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Le Figaro et la Semaine sanglante

dimanche 26 mai 2019, par René Merle

Deux textes donnés à la réapparition du journal, le 30 mai


Le très conservateur Figaro reparaît le 30 mai 1871, au lendemain immédiat de l’écrasement sanglant des Communards. On peut lire dans ce numéro, précédent l’éditorial, ce court texte de triomphe :
« Le Figaro est heureux de reprendre sa publication en donnant, avant tout le monde, la proclamation suivante :
PROCLAMATION DU MARÉCHAL MAC-MAHON
Habitants de Paris,
L’armée de la France est venue vous sauver. 
Paris est délivré.
Nos soldats ont enlevé, à 4 heures, les dernières positions occupées par les insurgés.
Aujourd’hui la lutte est terminée ; l’ordre, le travail et la sécurité vont renaître.
Au quartier général, le 28 mai 1871.
Le Maréchal de France, commandant en chef, DE MAC-MAHON, Duc de Magenta
. »

Suit cet abominable article :
« Les exécutions
Le jour de la délivrance devait être aussi le jour de l’expiation. Les misérables qui avaient poussé leur extravagante et monstrueuse audace aux proportions invraisemblables qui épouvantent en ce moment la France et révoltent le monde échapperaient-ils au sort terrible, mais inévitable qu’ils s’étaient attiré ? La question se posait, pour tous les honnêtes gens, anxieuse et cruelle. On frémissait à l’idée qu’ils pourraient échapper. On les savait poltrons, on se doutait bien que l’heure venue ils chercheraient à fuir, à gagner la frontière, à s’évader à l’étranger ; et on se demandait si l’étranger les recevrait.
Ce doute pénible se dissipe. L’étranger les repoussera ; pour eux, ni foyer, ni asile. Les lois d’extradition les atteindront partout.
Pour un grand nombre, cette préoccupation n’a plus de raison d’être. L’expiation – trop douce – a été faite séance tenante. L’exaspération publique s’est faite exécution sommaire. Partout, les membres et affiliés de la Commune, traqués comme des bêtes fauves, ont été passés par les armes dès qu’ils ont été vus ou signalés. »


Au moins dix à vingt mille Communards, y compris femmes et même enfants, furent fusillés en quelques jours.

Suit un éditorial intitulé « L’Armée a bien mérité de la Patrie" », dans lequel on peut lire notamment :
« Comment la France pourra-t-elle jamais vous, héros anonymes, qui combattez sans grand avenir, qui savez souffrir sans vous plaindre, et qui avez fait obscurément de vos poitrines un rempart invincible pour la société menacée ! Pauvres martyrs inconnus, nul ne sait vos noms, mais que votre mémoire soit sacrée, que sur une des places de la ville sauvée par vous d’une ruine entière, s’élève un immense monument, œuvre de quelque artiste inspiré, construite avec le don du riche et l’obole du pauvre, qui perpétue à jamais la mémoire de votre courage [1]
Vous n’êtes pas seulement les vainqueurs d’une guerre civile, et vos lauriers sanglants n’ont rien qui puisse vous attrister.
Je ne veux pas insulter ceux qui sont morts, mais ils n’étaient plus fils de la mère-patrie, eux qui l’ont si brutalement meurtrie et qui rêvaient de l’anéantir.
Soyez donc salués comme des triomphateurs et aimés comme des frères, soldats de devoir qui avez relevé l’honneur terni du drapeau tricolore. Puissions-nous apprendre de vous ce qui nous manque le plus, le respect de l’autorité et le sens du devoir civique ! Puissions-nous ne nous plus dépenser en vains raisonnements et en déclamations inutiles !
Puissions-nous surtout être unanimes à répéter dans six mois - quand on aura oublié ! - comme nous le faisons maintenant :
Vive l’ordre ! vive l’armée qui en est le seul soutien et la seule garantie !

Francis Magnard » [2]

Notes

[1Ce sera le Sacré Cœur de Montmartre.

[2Magnard (1837), journaliste en vogue, était l’assistant éditorial du directeur du journal, de Villemessant

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