seuls Français prennent tout familièrement le nom de Citoyens, parce qu’ils n’en ont aucune véritable idée, comme on peut le voir dans leurs Dictionnaires, sans quoi ils tomberaient en l’usurpant dans le crime de Lèse-Majesté : ce nom chez eux exprime une vertu et non pas un droit. Quand Bodin [1]a voulu parler de nos Citoyens et Bourgeois, il a fait une lourde bévue en prenant les uns pour les autres. M. d’Alembert ne s’y est pas trompé, et a bien distingué dans son article Genève les quatre ordres d’hommes (même cinq, en y comptant les simples étrangers) qui sont dans notre ville, et dont deux seulement composent la République [2]
Nul autre auteur français, que je sache, n’a compris le vrai sens du mot Citoyen. »

Voilà une définition de ce qu’il faut entendre par « citoyens » au moment où notre Monarchie présidentielle tend à nous transformer en public de sujets bercés par la parole du guide suprême et par ses médias…

Notes

[1Jean Bodin, juriconsulte et théoricien politique français du XVIe siècle.

[2Vous trouverez son article de l’Encyclopédie à :
d’Alembert.

Répondre à cet article