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Islam français, la mémoire courte et la mémoire longue

samedi 20 avril 2019, par René Merle

Intégration et assimilation…

« Les Français ont la mémoire courte » disait un certain Maréchal.
Pour la plupart de nos compatriotes nés après le trauma des terribles « événements d’Algérie », comme on disait, soit après 1962, c’est une surprise totale d’apprendre que dorénavant l’Islam est la seconde religion de France.
Bigre ! Il fut un temps où, sans parler des protectorats du Maroc et de Tunisie, sans parler des lointaines colonies d’Afrique noire, l’Algérie n’existait dans la conscience métropolitaine que comme l’ensemble des départements français d’Algérie. D’où le slogan inlassablement répété jusqu’en 1962 : « l’Algérie, c’est la France ». Autant dire que la dite France regroupait légalement en son sein des millions et des millions de musulmans d’Algérie… Sans compter les centaines de milliers de travailleurs algériens venus apporter leur main d’œuvre à la France de la Reconstruction d’après 1945 et à la France des Trente Glorieuses.

Chacun sait que le flux migratoire, pourtant contrôlé, s’est perpétué grandement après l’Indépendance des ex-départements français, et que la politique de rapprochement familial a bouleversé la nature essentiellement masculine de cette émigration. Chacun sait que, loin de se dissoudre dans l’agnosticisme dominant dans notre société proclamée de consommation, la religion de la plupart de ces migrants, jusque là maintenue dans l’ombre, a réclamé sa place et son droit dans la sphère publique.
Je n’ai aucune envie de m’engager dans les débats actuels (Islam modéré, Islam de France, islamophobie, etc., toutes notions à propos desquelles je n’ai aucune compétence. Je voulais seulement rappeler ici cette donne historique évidente, mais oubliée ou ignorée par beaucoup dans un pays où le couscous est quand même devenu un plat national.

Ceci dit, beaucoup de nos compatriotes confondent les notions d’intégration et d’assimilation [1]. Si l’immigration « musulmane » s’est à l’évidence intégrée à la France, elle n’a pas (dans son ensemble à tout le moins) abandonné sa spécificité religieuse, qui entraîne d’autres. Bref, il n’y a pas eu d’assimilation.
Sous la monarchie absolue de droit divin, toute religion autre que celle du Roi apparaissait comme une menace à l’ordre établi, et il faudra la Grande Révolution pour donner aux Protestants et aux Juifs leur entière citoyenneté. Il en est bien de même pour les Musulmans d’aujourd’hui.
Et dans le même temps, la Grande Révolution mettra en œuvre une politique, consacrée par la Troisième République, qui renvoyait le catholicisme à la sphère privée, et lui enlevait toute autorité sur la sphère de la légalité républicaine.

À l’évidence, une certaine conception de l’Islam lui arroge la contrôle et parfois la dénégation de cette légalité républicaine au plan sociétal. Mais, dans la France des Belles Âmes, il est devenu difficile de refuser cela sans se faire traiter d’islamophobe et de raciste. Comme si le vrai racisme, hérité du temps de l’oppression coloniale et renforcé par la ghettoïsation et la marginalisation des couches populaires d’origine immigrée, n’était pas à combattre ailleurs. Cet refus de la présumée islamophobie s’inscrit dans tout un courant de pensée, qui se veut contestataire de l’ordre établi, et qui à tendance à confondre le pouvoir capitaliste et le pouvoir de l’homme blanc. Ainsi racialistes et autres Indigènes de la république veulent substituer à la conscience de classedes opprimés la fermeture ethnico-religieuse, dans laquelle une certaine conception de l’Islam aurait toute sa part.
Je renvoie à l’excelle étude proposée par Marianne, n°1152 du 12 au 18 avril 2019.

Notes

[1Cf. le remarquable ouvrage de Jérôme Fourquet, L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée.
Seuil, 2019

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