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Des « élites » déconnectées

jeudi 6 décembre 2018, par René Merle

Ou de l’actualité de Christopher Lasch dans notre Start up Nation

J’ai souvent évoqué l’ouvrage de l’historien et sociologue étatsunien Christopher Lasch, The Revolt of the Elits. And the betrayal of democracy, W.W.Norton & Co, 1995, et son édition française précédée du très éclairant propos de Jean-Claude Michéa : Christopher Lasch, La révolte des élites. Et la trahison de la démocratie, Climats, collection Sisyphe, 1996 ; Flammarion, Champs Essais, 2009.
Par les temps qui courent, je ne peux qu’inciter à sa relecture ou à sa découverte.

On trouvera ici quelques lignes de présentation de l’éditeur français et de l’éditeur étasunien.

" Dans cet ouvrage publié juste avant son décès brutal [1], Lasch a dressé le tableau d’une situation étatsunienne « postmoderne » qui est devenue pleinement la nôtre. Dans La rebelión de las massas (1930), le philosophe espagnol José Ortega y Gasset opposait la vertu civique d’une élite culturelle au menaçant nivellement par le bas qu’entraînait la naissance d’une société occidentale « de masses ». Tout au contraire, selon Lasch, avec le passage à la mondialisation, la grande menace est l’émergence (« méritocratique ») d’une élite directoriale de privilégiés (banquiers et analystes financiers, « experts » de tout poil, « intellectuels » médiatisés, journalistes, juristes, professionnels de l’information, universitaires, etc.), élite coupée de ses concitoyens et de sa réalité nationale, élite avide d’argent et profitant directement du système, élite enfermée dans une bulle hédoniste (jet society, voyages jouissifs, événements culturels, mais complaisance envers la pire culture dite populaire) et ultra-sécurisée (écoles privées, résidences ultra-protégées, soins médicaux assurés).

C’est au nom de sa supposée compétence que cette « élite » (« talking classes » dit cruellement Lasch), politiquement à droite, « libérale » à fond, dénie toute vertu à une démocratie fondée sur l’opinion du plus grand nombre, et se dispense donc d’une pédagogie du débat public, auquel elle substitue une parole « descendante » ésotérique ou démagogique. Abandonnant avec mépris morale populaire ringarde et religion traditionnelles au profit d’un cynisme hédoniste et irrévérent (proclamé de gauche !), elle remplace la solidarité par un retour larmoyant à la compassion."

" From the Publisher : Lasch argues that democracy today is threatened not by the masses, as Jose Ortega y Gasset (The Revolt of the Masses) had said, but by the elites. These elites - mobile and increasingly global in outlook - refuse to accept limits or ties to nation and place. Lasch contends that, as they isolate themselves in their networks and enclaves, they abandon the middle class, divide the nation, and betray the idea of a democracy for all America’s citizens. The book is historical writing at its best, using the past to reveal the roots of our current dilemma. The author traces how meritocracy - selective elevation into the elite - gradually replaced the original American democratic ideal of competence and respect for every man. Among other cultural trends, he trenchantly criticizes the vogue for self-esteem over achievement as a false remedy for deeper social problems, and attacks the superior pseudoradicalism of the academic left. Brilliantly he reveals why it is no wonder that Americans are apathetic about their common culture and see no point in arguing politics or voting. In a powerful final section Lasch traces the spiritual crisis of democracy. The elites, having jettisoned the moral and ethical guidelines provided by religion, cling to the belief that through science they can master their fates and escape mortal limits. In pursuit of this illusion they have become infatuated with the global economy. Their revolt, the author warns, is diminishing what is worthwhile about American life. This volume, completed just before the author’s death, continues in his tradition of vigorous and original thought and should stir soul-searching among readers concerned about the future of America and its democracy."

Notes

[1né en 1932, Lasch est décédé en 1994

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