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Quand des brigades islamistes combattaient sur le sol européen

vendredi 3 mai 2019, par René Merle

Quand le monde occidental avait choisi son camp

La chose peut apparaître invraisemblable aux jeunes gens d’aujourd’hui qui ont grandi dans le climat d’union sacrée anti-Daesh, mais il fut un temps, pas si vieux que cela, où des brigades islamistes guerroyaient sur le sol européen, en Bosnie, avec la bénédiction et les encouragements des gouvernements dits occidentaux et de leur bras armé, l’OTAN.

Je n’ai nulle envie ici de distribuer le blâme et l’éloge, de peser les responsabilités des uns et des autre dans cette terrible série de conflits civils et de crimes de guerre qui accompagnèrent la dislocation de la République fédérative de Yougoslavie. À partir des déclarations d’indépendance de la Slovénie, puis de la Croatie, aussitôt reconnues et soutenues par l’Allemagne, mais combattues par la Serbie, des populations qui parlaient la même langue mais qui ne partageaient pas la même écriture, ni la même religion, ni la même histoire, furent entraînées à d’épouvantables purifications « ethniques », sous couvert d’indépendances fraîchement acquises. Mais je n’ai pu que constater alors que nos gouvernements et nos médias avaient choisi leur camp, et leur ennemi, la Serbie.

Les Croates, austro-hongrois jusqu’en 1918, combattaient au nom de leur vieil ancrage européen et catholique contre les Serbes orthodoxes et russophiles. Mais quid des Bosniaques en bonne partie musulmans ? [1].

L’islamisme bosniaque vient de loin. En 1940 avait été créé le mouvement des Jeunes Musulmans, sur le modèle des Frères musulmans.
Après l’invasion de la Yougoslavie par les nazis, la Bosnie passa sous la coupe de la Croatie alliée au Nazis et de ses tristement célèbres Oustachis.
L’occupant tenta d’utiliser ce mouvement musulman. Sous l’égide du Grand mufti de Jérusalem furent organisés des unités bosniaques islamistes de l’armée allemande. La jeunesse musulmane se divisa alors entre soutiens aux partisans royalistes ou titistes, et soutien aux nazis. Le jeune Izetbegovic, futur président bosniaque, rallia la division Waffen SS Handjar, créée en 1943, dont l’emblème unissait la croix gammée et le cimeterre des moudjahidin.
Entraînée dans notre Massif central [2], cette division fut ensuite engagée contre les partisans et les populations serbes. Ses atrocités générèrent un lourd contentieux, qui persista longtemps après la Libération.

En 1969, le futur président Alija Izetbegovic publia la Déclaration islamiste prônant l’introduction de l’Islam dans tous les domaines de la vie sociale. Il fut condamné en 1983 par le pouvoir titiste pour atteinte à l’unité de la République socialiste de Yougoslavie.
En 1990, Alija Izetbegovic fonda le Parti d’action démocratique (SDA). Il en écarta le dirigeant islamiste modéré Kikrat Abdoc, partisan de l’unité yougoslave, et est élu président de la république de Bosnie-Herzégovine. En 1992, malgré des hésitations, l’indépendance est déclarée et dans la partie majoritairement musulmane, face aux Serbes décidés à en découdre, se constitue l’armée bosniaque avec les encouragements occidentaux ; l’argent et les armes viennent du Golfe persique, de Turquie, d’Iran, avec la complicité active de l’Allemagne et de la Croatie. Le pouvoir laissa se constituer au sein de l’armée bosniaque des camps d’entraînement et des unités de moudjahidines autonomes, que rejoignirent des combattants islamistes venus notamment d’Afghanistan et d’Albanie. Leur armement fut assuré par Oussama ben Laden, qui séjourna souvent en Bosnie de 1993 à 1996, et reçut du président Izetbegovic un passeport bosnien.
Les accords de Dayton mirent fin à la guerre et assurèrent, après de terribles « nettoyages ethniques », quelques bombardements anti-serbes de l’OTAN, et la présence bien inefficace de casques bleus, la partition entre Bosniaques musulmans et serbes. Et les moudjahidines encore plus aguerris par ce nouveau conflit se dispersèrent de par le vaste monde, avec les conséquences que l’on sait.
Alija Izetbegovic mourut en 2003. Le président Chirac chargea Bernard-Henri Lévy de conduire la délégation française à ses obsèques.

Ces précisions historiques n’apprendront rien à ceux des lecteurs de ce site qui ont pu suivre ces événements il y a plus de 25 ans, mais peut-être peuvent-ils aider les plus jeunes à réfléchir sur un conflit déjà bien oublié et sur les responsabilités occidentales dans ce déchirement yougoslave.
Voilà des politiques qui ne cessent aujourd’hui de nous dénoncer les méfaits du nationalisme diviseur et qui nous prônent le fédéralisme, et qui, en leur temps, ont encouragé l’éclatement de la fédération yougoslave et béni les nationalismes croate et serbe.
Voilà des politiques qui ne cessent de nous dénoncer le péril djihadiste et qui en leur temps ont encouragé un régime pour lequel combattaient des unités djihadistes…
On se demande quel sera le jugement de l’histoire.

Notes

[1On sait, ou on ne sait pas, que la Bosnie indépendante avait été conquise par l’Empire ottoman en 1463, et qu’au fil des générations une partie de la population (environ 40 %) s’était convertie à l’Islam. En 1878, suite au congrès de Berlin, l’Empire austro hongrois annexa cette Bosnie multi culturelle et multi religieuse. Après la défaite autrichienne, la Bosnie fut intégrée dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, devenu Yougoslavie en 1929 Après la défaite nazie, la Bosnie devint une des républiques socialistes fédérées de la Yougoslavie communiste

[2Les anciens se souviennent de ces SS curieusement coiffés d’une chechia. Le recrutement musulman s’étant avéré insuffisant, les nazis complétèrent avec des « volontaires » croates, qui furent à l’origine de la mutinerie de Villefranche-de-Rouergue, en septembre 1943, contre les officiers nazis. Mutinerie écrasée dans le sang. La ville a honoré ces héros en baptisant une Avenue des Croates

1 Message

  • Ce qui me reste de cette période c’est un affrontement des blocs est et ouest, même si le mur était déjà tombé.
    Comme toujours, les zones prises en étau par les influences, subissent .
    Ukraine et Crimée récemment en sont l’exemple.
    C’est curieux effectivement de se servir de certaines idéologies quand ça arrange.
    Un exemple qui me fait souvent sourire, c’est un film, Rambo xx , héro suprême des USA, qui part en Afghanistan défendre les "gentils Talibans" . Fallait faire de la propagande anti Russe à l’époque.
    A partir de 2003 , Rambo a du perdre ses repères..

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