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Claudio Magris chez Macron

mercredi 22 mai 2019, par René Merle

Pourquoi je reste sur ma faim

Pour sortir de notre nombrilisme franco-français, il est toujours bien intéressant de s’intéresser aux regards venus d’ailleurs, et en particulier de cette Italie si proche et si lointaine.

Ainsi, je viens de lire dans Corriere delle seradu 21 mai la réaction de Claudio Magris au déjeuner dédié au salut de l’Europe et à son unité culturelle. Vous pouvez le lire en italien :
Magris
Ce déjeuner à l’Élysée était initié par le président Macron et Bernard Henry Lévy, qui, en plus de sa fonction de ministre bis des affaires étrangères, est décidément aussi notre ministre bis de la culture.
Magris y était invité ainsi que Anne Applebaum (États Unis), Jens Christian Grondahl (Danemark), David Grossman (Israel), Agnes Heller (Hongrie), Rob Riemen (Pays Bas), Fernando Savater (Espagne), Simon Schama (Royaume Uni), Peter Schneider (Allemagne), Abdulah Sidran (Bosnie), Adam Zagajewski (Pologne). Bref, une belle pléïade d’intellectuels et d’écrivains censés partager les vues du président sur l’Europe.

Magris est une des plus hautes figures de la culture et de la littérature italienne contemporaine. Je l’ai toujours lu, avec grand intérêt et grand plaisir. J’ai toujours suivi ses engagements à gauche (quelque peu désabusés). C’est dire que je me suis précipité sur l’article.
Je dois dire que je suis vraiment resté sur ma faim.

Magris est sous le charme : Macron est un vrai leader qui respire l’intelligence, l’amabilité, l’énergie et la sympathie (n’en jetez plus ! On comprend que, comparé à Salvini et à Berlusconi, le président lui soit sympathique... Mais on rencontre aussi ici cette traditionnelle fascination d’une partie des Italiens cultivés pour une France qu’ils fantasment quelque peu. D’autant que la France de Macron est l’objet d’une péjoration violente de la part de la droite et de l’extrême droite italiennes.
Seule réserve : Magris proteste contre la prévalence dans la discussion de la langue anglaise, qu’il estime bizarre à Paris, au siège de la République française, et dans le climat du Brexite.

Mais passons aux choses sérieuses. Quid de ce déjeuner à quatorze (ouf, on a évité le treize fatidique) ? Quid de cette rencontre de brillants cerveaux conviés aux frais de la République des quatre coins de l’Europe, d’Israël et des Etats Unis ?
On a discuté certes, mais Magris ne nous en dira pas plus. Il se borne à donner son point de vue : l’Europe a certes besoin de réformes sociales, de travail, de comptes en ordre, mais elle a aussi besoin d’être ressentie et exaltée dans sa civilisation, dans les arts et la littérature qui l’expriment. Et en priorité dans la musique et en particulier dans le théâtre d’opéra, où convergent tous les sentis culturels européens…

Tout ceci est bien vrai, mais ne mange pas de pain.
Ces généralités sympathiques ne sauraient faire oublier que, comme récemment l’invitation à une brochette d’intellectuels dans le Grand Débat, il s’est agi là d’une opération de prestige et de survie opportunément placée à la veille du scrutin européen, opération qui a pu flatter l’ego des invités, mais qui nous donne surtout la mesure des capacités manœuvrières d’un vrai politicien.

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