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Renouveau de ferveur catholique ?

dimanche 21 avril 2019, par René Merle

Regard d’un athée

Je me souviens avoir assisté à un concert où, avec le Requiem de Mozart (paroles latines et traduction nous étaient données), s’imposait la terrible confrontation de l’âme du défunt avec le jugement de la divinité. Et, tout incroyant que je suis, je participais de ce besoin de transcendance qui nous transportait.
J’y reviens en ce jour de Pâques, célébration de la résurrection de Jésus.
J’en avais récemment traité dans un article précédent, au lendemain de la regrettable attitude du pape dans l’affaire Barbarin :
Un regard sur l’histoire de l’Église catholique, et en particulier de l’Église de France
J’apporte ici quelques précisions.

Je suis incroyant, athée, c’est-à-dire, pour aller vite, quelqu’un qui oppose au postulat de la croyance en des divinités, une vision philosophique cohérente de leur inexistence dans le grand Tout dont nous participons.
Pour autant, c’est avec respect que je considère ceux à qui la croyance fait du bien, et donne sens à leur vie ; et encore plus ceux qui, au nom de leur foi, s’activent contre l’égoïsme et l’injustice.
Dans le même temps, je rejette ce revival religieux catholique, enraciné dans le plus profond conservatisme, qui légitime l’inégalité sociale et veut nous imposer un unique mode de vie. J’ai eu l’occasion d’en mesurer le fanatisme conquérant dans ma région.

Je sais bien qu’il est difficile de dissocier les croyants de l’Église. Jésus annonçait le proche avènement du règne de Justice, et c’est l’Église qui est venue.
Je sais bien aussi quel rôle historique la religion a joué, grâce à l’Église catholique, dans la légitimation de l’oppression politique et de l’exploitation sociale.
Et dans le même temps, je n’ignore pas combien fut fort sur l’autre versant de la croyance, et particulièrement dans les hérésies, la protestation messianique contre l’inégalité et l’oppression. Protestation qui s’est manifestée par le rôle de dignitaires chrétiens dans la lutte contre le racisme aux USA, et dans la lutte contre l’apartheid, protestation qui perdure en Amérique du Sud dans cette Théologie de la Libération que le Vatican ne cesse de condamner...

Mais il me semble clair qu’aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales européennes, la fonction religieuse de légitimation sociale est phagocytée par l’universalisation et la légitimation idéologique du marché capitaliste. Paradoxalement pour qui ne veut considérer dans l’action vaticane que la machine de guerre anticommuniste de Jean Paul II et le conservatisme doctrinal de Benoit XVI, les appels du Pape actuel au refus de l’égoïsme social et de l’exploitation des plus faibles sonnent sans doute comme un alibi. Mais ils énervent suffisamment certains tenants du néo libéralisme pour signaler un clivage possible entre la religion et les dominants. Qu’ils se rassurent, le conservatisme fondamental de la structure ecclésiastique et de son chef suprême, (dignitaire argentin qui n’a jamais dénoncé la dictature) remettent vite les montres à l’heure dans notre société de plus en plus indifférente à la religion catholique, même si elle en reste marquée.

Mais quid alors des USA dont on connaît l’imprégnation religieuse ? Costanzo Preve [1] définit justement ce modèle culturel américain, dominant, comme une culture plébéienne de masse, une culture de déracinés et néo-enracinés, médiatiquement baignée dans le culte de l’argent et de la réussite, dans le mépris des savoirs humanismes "inutiles", dans le triomphe de "l’entertainment", et dans le même temps imprégnée d’une religion biblique archaïsante, dont les dominants ne peuvent que se féliciter...

Notes

[1Costanzo Preve, Histoire critique du marxisme, Armand Colin, collection U, 2011

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