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Les fantômes font leur nid dans les fissures

samedi 4 mai 2019, par René Merle

Ce que veut dire le drapeau brandi par les manifestants, qui balaya le drapeau blanc de la monarchie absolue…

J’aime beaucoup les romans de Fred Vargas [1], et une phrase m’est particulièrement restée de son roman Pars vite et reviens tard, 2002 : « Les fantômes font leur nid dans les fissures » (comme le dit le médecin psychiatre Ferez au Commissaire Adamsberg).

J’étais frappé ce jour, en regardant les images du défilé des Gilets jaunes à Paris (et en entendant les commentaires effarouchés des commentateurs, et notamment de l’escouade de jeunes députées macronistes à la parole plus que facile et à l’horizon court), par l’irruption du mot « Révolution ». Car ces factieux agresseurs d’hôpitaux et de forces de l’Ordre, non seulement osaient demander la démission d’un Président légitimement élu, mais annoncent maintenant l’imminence de la Révolution…

Il a bien fallu que la fissure du libéralisme économique à tout crin, de la gestion technocratique impitoyable, de la morgue de caste et de classe, soit désormais bien ouverte pour que s’y engouffre le mot magique : « Révolution », « notre » Révolution, celle de 1789 et celle de 1793, balayant ainsi le diagnostic bien connu de François Furet, proclamant que notre révolution était terminée !
Et j’imagine les réactions immédiates des plumitifs frottés d’Histoire à la sauce Nouveaux philosophes : la révolution évoquée par cette plèbe ne saurait être que celle de la violence incontrôlée et de la Terreur… Et alors, c’est le fantôme de Robespierre qui s’engouffre par la fissure [2]

Nous le savons bien, les mots se laissent dire, et nos manifestants, pour l’heure, n’en sont pas à prendre l’Élysée les armes à la main. Et les CRS n’en sont pas à retourner leurs armes et fraterniser avec les assaillants de la Bastille, comme le firent les Gardes françaises du 14 juillet 1789.
Mais enfin, il y a quelque chose dans l’air qui nous rappelle qu’à force de jouer avec le feu le dernier des rois absolus et sa bien imprudente moitié se sont pris un retour de flamme dont ils ne se sont jamais remis.

Notes

[1Je reviendrai sur son dernier et bienvenu signal d’alerte écologiste

[2À propos de Robespierre, et de Fred Vargas, je vous renvoie à la vision passionnante qu’elle propose de Robespierre dans Temps glaciaires, 2017, vision qui dépasse, et de loin, « l’opacité redoutable du fanatisme » qu’y a vu Telerama

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