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Looking for Europe

mercredi 24 avril 2019, par René Merle

Un constat, oui, mais des solutions ?

Bernard-Henry Lévy a entrepris une tournée européenne pour présenter sa pièce Looking for Europe dans, dixit, « les capitales de l’esprit européen ». Après avoir dénoncé début mars le mouvement des Gilets jaunes (« ce n’est plus un mouvement social, mais un mouvement animé de passions mortifères » [1], notre philosophe national s’en prend aux autres « populismes » européens, dans le droit fil du macronisme pur sucre, « Progressistes contre populistes » [2]
.
Co-ministre des affaires étrangères des présidents successifs, (initiateur par exemple de l’intervention française en Lybie, dont on connaît les heureuses suites), Bernard-Henri Lévy a certes toute la hauteur de vue pour mener à bien cette entreprise européenne [3].
Je n’habite pas, hélas, une de ces capitales, mais une cité où le mistral souffle bien plus que l’esprit européen, et donc je n’ai pas vu et je ne verrai pas la pièce. Je ne peux en parler que par ce que j’en lis, et j’en lis beaucoup car, comme de coutume, tout ce que fait BHL est amplement médiatisé. Vous pouvez déjà en avoir une idée par la présentation donnée à Bruxelles [4] :
« C’est le monologue intérieur d’un intellectuel qui, confiné dans une chambre d’hôtel à Sarajevo, dispose de 90 minutes pour écrire un discours sur l’Europe.
Va-t-il partir de la mythologie grecque ? de la philosophie allemande ? de la façon dont l’Idée européenne a, depuis un demi-siècle, fait la guerre à la guerre, à la tyrannie totalitaire, à la misère ?
Hélas, ne lui viennent à l’esprit que les images désolantes d’un vieux continent submergé par une vague nationaliste, raciste, xénophobe et antisémite sans précédent depuis les années 1930.
Il s’apprête à jeter l’éponge quand, au cinquième acte, s’opère un coup de théâtre poétique où les bons fantômes de Dante, Goethe et Vaclav Havel viennent lui rappeler que le pire n’est pas certain et qu’il reste encore une issue pour sortir du populisme.
Ode à cette Europe rêvée, tentative de résurrection de l’esprit de Spinoza, des romanciers de l’Empire austro hongrois, de Lech Walesa ou de Picasso, Looking for Europe est une « performance » qui, à quelques semaines des élections européennes, appelle à la résistance et à l’espoir.
Les gilets jaunes français… La grande alliance des démagogues de droite et de gauche en Italie… L’installation, en Europe centrale, de dictatures illibérales… Looking for Europe verra son texte réécrit, jusqu’à la toute dernière minute, en fonction de l’actualité propre à chacun des pays où il résonnera. Et les spectateurs eux-mêmes pourront, avant la représentation, poster leurs questions sur le site lookingforeurope.eu et verront Bernard-Henri Lévy, sur scène, intégrer ces interpellations à son « flux de conscience » et répondre.
La pièce sera jouée en français ou en anglais, avec sous-titrage électronique dans la langue du pays d’accueil. Sa durée est d’1h30.
 »
Vous pouvez en avoir également une idée avec le dithyrambe que lui consacre Nathan Naccache, par ailleurs éditeur à la revue de BHL La règle du jeu [5]
Ce one man show, modulable de ville en ville jusqu’à son aboutissement parisien en mai, s’inscrit donc dans la campagne des élections européennes. Son but ? Rechercher et exalter une Europe qui nous glisse entre les doigts, et faire pièce aux nationalismes comme aux populismes (il y mélange allègrement gauche et droite). Vaste programme, comme aurait dit un le Général.
Mais nul ne doute que notre philosophe, qui sut donner toute sa place à un certain Jean-Baptiste Botul, par ailleurs philosophe totalement fictif, saura maîtriser l’abondance de ses sources. Faute de l’avoir vue, je le répète, je ne me risquerai pas à une critique de cette louable entreprise.
Quoi qu’il en soit, comment ne pas se retrouver avec qui pointe la fragilité de l’Europe, tant dans ses guerres fratricides mal couturées que dans ses contradictions actuelles ?
Invoquer, entre autres(et à leur corps défendant), les généreuses mânes de Victor Hugo, Lamartine et Malraux, ou la figure controversée d’Alija Izetbegovic, nous renvoie à un passé qu’il importe de connaître, mais ne saurait occulter la réalité des enjeux actuels.
Au-delà de ce nécessaire (et facile) constat, au-delà de l’appel à l’incarnation européenne dans une figure providentielle, quid du projet concret ? Quid de l’appropriation capitaliste du déjà si vieux projet d’Europe ?
Pour tout potage, Nathan Naccache nous dit : « Laisser l’Europe à la merci des économistes et des juristes ? Se satisfaire de nos billets de banques, qui dépeignent des ponts et des chemins qui ne mènent nulle part ?
Bernard-Henri Lévy a raison de ne pas se résoudre à un tel désespoir. Il nous invite à faire un pas de côté. »
Mais quel pas. On demeure dans le flou le plus total.
Nathan Naccache avance seulement : « Concevoir, par exemple, un impôt sur la fortune à l’échelle européenne ».
Il ne semble pas que soit mis en causes le corset draconien de l’UE et du partenaire allemand, générateur d’austérité, de casse des services publics, de privatisations et de concurrence à tous crins. Et c’est bien là où le bat blesse.

Notes

[1Le 8 mars à Milan, notre conférencier a complété son propos sur "Les Gilets jaunes qui, à Paris, ne pensent qu’à casser du flic, du juif et du pédé".

[2Le 8 mars, à Milan, il disait à propos de Macron : "Sa tribune, elle a été accueillie je crois, ici, à Milan et en Italie, avec un immense soupir de soulagement".

[3Vous remarquerez que dans son esprit la Russie n’est pas européenne. Il a d’ailleurs à Athènes félicité le gouvernement qui passa sous les fourches caudines de l’UE, et à quel prix, d’avoir « refusé le baiser de la mort que voulait lui donner Poutine »

[4Bruxelles.

1 Message

  • Looking for Europe Le 25 avril à 08:33, par DUBOIS Jean Michel

    BHL nous invite à faire un pas de côté.
    L’An 01 : « Si on faisait un pas de côté (…) »
    Ce ne doit certainement pas être du même côté…

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