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Il y a des moments où en a envie de tout envoyer balader

mercredi 29 mai 2019, par René Merle

Quand on n’en a pas besoin, à quoi bon parler pour les déshérités ?

Il y a des moments où en a envie de tout envoyer balader

D’abord parce qu’on n’est pas du côté de la désespérance de la vie comme ceux qui sont dans la peine quotidienne ; mais l’on est (et ce n’est pas déshonorant, et on ne l’a pas volé) du côté de ceux qui, sans vivre comme des riches, peuvent se nourrir à leur guise, se distraire et se cultiver au mieux, prendre des vacances et même parcourir le monde, ceux qui n’ont plus d’enfants à élever (mais peut-être des enfants à aider), et qui, cerise sur le gâteau, s’intéressent à la politique, s’emballent ou s’enragent sur les choix de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui voudraient nous gouverner, bref de ceux qui, tout en pouvant parfaitement passer de « faire » de la politique, en font leur principal hobby. Et qui se demandent pourquoi ceux qui ne devraient pas se passer de politique n’en font généralement pas, ou se cantonnent dans l’abstention.
Je comprends parfaitement le ridicule de cette situation dans laquelle je m’inscris avec ce site, histoire de toucher une cinquantaine ou une centaine de lecteurs quotidiens. Alors que je ferais sans doute mieux de consacrer mes dernières années à d’autres activités, plus personnelles ou plus utiles aux autres.

Mais bon, satisfaisons à cette addiction politique, et parlons d’abord justement de l’abstention.
Elle a baissé. Dans la dramatisation macronienne, la petite déperdition d’abstention a profité aux deux concurrents intronisés par Macron, aux dépens de tous les autres : des électeurs Macron déçus sont quand même in extrémis aller le soutenir, des électeurs du RN peu motivés par les européennes, et pas mal de Gilets jaunes peu électeurs sont quand même aller voter RN pour clouer le bec à Macron…
Mais bon, chacun voit aujourd’hui que le gros bataillon des apports à Macron a été celui des voix de droite, et que l’aile gauche déçue des électeurs macronistes s’est dirigée vers les écologistes (dont il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que leur leader, tolérant le libéralisme, aura le destin d’un Cohn-Bendit).
Se sont toujours abstenus ceux que les hypocrisies de la social démocratie a écœurés à jamais, ceux que les changements de direction incessants de la France insoumise a lassés, ceux que le changement de look du parti communiste n’a pas convaincu, bref tous ceux qui ne croient plus à grand chose mais aimeraient bien sortir de la nasse libérale macronienne. Énorme bataillon en attente d’orientation et de dirigeants…

Mais comment ceci pourrait-il advenir ? Et c’est bien là encore que, comme je le disais au début de cet article, on (je en tout cas) a envie de tout envoyer balader, L’avenir est complètement bouché, et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les puissants mouvements sociaux qui s’annoncent n’auront guère d’issue politique à la gauche de la gauche, ou dans le dégagisme bonapartiste de Mélenchon. Tout au plus, en cas de danger immédiat et de déconfiture de Macron, on verrait ressortir rénovée la vieille formule socio-libérale, rénovée par exemple par un Cazeneuve et soutenue par les socialistes ralliés à Macron, comme Le Drian, histoire d’éviter la trique.

Autre raison d’avoir envie de tout envoyer balader : je ne vois que de mauvais perdants dans cette gauche de la gauche à laquelle je suis attaché. "Ce n’est pas ma faute, c’est celle de l’autre", disent-ils.
La prime en ce domaine à la France insoumise où par exemple une abrupte Rachel Garrido ne démord pas d’un pouce de ses convictions : on a perdu parce qu’on s’est aligné sur les autres, et qu’on n’a pas su défendre nos vraies valeurs…
Garrido
Bref, si Mélenchon n’a pas retrouvé le score de la présidentielle (où il n’avait pas en face un candidat communiste), c’est en partie à cause des communistes, (des communistes que sa tendance à tout phagocyter a poussé à faire cavalier seul et lui ont enlevé leurs deux ou trois points (je leur en souhaitais plus), bref de quoi mettre la tête hors de l’eau en passant les 11%), c’est la faute des écologistes pur sang qui n’ont pas su le rejoindre, c’est la faute des socialistes récemment ralliés qui n’ont pas su entraîner des troupes, c’est la faute des électeurs qui n’ont pas compris que le louvoiement tactique de ce mouvement gazeux était signe de vraie démocratie interne, etc. Je suis triste pour les militants et surtout les députés qui font un si excellent travail. Mais je n’en dirai pas plus parce que, ne faisant pas partie du mouvement, je n’ai pas à me mêler de ses débats internes.
En tout cas, que l’on se déchire pour savoir s’il faut continuer à représenter tout seul le Peuple, qui n’en demande pas tant, ou, comme le susurrent d’aucuns, s’il faudrait s’atteler à reconstituer une vraie gauche, c’est le Rassemblement national qui plane bien loin de tout cela et qui engrange en attendant que son acoquinage avec l’électorat de droite et une partie de ses dirigeants lui permettront de tenter une expérience à la Salvini.
Macron ou le Pen, de toute façon les possédants sauront assurer leurs arrières avec le tenant du titre, comme ils l’ont toujours fait.

1 Message

  • Il y a des moments où en a envie de tout envoyer balader Le 31 mai à 08:28, par Olivier Girolami

    Bonjour René.
    Je suis entièrement d’accord avec toi… politiquement « l’avenir est complètement bouché » et je fais parti d’une famille politique qui – comme Sisyphe et son rocher – va de déception en déception.
    Il m’arrive parfois, pour m’oxygéner, de décrocher quelque peu, par contre je suis tombé sur un Tweet aujourd’hui que j’ai bien aimé et qui disait « ça a tellement l’air inutile de continuer à dire toutes ces choses et c’est pourtant tellement le moment de les dire, juste avant qu’un jour on s’aperçoive que c’est interdit de les dire… »
    Amitiés.

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