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L’affaire du XVe Corps.

dimanche 12 mai 2019, par René Merle

L’article du « Matin », 24 août 1914

Je donnais récemment sur ce site quelques exemples des vitupérations anti-méridionales de Barrès.
Barrès et les Méridionaux
Il ne faudrait pas les prendre à la légère, comme la lubie d’un exalté. Ce racisme intérieur a (comme on dit aujourd’hui) « imprimé » dans l’opinion, et il éclate au grand jour dès les premiers jours du conflit, avec l’affaire du XVe corps.
Dans la localité où j’habite, comme dans nombre de localités du Sud-Est, il y a une avenue du XVe Corps. Hommage rendu au lendemain de la guerre par les élus méridionaux à des hommes jetés au feu des premiers combats, et injustement condamnés. Mais qui s’en soucie encore ? Des ouvrages récents ont heureusement informé et réveillé les consciences.

21 août 1914 - L’armée française recule sur le front de Lorraine.
Alors que la presse du bourrage de crâne martelait l’invincibilité de l’armée française et le succès impressionnant de l’offensive à l’Est (les Russes soi-disant aux portes de Berlin !), ce recul fit l’effet d’une douche froide.
Pour couvrir l’impéritie et l’imprudence de l’État-Major, les coupables désignés à la vindicte de l’opinion furent les soldats corses, niçois et provençaux du XVe Corps, mêlés par la même xénophobie anti-méridionale de la presse. Voici l’article du grand journal de droite nationaliste Le Matin qui déclencha "l’Affaire".
Il est signé Auguste Gervais [1857-1917], sénateur radical de la Seine depuis 1909, et précédemment député. Cet ancien officier, devenu journaliste, était considéré comme un spécialiste des questions militaires ; chantre de l’armée coloniale, il avait en particulier encensé celle d’Indochine.


Le Matin, 24 août 1914 – page une

" La vérité sur l’affaire du 21 août – Le recul en Lorraine.
L’inébranlable confiance que j’ai dans la valeur de nos troupes et la résolution de leurs chefs me donne la liberté d’esprit nécessaire pour m’expliquer sur l’insuccès que nos armes viennent de subir en Lorraine.
Un incident déplorable s’est produit. Une division du 15e corps, composée des contingents d’Antibes, de Toulon, de Marseille et d’Aix, a lâché pied devant l’ennemi. Les conséquences ont été celles que les communiqués officiels ont fait connaître. Toute l’avance que nous avions prise au delà de la Seille, sur la ligne Alincourt, Delme et Château-Salins, a été perdue ; tout le fruit d’une habile combinaison stratégique, longuement préparée, dont les débuts heureux promettaient les plus brillants avantages, a été momentanément compromis. Malgré les efforts des autres corps d’armée, qui participaient à l’opération, et dont la tenue a été irréprochable, la défaillance d’une partie du 15e corps a entraîné la retraite sur toute la ligne.
Le ministre de la guerre, avec sa décision coutumière, a prescrit les mesures de répression immédiates et impitoyables qui s’imposaient. L’heure n’est plus, en effet, aux considérations de sentiment. [1] Tout le monde doit être aujourd’hui convaincu, du général en chef au dernier soldat, qu’il n’y a, en face de l’ennemi, qu’un devoir, que nos aïeux de la Révolution ont sur faire accomplir : vaincre ou mourir.
Nous sommes assez forts et assez sûrs de nous pour reconnaître les fautes dès qu’elles sont commises et avouer le mal aussitôt qu’il apparaît. Nous avons l’inébranlable résolution de réparer les unes et de remédier à l’autre.
Aussi bien l’incident, pour navrant qu’il soit, sera-t-il, nous en avons la ferme conviction, sans lendemain. D’ailleurs il faut dire qu’il doit être sans influence sur l’ensemble de la manœuvre. Surprises sans doute par les effets terrifiants de la bataille, les troupes de l’aimable Provence ont été prises d’un subit affolement [2]. L’aveu public de leur impardonnable faiblesse s’ajoutera à la rigueur des châtiments militaires. Les soldats du Midi, qui ont tant de qualités guerrières, tiendront à honneur d’effacer, et cela dès demain, l’affront qui vient d’être fait, par certains des leurs, à la valeur française. Elles prendront, nous en sommes convaincu, une glorieuse revanche et montreront qu’en France, sans distinction d’origine, tous les soldats de nos armées sont prêts, jusqu’au dernier, à verser leur sang pour assurer contre l’envahisseur menaçant le salut de la patrie.
A. GERVAIS, Sénateur de la Seine " [3]

Notes

[1C’est donc bien au chaud de son bureau que Gervais appelle à la répression, de fait impitoyable, qui suivit

[2On appréciera l’adjectif !

[3Gervais décèdera en 1917, non pas sous le feu d’un ennemi qu’il n’a jamais essuyé, mais dans un accident de voiture

2 Messages

  • L’affaire du XVe Corps. Le 12 mai à 09:18, par comte Lanza

    Bonjour Monsieur Merle,

    Comme vous le savez probablement, parmi les livres parus après guerre pour défendre le XVème corps , il existe un livre " Que faut-il penser du XVe Corps ?" de Jules Belleudy, dont la préface est d’un militaire en retraite, le colonel Paul Gros-Long.
    Or ce militaire qui signe la préface de son vrai nom, était aussi connu comme félibre sous le nom de Pierre Devoluy et on l’appelait "le félibre de l’action ", car il voulait donner au félibrige un prolongement plus politique.

    Il est regrettable sans doute, mais conforme à l’époque, que les gens du Midi, après la xénophobie dont ils ont été l’objet, ont réagi en en surajoutant dans le chauvinisme français pour bien montrer qu’ils n’étaient pas les lâches et les mauvais patriotes qu’on disait.

    On trouverait sans doute quelques exceptions comme le marquis Folco de Baroncelli , alors mobilisé, qui eut des ennuis pour avoir critiqué la guerre ...

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    • L’affaire du XVe Corps. Le 12 mai à 10:08, par René Merle

      Merci pour votre message. En effet, nos félibres, et nos élus méridionaux de tous bords (j’en excepte ceux du jeune PCF), en ont rajouté sur le nationalisme français au lieu de dire la vérité sur ce conflit dans lequel on avait jeté notre jeunesse. Méridional ? Oui, mais plus français que moi tu meurs... et il y eut tellement mort d’hommes.

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