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Pasolini – Sur l’écartèlement des choix politiques et des choix de vie.

mardi 7 mai 2019, par René Merle

Fascisme d’hier et fascisme d’aujourd’hui ?

J’évoquais hier la position de Pasolini pour lequel le fascisme mussolinien, même s’il l’avait asservie, n’avait pas en fait pénétré l’âme populaire dans sa vérité, alors que le néofascisme de la société capitaliste consumériste avait pénétré la vigoureuse âme populaire et en avait à jamais souillé et stérilisé l’autonomie.

On connaît en effet, sans cesse répétée les dernières années de sa vie et jusqu’à sa mort en novembre 1975, la dénonciation par Pasolini de la nouvelle société capitaliste et de ses effets de nivellement de toutes les masses populaires (ouvrières, sous-prolétaires et paysannes) dans leur façon de voir le monde, dans leur comportement et leur langage, bref, dans le plus intime d’eux mêmes.
Dans ce divorce entre choix politiques (on continue par exemple à voter « à gauche ») et choix existentiels (on participe pleinement de l’idéologie dominante : modèles de consommation, de loisirs, d’éducation, etc.), sans doute pouvons-nous trouver une des clés de la situation actuelle, non seulement en Italie, mais dans toute l’Europe occidentale, et bien entendu "chez nous", où la flamme protestataire, qui pourrait devenir révolutionnaire, est en fait annihilée par la prégnance absolue, et acceptée, de ce nouveau conformisme totalitaire.
Pasolini s’en exprima encore lucidement dans le fameux article paru 24 juin 1974 dans un des plus importants quotidiens italiens, le Corriere della sera, (centre droit). Le texte a été repris dans Écrits corsaires, 1975).

Je le traduis littéralement et j’ajoute quelques explications.

« Le pouvoir sans visage.
Qu’est-ce que la culture d’une nation ? Il est courant de croire, même de la part de personnes cultivées, qu’elle est la culture des scientifiques, des politiques, des professeurs, des lettrés, des cinéastes, etc. : c’est-à-dire la culture de l’intelligentsia. Mais au contraire elle n’est pas cela. Et elle n’est pas non plus la culture de la classe dominante, qui, justement, à travers la lutte des classes, cherche à s’imposer au moins formellement. Et enfin elle n’est pas non plus la culture des classes dominées, c’est-à-dire la culture populaire des ouvriers et des paysans. La culture d’une nation est l’ensemble de toutes ces cultures de classe : elle est la moyenne de toutes. Et elle serait donc abstraite si elle n’était reconnaissable – ou, pour mieux dire, visible – dans le vécu et dans l’existentiel, et si elle n’avait par conséquent une dimension pratique. Pendant des siècles, en Italie, ces cultures ont été distinctes bien qu’historiquement unifiées. Aujourd’hui, - tout à coup quasiment, dans une sorte d’Avent (avènement) – différence et unification historique ont cédé la place à une homologation qui réalise quasi miraculeusement le rêve interclassiste du vieux Pouvoir. À quoi est due cette homologation ? Évidemment à un nouveau pouvoir.
J’écris « Pouvoir » avec un P majuscule – chose que Maurizio Ferrara accuse d’irrationalisme, dans l’Unità (12-6-1974) [1]– seulement parce que sincèrement je ne sais en quoi consiste ce nouveau Pouvoir et qui le représente. Je sais seulement qu’il existe. Je ne le reconnais plus dans le Vatican, ni dans les Puissants Démocrates Chrétiens, ni dans les Forces Armées. Je ne le reconnais plus non plus dans la grande industrie, parce qu’elle n’est plus constituée d’un certain nombre limité de grands industriels : à moi, du moins, elle apparaît plutôt comme un tout (industrialisation totale), et, de plus, comme tout non italien(transnational).
Je connais, aussi parce que je les vois et je les vis, quelques caractéristiques de ce nouveau Pouvoir encore sans visage : par exemple son refus du vieux sanfedisme [2] et du vieux cléricalisme, sa décision d’abandonner l’Église, sa détermination (couronnée de succès) de transformer paysans et sous-prolétaires en petits bourgeois, et surtout sa grande envie, pour ainsi dire cosmique, de réaliser à fond le « Développement » : produire et consommer.
Le portrait-robot de ce visage encore blanc du nouveau Pouvoir lui attribue vaguement des traits « modérés », dus à la tolérance et à une idéologie hédoniste parfaitement autosuffisante ; mais aussi des traits féroces et substantiellement répressifs : la tolérance est de fait fausse, parce qu’en réalité aucun homme n’a dût être aussi normal et conformiste que le consommateur ; et quant à l’hédonisme, il cache évidemment la décision de tout ordonner d’une façon si impitoyable que l’histoire n’en a jamais connue. Donc ce nouveau Pouvoir non encore représenté par quiconque et dû à une « mutation » des classes dominantes, est en réalité - si vraiment nous voulons conserver la vieille terminologie – une forme « totale » de fascisme. Mais ce Pouvoir a aussi « homologué » culturellement l’Italie : il s’agit donc d’une homologation répressive, même si elle est obtenue à travers l’obligation de l’hédonisme et de la joie de vivre. La stratégie de la tension est un symptôme, même (si il est) substantiellement anachronique, de tout cela. [3]
Maurizio Ferrara, dans l’article cité (comme du reste Ferrarrotti, dans Paese Sera, (14-6-1974) [4] m’accuse d’esthétisme. Et par cela il tend à m’exclure, à m’isoler. Admettons : mon optique est peut-être celle d’un « artiste », c’est-à-dire, comme le veut la bonne bourgeoisie, celle d’un fou. Mais par exemple le fait que deux représentants du vieux Pouvoir (qui maintenant pourtant, en réalité, bien qu’en tant qu’interlocuteurs (en disant leur mot), servent le Pouvoir nouveau) se soient fait chanter tour à tour et réciproquement à propos du financement des partis et du cas Montesi [5], peut être aussi une bonne raison de devenir fou : ceci est tellement discréditer une classe dirigeante et une société devant les yeux d’un homme, lui faire perdre le sens de l’à-propos et des limites, le jetant dans un vrai et au sens propre état d’ « anomie ». On peut dire en plus que l’optique des fous est à prendre en sérieuse considération : à moins que l’on veuille être en progrès avancé en tout, sauf sur le problème des fous, en se limitant commodément à s’en détourner.
Il y a des fous qui regardent les visages des gens et leur comportement. Mais non parce qu’épigones du positivisme lombrosien [6] (comme l’insinue rudement Ferrara), mais parce qu’ils connaissent la sémiologie. Ils savent que la culture produit des codes ; que les codes produisent le comportement ; que le comportement est un langage ; et que dans un moment historique dans lequel le langage verbal est entièrement conventionnel et stérilisé (technicisé) le langage du comportement (physique et mimique) assume une importance décisive.
Pour revenir ainsi au début de notre propos, il me semble qu’il y a de bonnes raisons pour soutenir que la culture d’une nation (en l’occurrence l’Italie) est exprimée aujourd’hui surtout à travers le langage du comportement, ou langage physique, plus un certain quantitatif complètement conventionnalisé et extrêmement pauvre – de langage verbal.
Et c’est à un tel niveau de communication linguistique que se manifestent : a) la mutation anthropologique des Italiens ; b) leur complète homologuisation à un modèle unique.
Donc : décider de se faire pousser les cheveux jusqu’aux épaules, ou bien se couper les cheveux et se laisser pousser la moustache (dans une référence "protonovecentesca" [7]) ; décider de se mettre un bandeau en tête ou de s’enfoncer un béret [8] sur les yeux ; décider de se rêver (posséder) une Ferrari ou une Porsche ; suivre attentivement les programmes télévisés ; connaître les titres de quelques best-sellers ; s’habiller avec des pantalons et des tricots despotiquement (avec arrogance) à la mode ; avoir des rapports obsessionnels avec des filles tenues à leur côté jalousement, mais, dans le même temps, en prétendant qu’elles sont "libres", etc. etc. etc. : tout cela, ce sont des actes culturels.
Aujourd’hui, tous les Italiens jeunes accomplissent ces actes identiques, ils ont ce même langage physique, ils sont interchangeables ; chose vieille comme le monde, si limitée à une classe sociale, à une catégorie : mais le fait est que ces actes culturels et ce langage somatique sont interclassistes. Dans une place pleine de jeunes, personne ne pourra plus distinguer, par son corps, un ouvrier d’un étudiant, un fasciste d’un antifasciste ; chose qui était encore possible en 1968.
Les problèmes d’un intellectuel appartenant à l’intelligentsia sont différents de ceux d’un parti et d’un homme politique, même si l’idéologie est la même. Je voudrais que mes actuels contradicteurs de gauche comprennent que je suis à même de me rendre compte que, dans le cas où le Développement subirait un arrêt et s’il y avait une récession, si les Partis de Gauche n’appuyaient pas le pouvoir actuel, l’Italie tout simplement se déferait ; si au contraire le Développement continuait comme il a commencé, serait indubitablement réaliste l’ainsi dit « compromis historique », unique façon de chercher à corriger ce Développement, dans le sens indiqué par Berlinguer [9] dans son rapport au CC du parti communiste (cf. l’Unità, 4-6-1974). Cependant, comme à Maurizio Ferrara ne conviennent pas les « faces » (mines, aspects), à moi ne me revient pas cette manœuvre de pratique politique. Ou plutôt, j’ai, de plus, le devoir d’exercer sur elle ma critique, donquichottesquement et même "extrêmistement" [10]. Quels sont donc mes problèmes ?
En voici un par exemple. Dans l’article qui a suscité cette polémique (Corriere della sera, 10-6-1974) je disais que les responsables réels des massacres de Milan et de Brescia [11] sont le gouvernement et la police italienne : parce que si gouvernement et police avaient voulu, de tels massacres n’auraient pas eu lieu. C’est un lieu commun. Et bien, à ce point je me ferai définitivement rire à mes dépens en disant que responsables de ces massacres nous sommes aussi, progressistes, antifascistes, hommes de gauche. En fait pendant toutes ces années nous n’avons rien fait :
1 ) pour que parler de « Massacre d’État » ne devienne pas un lieu commun, et que tout s’arrête là ;
2 ) (et plus grave) nous n’avons rien fait pour que les fascistes ne soient pas là. Nous les avons seulement condamnés en gratifiant notre conscience avec notre indignation ; et plus forte et pétulante était l’indignation plus tranquille était la conscience. En réalité nous nous sommes comportés à l’égard des fascistes (je parle surtout des jeunes) racistement : nous avons hâtivement et impitoyablement voulu croire qu’ils fussent prédestinés "racistement" à être fascistes, et que face à cette décision de leur destin il n’y avait rien à faire. Et ne nous le cachons pas : nous savions tous, dans notre vraie conscience, que quand un de ces jeunes décidait d’être fasciste, ceci était purement accidentel, fortuit, ce n’était qu’un geste, immotivé et irrationnel : il aurait peut-être suffi d’un mot pour qu’il ne survienne. Mais aucun de nous n’a jamais parlé avec eux ou à eux. Nous les avons tout de suite acceptés comme représentants inévitables du Mal. Alors qu’ils étaient des adolescents et des adolescents de dix-huit ans, qui ne savaient rien de rien, et se sont jetés la tête la première dans l’épouvantable aventure par simple désespoir. Mais nous ne pouvions les distinguer des autres (je ne dis pas des autres extrémistes : mais de tous les autres). C’est cela notre épouvantable justification. Père Zosima (littérature pour littérature !) a immédiatement su distinguer, entre tous ceux qui s’étaient entassés dans sa cellule, Dimitri Karamazov, le parricide. Alors il s’est levé de son petit siège et il est allé se prosterner devant lui. Et il l’a fait (comme il l’aurait dit plus tard au Karamazov plus jeune) parce que Dimitri était destiné à faire la chose la plus horrible et à supporter la plus inhumaine douleur.
Pensez (si vous en avez la force) à ce jeune ou à ces jeunes qui sont allés mettre le bombes dans la place de Brescia. N’y avait-il pas de quoi se lever et aller se prosterner devant eux ? Mais c’étaient des jeunes avec les cheveux longs, ou bien avec les petites moustaches style avant 1900, ils avaient un bandeau sur la tête ou bien un béret descendu sur les yeux, ils étaient pâles et présomptueux, leur problème était de se vêtir à la mode et tous de la même façon, avoir Porsche et Ferrari, ou bien motocyclettes à conduire comme petits archanges idiots avec derrière les filles ornementales, oui, mais modernes, et en faveur du divorce, de la libération de la femme, et en général du développement… Ils étaient en somme des jeunes comme tous les autres. Rien ne les distinguait en aucune façon. Même si nous l’avions voulu nous n’aurions pu aller nous prosterner devant eux. Parce que le vieux fascisme, même à travers la dégénérescence rhétorique, distinguait : tandis que le nouveau fascisme – qui est tout autre chose – ne distingue plus : il n’est pas "humanistiquement" rhétorique, il est américainement pragmatique.
Sa fin est la réorganisation et l’homologation brutalement totalitaire du monde. » [12]

Notes

[1L’unità était alors l’organe national du puissant Parti communiste italien. Ferrara était une de ses meilleures plumes

[2Sanfedisme, initialement mouvement populaire clérical et royaliste combattant la conquête républicaine française du royaume de Naples

[3La stratégie de la tension, du milieu des années 60 au début des années 1980, visait par l’attentat et le meurtre à créer un climat de violence rendant possible l’avènement d’un régime autoritaire ; les services secrets italiens et étatsuniens ont gravement été mis en cause à ce propos

[4Paese Sera était alors dans la mouvance communiste

[5L’assassinat mystérieux de la jeune Wilma Montesi, en 1953, suscita un énorme scandale politique et judiciaire, où furent impliqués des personnalités de la haute société romaine, de la démocratie chrétienne et d’anciens dignitaires fascistes

[6Cesare Lombroso, 1835-1909, était un criminologue racialiste partisan de la théorie du "criminel né"

[7Soit : à la mode de la fin du XIXe

[8J’hésite sur la traduction : béret, bonnet, casquette, ou frange ?

[9Berlinguer était alors secrétaire du Parti communiste

[10Je ne cherche pas à traduire plus convenablement pour ne pas affadir l’utilisation de ces adverbes extrêmes

[11Terribles attentats meurtiers à la bombe, Milan 12 décembre 1969, Brescia 28 mai 1974

[12Je donne en note le texte italien :
« PASOLINI - IL POTERE SENZA VOLTO
Che cos’è la cultura di una nazione ? Correntemente si crede, anche da parte di persone colte, che essa sia la cultura degli scienziati, dei politici, dei professori, dei letterati, dei cineasti ecc. : cioè che essa sia la cultura dell’intelligencija. Invece non è così. E non è neanche la cultura della classe dominante, che, appunto, attraverso la lotta di classe, cerca di imporla almeno formalmente. Non è infine neanche la cultura della classe dominata, cioè la cultura popolare degli operai e dei contadini. La cultura di una nazione è l’insieme di tutte queste culture di classe : è la media di esse. E sarebbe dunque astratta se non fosse riconoscibile – o, per dir meglio, visibile – nel vissuto e nell’esistenziale, e se non avesse di conseguenza una dimensione pratica. Per molti secoli, in Italia, queste culture sono stato distinguibili anche se storicamente unificate. Oggi – quasi di colpo, in una specie di Avvento – distinzione e unificazione storica hanno ceduto il posto a una omologazione che realizza quasi miracolosamente il sogno interclassista del vecchio Potere. A cosa è dovuta tale omologazione ? Evidentemente a un nuovo Potere.
Scrivo “Potere” con la P maiuscola – cosa che Maurizio Ferrara accusa di irrazionalismo, su « l’Unità » (12-6-1974) – solo perché sinceramente non so in cosa consista questo nuovo Potere e chi lo rappresenti. So semplicemente che c’è. Non lo riconosco più né nel Vaticano, né nei Potenti democristiani, né nelle Forze Armate. Non lo riconosco più neanche nella grande industria, perché essa non è più costituita da un certo numero limitato di grandi industriali : a me, almeno, essa appare piuttosto come un tutto (industrializzazione totale), e, per di più, come tutto non italiano (transnazionale).
Conosco, anche perché le vedo e le vivo, alcune caratteristiche di questo nuovo Potere ancora senza volto : per esempio il suo rifiuto del vecchio sanfedismo e del vecchio clericalismo, la sua decisione di abbandonare la Chiesa, la sua determinazione (coronata da successo) di trasformare contadini e sottoproletari in piccoli borghesi, e soprattutto la sua smania, per così dire cosmica, di attuare fino in fondo lo “Sviluppo” : produrre e consumare.
L’identikit di questo volto ancora bianco del nuovo Potere attribuisce vagamente ad esso dei tratti “moderati”, dovuti alla tolleranza e a una ideologia edonistica perfettamente autosufficiente ; ma anche deitratti feroci e sostanzialmente repressivi : la tolleranza è infatti falsa, perché in realtà nessun uomo ha mai dovuto essere tanto normale e conformista come il consumatore ; e quanto all’edonismo, esso nasconde evidentemente una decisione a preordinare tutto con una spietatezza che la storia non ha mai conosciuto. Dunque questo nuovo Potere non ancora rappresentato da nessuno e dovuto a una « mutazione » della classe dominante, è in realtà – se proprio vogliamo conservare la vecchia terminologia –una forma “totale” di fascismo. Ma questo Potere ha anche “omologato” culturalmente l’Italia : si tratta dunque di un’omologazione repressiva, pur se ottenuta attraverso l’imposizione dell’edonismo e della joie de vivre. La strategia della tensione è una spia, anche se sostanzialmente anacronistica, di tutto questo.
Maurizio Ferrara, nell’articolo citato (come del resto Ferrarotti, in « Paese Sera », 14-6-1974) mi accusa di estetismo. E tende con questo a escludermi, a recludermi. Va bene : la mia può essere l’ottica di un « artista », cioè, come vuole la buona borghesia, di un matto. Ma il fatto per esempio che due rappresentanti del vecchio Potere (che servono però ora, in realtà, benché interlocutoriamente, il Potere nuovo) si siano ricattati a vicenda a proposito dei finanziamenti ai Partiti e del caso Montesi, può essere anche una buona ragione per fare impazzire : cioè screditare talmente una classe dirigente e una società davanti agli occhi di un uomo, da fargli perdere il senso dell’opportunità e dei limiti, gettandolo in un vero e proprio stato di « anomia ». Va detto inoltre che l’ottica dei pazzi è da prendersi in seria considerazione : a meno che non si voglia essere progrediti in tutto fuorché sul problema dei pazzi, limitandosi comodamente a rimuoverli.
Ci sono certi pazzi che guardano le facce della gente e il suo comportamento. Ma non perché epigoni del positivismo lombrosiano (come rozzamente insinua Ferrara), ma perché conoscono la semiologia. Sanno che la cultura produce dei codici ; che i codici producono il comportamento ; che il comportamento è un linguaggio ; e che in un momento storico in cui il linguaggio verbale è tutto convenzionale e sterilizzato (tecnicizzato) il linguaggio del comportamento (fisico e mimico) assume una decisiva importanza.
Per tornare così all’inizio del nostro discorso, mi sembra che ci siano delle buone ragioni per sostenere che la cultura di una nazione (nella fattispecie l’Italia) è oggi espressa soprattutto attraverso il linguaggio del comportamento, o linguaggio fisico, più un certo quantitativo – completamente convenzionalizzato e estremamente povero – di linguaggio verbale.
È a un tale livello di comunicazione linguistica che si manifestano : a) la mutazione antropologica degli italiani ; b) la loro completa omologazione a un unico modello.
Dunque : decidere di farsi crescere i capelli fin sulle spalle, oppure tagliarsi i capelli e farsi crescere i baffi (in una citazione protonovecentesca) ; decidere di mettersi una benda in testa oppure di calcarsi una scopoletta sugli occhi ; decidere se sognare una Ferrari o una Porsche ; seguire attentamente i programmi televisivi ; conoscere i titoli di qualche best-seller ; vestirsi con pantaloni e magliette prepotentemente alla moda ; avere rapporti ossessivi con ragazze tenute accanto esornativamente, ma, nel tempo stesso, con la pretesa che siano « libere » ecc. ecc. ecc. : tutti questi sono atti culturali.
Ora, tutti gli Italiani giovani compiono questi identici atti, hanno questo stesso linguaggio fisico, sono interscambiabili ; cosa vecchia come il mondo, se limitata a una classe sociale, a una categoria : ma il fatto è che questi atti culturali e questo linguaggio somatico sono interclassisti. In una piazza piena di giovani, nessuno potrà più distinguere, dal suo corpo, un operaio da uno studente, un fascista da un antifascista ; cosa che era ancora possibile nel 1968.
I problemi di un intellettuale appartenente all’intelligencija sono diversi da quelli di un partito e di un uomo politico, anche se magari l’ideologia è la stessa. Vorrei che i miei attuali contraddittori di sinistra comprendessero che io sono in grado di rendermi conto che, nel caso che lo Sviluppo subisse un arresto e si avesse una recessione, se i Partiti di Sinistra non appoggiassero il Potere vigente, l’Italia semplicemente si sfascerebbe ; se invece lo Sviluppo continuasse così com’è cominciato, sarebbe indubbiamente realistico il cosiddetto « compromesso storico », unico modo per cercare di correggere quello Sviluppo, nel senso indicato da Berlinguer nel suo rapporto al CC del partito comunista (cfr. « l’Unità », 4-6-1974). Tuttavia, come a Maurizio Ferrara non competono le « facce », a me non compete questa manovra di pratica politica. Anzi, io ho, se mai, il dovere di esercitare su essa la mia critica, donchisciottescamente e magari anche estremisticamente. Quali sono dunque i miei problemi ?
Eccone per esempio uno. Nell’articolo che ha suscitato questa polemica (« Corriere della sera », 10-6-1974) dicevo che i responsabili reali delle stragi di Milano e di Brescia sono il governo e la polizia italiana : perché se governo e polizia avessero voluto, tali stragi non ci sarebbero state. È un luogo comune. Ebbene, a questo punto mi farò definitivamente ridere dietro dicendo che responsabili di queste stragi siamo anche noi progressisti, antifascisti, uomini di sinistra. Infatti in tutti questi anni non abbiamo fatto nulla :
1) perché parlare di « Strage di Stato » non divenisse un luogo comune, e tutto si fermasse lì ;
2) (e più grave) non abbiamo fatto nulla perché i fascisti non ci fossero. Li abbiamo solo condannati gratificando la nostra coscienza con la nostra indignazione ; e più forte e petulante era l’indignazione più tranquilla era la coscienza.
In realtà ci siamo comportati coi fascisti (parlo soprattutto di quelli giovani) razzisticamente : abbiamo cioè frettolosamente e spietatamente voluto credere che essi fossero predestinati razzisticamente a essere fascisti, e di fronte a questa decisione del loro destino non ci fosse niente da fare. E non nascondiamocelo : tutti sapevamo, nella nostra vera coscienza, che quando uno di quei giovani decideva di essere fascista, ciò era puramente casuale, non era che un gesto, immotivato e irrazionale : sarebbe bastata forse una sola parola perché ciò non accadesse. Ma nessuno di noi ha mai parlato con loro o a loro. Li abbiamo subito accettati come rappresentanti inevitabili del Male. E magari erano degli adolescenti e delle adolescenti diciottenni, che non sapevano nulla di nulla, e si sono gettati a capofitto nell’orrenda avventura per semplice disperazione.
Ma non potevamo distinguerli dagli altri (non dico dagli altri estremisti : ma da tutti gli altri). È questa la nostra spaventosa giustificazione.
Padre Zosima (letteratura per letteratura !) ha subito saputo distinguere, tra tutti quelli che si erano ammassati nella sua cella, Dmitrj Karamazov, il parricida. Allora si è alzato dalla sua seggioletta ed è andato a prosternarsi davanti a lui. E l’ha fatto (come avrebbe detto più tardi al Karamazov più giovane) perché Dmitrj era destinato a fare la cosa più orribile e a sopportare il più disumano dolore.
Pensate (se ne avete la forza) a quel ragazzo o a quei ragazzi che sono andati a mettere le bombe nella piazza dì Brescia. Non c’era da alzarsi e da andare a prosternarsi davanti a loro ? Ma erano giovani con capelli lunghi, oppure con baffetti tipo primo Novecento, avevano in testa bende oppure scopolette calate sugli occhi, erano pallidi e presuntuosi, il loro problema era vestirsi alla moda tutti allo stesso modo, avere Porsche o Ferrari, oppure motociclette da guidare come piccoli idioti arcangeli con dietro le ragazze ornamentali, si, ma moderne, e a favore del divorzio, della liberazione della donna, e in generale dello sviluppo… Erano insomma giovani come tutti gli altri : niente li distingueva in alcun modo. Anche se avessimo voluto non avremmo potuto andare a prosternarci davanti a loro. Perché il vecchio fascismo, sia pure attraverso la degenerazione retorica, distingueva : mentre il nuovo fascismo – che è tutt’altra cosa – non distingue più : non è umanisticamente retorico, è americanamente pragmatico.
Il suo fine è la riorganizzazione e l’omologazione brutalmente totalitaria del mondo.

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