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Lundi 14 heures, suspendus aux lèvres de l’oracle ?

lundi 15 avril 2019, par René Merle

Le niveau zéro de l’infantilisme politique

Dans le registre de la soumission à un seul homme, et à un homme seul, nous touchons le fond aujourd’hui : un monde politique, un monde médiatique suspendus aux lèvres de l’oracle, qui a décidé seul, et qui va parler seul...

Quand on sait ce qu’est la nature humaine, comment peut-on accepter ainsi de s’en remettre à un homme ?
Vous me direz qu’on le fait bien en s’en remettant à un médecin, à un chirurgien ; mais ce sont gens de métier, et formés pour cela.
Or nous voici dans les mains d’un homme qui n’a pas l’expérience de l’élu politique, qui n’a pas non plus une longue expérience de la vie, de par son âge, et qui plus est, qui, par son itinéraire personnel, n’a en rien partagé l’expérience du commun des mortels, des salariés, des précaires, des pères et mères de famille soucieux de l’avenir de leurs gosses.

Et c’est pourtant à lui que nous nous en remettons.
Mais, me direz-vous, il n’est pas seul : il a un parti, il a des députés, il a un gouvernement, il a des conseillers… Parlons-en.

Ce parti n’a été créé que par lui et pour lui, que des puissances d’argent avaient destiné au poste suprême. Ce n’est en rien un parti où l’on débat, où on propose, où on confie les responsabilités à une direction collective. Ce fut seulement le marche pied de l’accession au pouvoir, et il demeure aujourd’hui outre vide.

Ces députés, que les Français qui ont voté ont assez massivement choisis, (députés inexpérimentés ou transfuges peu glorieux du PS et des Républicains), se sont surtout signalés par leur docilité de groupe, se levant comme un seul homme pour saluer leurs chefs, et votant (jusqu’à il y a peu à tout le moins) comme un seul homme ce qu’on leur demandait de voter. On peut douter que leur poids soit important dans la réflexion du Président. En témoigne à l’évidence la façon dont celui-ci avait écarté les remarques qui, à travers eux, pouvaient remonter « du terrain » concernant l’impopularité grandissante des mesures gouvernementales, et ce jusqu’à la crise des Gilets jaunes qui n’aurait jamais dû le prendre par surprise.

Ce gouvernement est manifestement un gouvernement d’application des décisions du Président, et le Premier Ministre est avant tout un « collaborateur » et un fusible. En a témoigné l’impossibilité dans laquelle s’est trouvé le Premier Ministre de connaître, et encore moins d’anticiper, le propos de ce soir du Président Monarque.

Quant aux conseillers, je vous recommandais il y a peu et j’y reviens, la lecture de l’excellent ouvrage de Jérémie Marot et Pauline Théveniaud, Les apprentis de l’Élysée. Grandeur et décadence de la maison Macron, Plon, 2019. Vous y verrez comment ces jeunes ambitieux de talent ont quitté le sérail socialiste ou le sérail conservateur pour servir un chef et assurer leur promotion, sans plus d’expérience directe de la vie que celle des coups fourrés de l’UNEF ou des querelles internes de tendances. Bientôt deux ans après l’élection, on mesure les limites de l’exercice de cette cour rapprochée du Roi-Soleil.

Je ne peux que craindre que ce nouvel avatar du pouvoir personnel ne nous enfonce encore plus dans la crise. Nous verrons...

Je ne sais même pas si je regarderai ce soir en direct l’allocution présidentielle, ni si j’en traiterai demain, ou plus tard.
Pareille situation me donne seulement l’envie de me replier dans ma coquille, d’arrêter de jouer au commentateur prophète, d’égrener jour après jour des intérêts divers, pour me consacrer aux vraies réalités de la vie, qui ne passent pas par Internet.

2 Messages

  • Lundi 14 heures, suspendus aux lèvres de l’oracle ? Le 15 avril à 16:31, par DUBOIS Jean Michel

    Bonjour Mr Merle,
    Ce « misérable acteur », qui ne connaît qu’un seul texte : « Le Veau d’Or », ne peut que rester dans son sinistre rôle. D’autant plus, que tout autour de la scène, les auteurs du texte suivent de très prêt son « exhibition télévisuelle ».
    Je me garde bien de suivre cette sinistre pièce, dans laquelle l’acteur se prend, comme à son habitude, pour un dieu. Alors qu’il n’est qu’un « enfant roi » au ton méprisant.
    « Un effondrement » …

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  • Lundi 14 heures, suspendus aux lèvres de l’oracle ? Le 15 avril à 18:37, par Jean-Yves

    Le mot "’ANÁΓKH" dont parle Hugo au début de son chef d’œuvre, Notre Dame de Paris, aura été plus fort que la condescendance programmée du 20 heures de ce soir.
    Un signe ?
    ’ANÁΓKH ou la Fatalité

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