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Italie, Partisans antinazifascistes

lundi 13 mai 2019, par René Merle

L’idéal partisan et les réalités des lendemains de la Libération.

Je viens une fois de plus voir de bons sociaux-démocrates honorer leur meeting du chant partisan de Bella Ciao, et je ne peux que m’attrister de cette récupération un peu trop facile, quand on connaît les trahisons successives du programme de la Résistance, achevées par la trahison définitive de la part d’un gouvernement unissant des leaders de la droite et des leaders de la gauche social-démocrate.
Il est vrai que la chanson a été mise à toutes les sauces, certaines délectables, d’autres tristement de récupération commerciale.
Vous pouvez en écouter d’innombrables versions sur le Net [1]

En tout cas, je suis heureux d’entendre Bella Ciao chantée par les courageux opposants à Salvini, pour le moment minoritaires, mais auxquels le chant donne la force d’affronter l’isolement politique et de maintenir l’espoir.

Peut-être faut-il rappeler aux plus jeunes ce que furent les partisans italiens, levés contre la République fasciste de Salò qui, grâce à l’armée allemande, se maintint au Nord après l’armistice de septembre 1943.
Les unités partisanes accueillaient évidemment tous les volontaires désireux de combattre les nazisfascistes. Mais leur encadrement avait souvent une orientation politique. Les historiens estiment qu’une bonne moitié (Brigate Garibaldi) avaient une direction communiste, et que la direction d’au moins 20 % des unités (Brigate Giustizia e Libertà) se réclamait de l’idéal républicain, laïque et démocratique du Parti d’Action, fondé en 1929 notamment par Carlo Rosselli.
En dépit de leurs différences politiques, toutes ces unités partageaient le même idéal d’une Italie enfin démocratique et sociale.
C’est une unité partisane qui captura et exécuta Mussolini, en fuite vers l’Autriche.

J’ai conservé dans les archives un article du Manifesto [2] du 2 mai 2015 [3] et j’en traduis littéralement un extrait :
« Le lieu commun que « l’histoire est écrite par les vainqueurs » est ici hors de propos. Les partisans furent des vaincus, ou plutôt des trahis, quand dans l’après-guerre ils se retrouvèrent dans une Italie démocrate chrétienne, héritière directe de celle des notables du début du siècle, dans laquelle les ex fascistes se trouvaient pleinement à leur aise, - leur passé étant oublié – et pleinement accueillis parmi les modérés au pouvoir ; pour les plus extrémistes, qui continuaient à se réclamer expressément du fascisme, il y avait le MSI (mouvement social italien) héritier direct de la RSI (la République sociale italienne de Mussolini, 1943-1945), avec une forte représentation au Parlement. Trois ans après la Libération, parmi les fascistes survivants de la reddition des comptes que l’avait immédiatement suivie, pratiquement personne n’était plus en prison. Ce n’était pas cette Italie nouvelle espérée par les partisans et pour laquelle ils avaient combattu : leur idéal fut reconnu en héritage dans la Constitution, alors qu’en grande partie il ne fut pas appliqué au fil des ans. »

Notes

[1Cette version est surlignée par les paroles italiennes : Bella Ciao.

[2Quotidien italien se réclamant du communisme, sans se référer à une organisation précise

[3« Il luogo comune che “la storia la scrivono i vincitori” è qui fuori luogo. I partigiani furono dei vinti – anzi dei traditi – quando nel dopoguerra si ritrovarono in un’Italia democristiana, diretta erede di quella dei notabili di inizio secolo, nella quale gli ex fascisti si trovavano a loro pieno agio, dimenticato il loro passato e pienamente accolti fra i moderati al potere ; per i più estremisti, e che al fascismo continuavano a richiamarsi esplicitamente, c’era il MSI diretto erede della RSI, con una forte rappresentanza in Parlamento. Dopo tre anni dalla Liberazione, non vi era, fra i fascisti sopravvissuti alla Resa dei Conti che avvenne immediatamente dopo, praticamente più nessuno in galera.
Non era quella l’Italia nuova sperata dai partigiani e per la quale essi avevano combattuto : ebbero riconosciuta la loro eredità ideale nella Costituzione, sebbene essa sia stata in parte disattesa negli anni. »

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