Categories

Accueil > Lumières, Révolution française, Premier Empire > À propos de la population du Gers, an X

À propos de la population du Gers, an X

vendredi 10 mai 2019, par René Merle

Du chaos révolutionnaire à la paix consulaire

En préparant mon ouvrage Vision de l’idiome natal [1], j’ai été amené à dépouiller les almanachs et statistiques des départements (Directoire, Consulat, Empire).
Voici un passage, qui vaut son pesant de moutarde, concernant la population du Gers, extrait du Tableau statistique du Département du Gers ; par le cit. Balguerie, Préfet. Publié par ordre du Ministre de l’Intérieur, Paris, Imprimerie des Sourds-Muets, an X.
Ces préfets flagorneurs, qui n’avaient pas fait l’E.N.A., avaient du style, et de la morale...

« La population croissait dans le Gers à vue d’œil avant la révolution ; depuis cette époque, elle n’a cru ni décru d’une manière sensible : il est vrai qu’elle a au moins sept à huit mille hommes à la défense de la patrie, ou qui sont morts dans les champs de l’honneur.
Les causes qui suspendent l’augmentation de la population, sont également nombreuses et faciles à concevoir. Le département du Gers est un des départemens [2] de la République où l’inoccupation, je devrais dire l’habitude de l’oisiveté des citoyens, ait produit les plus funestes effets. Plusieurs ne se mêlant ni d’agriculture, ni d’arts libéraux, ni de professions honorables, ni de métiers utiles, ont nourri leur cœur de tous les fermens [3] révolutionnaires. L’esprit de domination, l’ambition des places, le désir de la célébrité, la soif des vengeances, toutes les passions tumultueuses s’y sont montrées tour à tour : les partis s’y sont formés, s’y sont exaltés, s’y sont combattus avec acharnement, s’y sont aigris de leurs défaites, s’y sont relevés pour se détruire de nouveau !!! On ne saurait dire tous les maux dont ils méditaient de s’accabler encore, tous les fléaux qu’ils s’apprêtaient à verser sur le citoyen paisible, sans l’immortelle journée du 18 brumaire !
Le souvenir de ces temps malheureux n’existe déjà plus dans le département du Gers, tant est grande la confiance des citoyens dans le gouvernement, et tant je me suis attaché à cicatriser toutes leurs plaies ! mais au milieu de tant d’alarmes, de tant de secousses révolutionnaires, chacun a redouté sa propre fécondité ; chacun a craint de se marier, s’il était célibataire, ou de se reproduire, s’il était époux. Les femmes, à cet égard, se sont montrées d’accord avec les hommes : ainsi, ou l’on a suspendu les jouissances de la vie, ou l’on s’est appliqué à les rendre infructueuses, et les mœurs en ont rougi ! »

Notes

[1René Merle, Visions de « l’idiome natal » à travers l’enquête impériale sur les patois (1807-1812, Trabucaire, 2010

[2Graphie de l’époque

[3Graphie de l’époque

Répondre à cet article