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À la naissance du roman-feuilleton, « La Reine Margot »

lundi 13 mai 2019, par René Merle

De l’exfiltration de Balzac et de quelques sources de Dumas

J’ai évoqué récemment le beau film de Chéreau, La Reine Margot :
La Reine Margot
J’écrivais que, pour mieux revenir à la « vérité vraie » de l’affaire, on peut déjà passer par le filtre Dumas et se reporter à la source romanesque, cette Reine Margot dont il avait proposé le feuilleton au large public du quotidien d’Émile Girardin, La Presse, à partir du 25 décembre 1844. Et bien entendu, sans en tourner les pages dans Gallica, vous pouvez vous retourner vers le livre de poche et vous plonger dans cette acmée de violence, de sensualité et de vies consumées dans la lutte pour le pouvoir…

La Presse, dont le couple Girardin avait fait depuis 1836 le premier journal grand public, nourri de feuilletons populaires et de publicités, recherchait les noms qui pouvaient lui apporter notoriété et rentabilité dans le genre nouveau du feuilleton.
Le 3 décembre 1844, la Presse commençait à publier en feuilleton le roman de Balzac, Les paysans, roman d’une noirceur absolue qui lui valut immédiatement protestations et désabonnements [1]. Le couple Girardin mit vite fin à l’entreprise, d’autant que Balzac semblait peiner pour poursuivre sa rédaction et voulait s’accorder du temps [2].


Le couple Dujardin et Dujarrier, gérant de la Presse misèrent alors sur la rentabilité assurée d’une collaboration de Dumas, et le journal commença le 25 décembre la publication de La Reine Margot, en attendant pour plus tard une reprise des Paysans, qui ne viendra jamais.
Dumas et ses « nègres » s’inspirent notamment de la « légende noire » de Margot, telle que nous la proposent bien des libelles de la fin XVIe et du début XVIIe. Je vous conseille en particulier la lecture du sans doute le plus terrible : Le Divorce satyrique [3], écrit lors du retour de Marguerite de Navarre à Paris, en 1605. Ce texte anonyme, attribué semble-t-il à tort à d’Aubigné, fait parler Henri IV qui explique son divorce par l’infâme lubricité de son épouse. La Mole et Coconas sont bien cités, ainsi que l’épisode des têtes coupées [4], mais le roman et le film, en magnifiant l’amour rédempteur que porte la reine à La Mole, renvoient au néant ses amours antérieures, et parfois incestueuses.
Quelle belle matière pour le feuilletoniste qui revisitait l’histoire de France… et de Navarre.
La Reine Margot fut le premier volume de la trilogie passionnante consacrée aux guerres de religion.

Notes

[1Cf. Théophile Gautier, souvenirs intimes, par Ernest Feydeau, Paris, Plon, 1874

[2Ce roman inachevé fut publié en 1855 par la veuve de Balzac, avec une fin bricolée

[3Vous pouvez le lire sur le net : Divorce satyrique. Vous pouvez également consulter à ce sujet sur le net les études d’Éliane Viennot, spécialiste de la Reine Margot

[4Je ne développe pas ces points, et vous renvoie au roman et au filsm

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