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Pour qui ne lirait pas les commentaires, en voici deux sur "Aragon, la guerre"

mardi 14 mai 2019, par René Merle

Un commentaire de Robert Pollard, et ma réponse

Cf. Aragon, la guerre...

"Oui René, il y a bien la beauté de la phrase scandée sur ce rythme presque nonchalant qui lui est propre. Je n’en dirai pas plus à son sujet qui participerait d’une anticipation malhonnête appuyée sur un anachronisme de mauvais aloi.
Mais quelque chose ne passe pas du « quelques uns d’entre nous » cette nonchalance distraite, presque amusée penchée sur l’étale de la boucherie, plongée dans la pourriture des charniers, toutes odeurs et visions chassées par « La guerre, malgré les petits mortels, a la grandeur du vent ».
Ceux — pour ne citer qu’eux — qui n’avaient ni le recul, ni le temps, ni quelques prédispositions à “litté-raturer“ l’enfer qui les a rendu fous, déréglés de corps et d’esprit, ne sachant plus ni marcher, ni entendre, ni parler, ni se souvenir et que la maréchaussée et une partie du corps médicale traitèrent de simulateurs, ceux-là reçurent le coup de grâce à bout portant.
Cela étant, je viens peut-être de commettre un énorme contresens ?… Je connais très mal Drieu de la Rochelle, je n’ai dû en lire qu’une centaine de pages éparses il y a fort longtemps…
Amitiés. Robert"

"Robert, je partage entièrement ton point de vue, et je ne crois pas que tu fasses un contresens. Je n’ai placé ce billet que pour qu’il nous interroge sur la légende des "grands hommes" et de leur vérité initiale. Aussi divergents qu’aient pu être par la suite les chemins de Drieu et d’Aragon, ils partagent là cette même esthétisation individuelle et élitiste de la guerre, une guerre qu’ils n’ont en rien voulue, esthétisation qui, croient-ils, les met à l’écart aussi bien des récits de chaude fraternisation entre "poilus", genèse de tous les fascismes commandos anciens combattants, que des justes dénonciations "terre à terre" à la Barbusse (un Barbusse qu’Aragon n’a jamais aimé). La clef de l’intervention est ici celle du Moi solitaire jeté dans une terrible aventure collective, dont il ne se sort que par l’affect du vécu, l’adrénaline si dépaysante (comme la négresse du bordel, dont l’évocation signe un temps d’ignominie)... Le fascisme ultérieur de Dieu, comme le communisme patriotique chauvin d’Aragon, loin d’être une adhésion totale à une cause, me semblent participer de cette quête de rédemption du jeune bourgeois déclassé. Mais si j’avance l’hypothèse, je me garderai bien de juger.
Amitiés,
René

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