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République et interdiction de Partis non républicains

jeudi 30 mai 2019, par René Merle

Des Ligues au Front National, en passant… par le Parti communiste.

Question souvent entendue : « Mais enfin, si le FN n’est pas républicain, pourquoi on l’interdit pas ? »
Réponse tout aussi souvent répandue : « Ce parti respecte la légalité républicaine, il n’y a donc pas lieu de l’interdire. Par contre, on peut regretter qu’il ne partage pas vraiment les valeurs républicaines… », encore qu’il s’en défende désormais plus que vigoureusement. Plus républicain que moi, tu meurs… D’ailleurs aujourd’hui, le diable jadis banni des micros et des télés est devenu un bon petit diable, pas fasciste pour un sou. Procès promis à qui le dirait. Un grand parti populaire d’opposition, qui dit tout haut ce que les autres disent tout bas, un parti de patriotes, ouvert à tout jeune cadre prometteur qui voudrait faire carrière politique, et, sucre sur les poires, un parti dont le leader charismatique est une femme, donc une leadere si je dois suivre la mode des féminisations grammaticales. Un défi évident à qui les aime voilées.

En fait, la République est bonne fille question interdictions.
Si, de l’affaire Dreyfus à la Seconde Guerre Mondiale, l’Extrême Droite, dans toutes ses composantes, affirmait sa détestation de « La Gueuse », la dite Gueuse ne s’est décidée à sévir que lorsque les Ligues en ont fait un peu trop dans l’activisme violent, y compris l’assaut du Palais Bourbon, et les milices armées. C’est ainsi qu’en 1936 sont dissoutes « les Ligues factieuses », mais que leurs chefs sont en liberté et à verser leur venin dans leur presse.
Dissoutes ? C’était en effet d’une certaine façon pour mieux renaître aussitôt de leurs cendres, avec d’une part la formation du puissant parti de l’ex-dirigeant des Croix de Feu, le Colonel de la Rocque, le Parti Social Français, parti de masse à l’idéologie conservatrice, nationaliste, antiparlementaire, mais qui se voulait républicain, à sa façon, et, d’autre part, avec la naissance du Parti Populaire Français de Jacques Doriot, qui ne cachait pas ses sympathies fascistes.
Ces deux partis purent fonctionner légalement jusqu’à la fin de la République et la dissolution de tous les anciens partis politiques par le régime de l’État français du Maréchal Pétain.
Bref, la Troisième République, si elle a interdit quelques groupuscules violents, n’a jamais interdit un parti.

Ah, mais si, j’oubliais, juste avant l’entrée en guerre, la majorité Front Populaire, réduite à sa portion radicaux et socialistes, interdit la presse communiste le 26 août 1939, et, une fois la guerre déclarée, interdit en septembre le parti communiste, qui n’avait pas condamné le pacte germano-soviétique. Les municipalités communistes sont dissoutes, des milliers de militants sont arrêtés, dont hériteront quelques mois plus tard le pouvoir pétainiste et les nazis. (Je vais y revenir bientôt, car l’épisode est plus que lourd de sens).
Bref, quand elles le voulaient, la République, et la Gauche, savaient interdire un parti…

Mais venons-en aux Républiques suivantes.
Sous la Quatrième République, pas d’interdiction de partis. Le Parti communiste est sorti grandi de sa participation très active à la Résistance, et les autres partis ferment pudiquement les yeux sur son interdiction de 1939 lorsque le Général de Gaulle appelle le PC à participer au gouvernement…

La Cinquième République (née d’un putsch, ne l’oublions pas), fut, de la fin de la guerre d’Algérie à l’après-1968 confrontée à l’action, souvent violente, de groupuscules d’extrême-droite, qui furent interdits, mais réapparurent constamment sous des appellations nouvelles, avant de disparaître. Il en alla de même de plusieurs organisations d’extrême gauche.
L’un de ces groupes d’extrême droite, Ordre nouveau, contribua de façon décisive en 1972 à la création d’un nouveau parti, le Front National pour l’unité française, lequel existe depuis le plus légalement du monde sous le nom raccourci de Front national (avant aujourd’hui de muer en Rassemblement national).
Groupusculaire à ses débuts, il prit vite un essor impressionnant (35 députés aux législatives de 1986). Les mauvaises langues disent que François Mitterrand ne fut pas mécontent de cet essor, qui gênait la Droite classique dans les triangulaires. Et la dite Droite ne s’offusqua pas de se retrouver aux côtés du FN dans des exécutifs régionaux. Bref, il était alors moins question que jamais d’interdire le FN… On connaît la suite.
Et on voir mal notre président s’en prendre autrement que verbalement à ce faire valoir qui lui permet à chaque élection de se poser en sauveur de la République.
Jusqu’au jour où la république sera violentée par la grâce du suffrage universel…

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