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Le rêve de d’Alembert

mercredi 22 mai 2019, par René Merle

Matérialisme de Diderot

Dans son dialogue philosophique le Rève de d’Alembert (publié seulement, et pour cause, de façon posthume), Diderot met en scène Julie de Lespinasse, la grande amie de D’Alembert, censée rapporter au savant médecin novateur Théophile de Bordeu des propos tenus par d’Alembert, malade, dans un rêve éveillé.

« Qui sait les races d’animaux qui nous ont précédés ? qui sait les races d’animaux qui succéderont aux nôtres ? Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste. Le monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant à son commencement et à sa fin ; il n’en a jamais eu d’autre, et n’en aura jamais d’autre.
Dans cet immense océan de matière, pas une molécule qui ressemble à une molécule, pas une molécule qui ressemble à elle-même un instant : Rerum novus nascitur ordo [1], voilà son inscription éternelle… » Puis il ajoutait en soupirant : « vanité de nos pensées ! ô pauvreté de la gloire et de nos travaux ! ô misère ! ô petitesse de nos vues ! Il n’y a rien de solide que de boire, manger, vivre, aimer et dormir… »

On ne peut que penser que Diderot le matérialiste se retrouve dans le propos initial (et spinoziste) [2] prêté à d’Alembert, et, d’une certaine façon, dans l’abrupte morale qui en résulte, morale qu’il ne faut pas enclore dans un égoïsme au ras du sol, mais bien dans une morale de la Liberté.

Notes

[1“Un nouvel ordre de chose naît” ; paraphrase d’un passage des Bucoliques de Virgile

[2La Nature, qui englobe la totalité du réel (Cosmos), n’a pas été créée et existe de toute éternité

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