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De la représentation des Gilets jaunes

mercredi 28 novembre 2018, par René Merle

« Le Peuple reprend ses droits » et « les Soviets partout » ?

La plupart des commentateurs estiment que désormais le Pouvoir pense sortir de la crise en laissant le mouvement de protestation s’effilocher, en poussant à l’apparition de « représentants nationaux » gilets jaunes, à les utiliser et les noyer dans une concertation anesthésiante, et en jouant facilement sur la diversité, parfois étonnante, pour discréditer les revendications portées par les dits représentants.
Mais quid déjà des représentants ?

J’écoutais hier sur BFM TV, et avec grand plaisir, un gilet jaune de Saint-Étienne du Rouvray dire qu’il n’avait que faire de représentants. Nous sommes un groupe de citoyens, disait-il, en tant que citoyens nous avons demandé à être reçus par nos élus et par le représentant du pouvoir, le sous-préfet. C’est une démarche citoyenne à la base. Nous n’avons pas à voter par médias sociaux interposés pour choisir des représentants. Et d’ailleurs imagine-t-on des députés élus par face book. Nous y serons bientôt à ce train, ajoutait-il…

Ce gilet jaune, me semble-t-il, posait très justement le rapport de la « base » au « sommet ». Problème que toutes les révolutions ont connu, des Sociétés populaires de notre Grande Révolution aux Soviets de la première vague révolutionnaire russe. Et l’on sait comment, dans les deux cas, c’est dans la verticalité que la question a été réglée, c’est-à-dire dans la subordination de l’initiative populaire de base à un axe politique central.

« Soviet » : conseil, comité de base… Jusqu’en 1934, les manifestants communistes français scandaient : « Les Soviets partout ! ». Mais derrière cet appel à l’initiative populaire à la base il y avait la solide structure d’un parti qui se voulait alors révolutionnaire…

En évoquant sa structure « de base », qui ne tient pas à être récupérée, le gilet jaune de Saint-Étienne du Rouvray a eu également cette formule qui m’est allée droit au cœur : « Nous reprenons nos droits ».
Quand j’étudiais l’insurrection républicaine contre le coup d’État du président Louis Napoléon, j’ai souvent rencontré cette formule : « Le peuple reprend ses droits ». Ainsi était justifiée, « à la base » la mise en place de municipalités insurrectionnelles en lieu et place des municipalités qui, comme tout l’appareil d’État, avaient basculé du côté de l’usurpateur.
Mais en ce temps-là, le pouvoir ne chercha pas à biaiser et à cajoler, il fit donner la troupe et le canon…
Ainsi un jeune président, aventurier politique sorti du néant en 1848 par la seule grâce de son nom, de son programme ramasse tout, et du soutien de la finance, se muait-il en dictateur le 2 décembre 1851.

Nous savons qu’aujourd’hui les puissants ont d’autres moyens que la trique pour conforter leur pouvoir quand il branle. À quelques jours du triste anniversaire du 2 décembre, l’opération actuelle « séduction – atermoiement – éclatement de la base » en est un bel exemple.

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