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Nouveaux Philosophes

mardi 30 avril 2019, par René Merle

Le règne de l’intellectuel médiatisé

Jusqu’à la fin des années 1960, même si certains noms comme celui de Sartre, et de notions comme « existentialisme » avaient connu une publicité souvent suspecte, le monde des philosophes était un monde à part, révéré certes, mais à vrai dire inconnu du « grand public ».
Le commun des mortels aurait été bien en peine de citer des philosophes contemporains. Et pourtant il en existait d’excellents.
Aujourd’hui ce n’est plus le cas, et de Michel Serre à Luc Ferry, nombreux sont les « philosophes » habitués des plateaux télé et des revues culturelles, quand ce n’est pas des croisières.
Philosophie, E la nave va…

À l’évidence, tous ces philosophes médiatiques, même s’ils n’en partageaient pas les opinions, ont bénéficié de l’effet de souffle des jeunes « nouveaux philosophes » présentant leur philosophie, et la philosophie au grand public.
Dans leur diversité (mais beaucoup étaient d’ex maoïstes recyclés), ces nouveaux philosophes ont marqué la fin des années 1970 et les premières années 1980 par une opération idéologique qui fournit ses armes à l’entreprise de démolition du marxisme et de délégitimation du puissant Parti communiste français (20 à 25% des électeurs).

Feux croisés (car ils croisèrent l’école historique de François Furet) contre le totalitarisme soviétique, et contre le marxisme : Staline engendré par Lénine, lui même engendré par Marx, lui-même fils de la Terreur montagnarde…
Pillant sans scrupules, et sans retenue, et les trahissant dans leur outrance les remarquables et déjà anciens travaux du courant révolutionnaire trotskyste Socialisme ou Barbarie (dont les vieux lutteurs Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, qui n’en pouvaient mais, se regimbèrent), ces jeunes hommes (à peine ébroués de leur « révolution » anti bourgeoise de 68), ont contribué puissamment au grand renversement idéologique vers le libéralisme néo capitaliste.

Je ne peux que vous renvoyer à leurs ouvrages, et à la multitude de commentaires, souvent pertinents, que vous trouverez sur Internet.
Car mon propos n’est pas ici, même si cela en vaudrait la peine, de guerroyer à propos de ce que François Furet résuma d’un titre, Le passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au XXe siècle.

Je voudrais seulement signaler (et je ne suis pas le premier, heureusement !), comment ces jeunes hommes, issus du sérail universitaire et pour beaucoup de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, ont négligé le profil de carrière ordinaire que pouvait leur offrir l’Université, pour s’engouffrer dans ce qu’il faut bien appeler l’appareil médiatique de manipulation. Fabriqués et légitimés en quelque sorte par cet appareil (du Nouvel Obs qui les couva jusqu’à Apostrophe), ils furent en même temps un aliment de cette mutation médiatique qui fit passer à la trappe l’intellectuel « à l’ancienne » au profit de l’intellectuel marketing.

Les nouveaux philosophes sont aujourd’hui quelque peu oubliés, mais les mécanismes qui ont permis leur avènement et qu’ils ont contribué à produire, sont aujourd’hui et plus que jamais en place. Mécanismes qui façonnent une légitime demande sociale, celle des couches moyennes cultivées, et qui lui répondent en la satisfaisant (et en la façonnant).

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