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Racines chrétiennes ? La Sainte Ligue

dimanche 19 mai 2019, par René Merle

Un regard (bien rapide) sur le complexe mouvement de la Sainte Ligue

Hier à Milan, lors d’un rassemblement des extrêmes droites identitaires et nationalistes, Matteo Salvini (flanqué de Mme La Pen) a magnifié la religion catholique et les racines chrétiennes de l’Europe, brandissant même un rosaire et invoquant la Vierge Marie…
Puisque populisme et racines catholiques il y a, rappelons nous un terrible épisode de notre histoire où les deux s’unirent dans un déferlement sanglant de violences et d’ambiguïtés politiques.

J’évoquais hier à propos de Montaigne et Michel de L’Hospital, cette Ligue catholique qui combattit les Protestants et fit trembler le pouvoir royal de 1568 à 1596.
Il n’est pas question ici d’en faire l’histoire, et vous trouverez que le net de quoi satisfaire déjà votre curiosité, et, si l’envie vous en prend, de plonger dans la bibliographie abondante.

Procession armée de la Ligue parisienne

Je reviens donc sur cette Ligue, ou Sainte Ligue, ou Sainte Union, dressée contre une monarchie acculée à la tolérance, car elle me renvoie, en ce qui concerne l’Histoire, aux mouvements populaires antirévolutionnaires que j’ai déjà évoqués à propos de la Vendée et de l’Italie, et, en ce qui concerne le Présent, à cette singulière levée en masse de l’ultra droite catholique, à laquelle l’opposition au Mariage pour tous, et autres nouveautés sociétales, a fourni le carburant.

Voilà un mouvement né « de la base » (celle des autonomies communales), vite pris en main par une partie de la grande noblesse jalouse de ses prérogatives. On voit, dès le début, de quelle ambiguïté elle se réclame : loyauté à l’égard d’un pouvoir royal attaqué par la sécession protestante, et en même temps demande de soumission de ce pouvoir royal aux États généraux ; petit peuple catholique fanatisé contre la bourgeoisie protestante [1], et grand et petits nobles, de robe ou d’épée, défendant leurs privilèges contre l’absolutisme que développe la royauté [2] ; municipalisme catholique (en écho au municipalisme protestant), défendant la liberté des communes contre le même absolutisme [3] ; proclamation de la défense de la Royauté contre le séparatisme protestant, et in fine atteinte directe contre cette royauté avec l’insurrection ligueuse parisienne (dite journée des barricades) qui chasse Henri III, bientôt assassiné par un ligueur dominicain ; le tout saupoudré d’internationalisme, quand l’engagement religieux ligueur rejoignait l’adhésion au pouvoir catholique espagnol, alors que les protestants louchaient vers les pouvoirs amis d’Angleterre et d’Allemagne…

On le voit, la complexité de la situation a nourri une complexité des appréciations, qui vont de la condamnation absolue au nom de l’anti fanatisme et de la liberté de conscience, à l’apologie (mesurée) d’un mouvement anticipant les levées en masse populaires et communalistes de la Grande Révolution et des Communes de 1871… Bref, dans une extrême complexité, un écartèlement entre une idéologie plus que rétrograde et un engagement résolu contre l’absolutisme et pour les libertés communales ?… On mesure la lucidité et le courage qu’il a fallu à ceux des rares catholiques qui ont sur déjouer le piège et s’engager pour la tolérance et l’unité nationale, mais, pour ce faire, en condamnant radicalement ceux qui brandissaient le crucifix et le poignard au nom des racines chrétiennes…
Racines chrétiennes que l’on nous présente aujourd’hui comme benoîtement identitaires et confites en prude dévotion... Voire...

Notes

[1On se souvient de la Saint Barthélémy parisienne, que j’évoquais à propos de La Reine Margot.

[2Ce mouvement anticipe la Fronde nobiliaire qui se propagera dans la première moitié du XVIIe siècle

[3L’exemple le plus spectaculaire est celui de Marseille, avec sa République ligueuse de Charles de Casaulx, exaltée encore aujourd’hui par bien des communalistes provençalistes ou occitanistes

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