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Munich 1938 et le Parti communiste

samedi 1er juin 2019, par René Merle

L’éditorial de Gabriel Peri


L’Humanité, 1er octobre 1938
Voici le début du très long et argumenté éditorial de Gabriel Peri [1].

Nous ne prenons pas place dans la brigade des acclamations. Nous n’écrirons pas que l’accord de Munich a sauvé la paix.
Nous enregistrons que M. Daladier [2] vient de souscrire au dépècement d’un peuple libre.
Nous sommes persuadés que la menace que courent des millions d’hommes en France et en Europe est plus rave aujourd’hui qu’elle ne l’était hier.
Nous n’applaudissons pas parce qu’il n’est pas dans la tradition française d’applaudir aux violations du droit. Nous n’applaudissons pas parce que nous croyons qu’on affaiblit la paix chaque fois qu’on affaiblit la sécurité française et que l’accord de Munich est un Sedan [3] diplomatique.
Ceux qui reviennent de Munich avec ce bagage peuvent essayer de se faire pardonner. Mais ils manquent de pudeur lorsque, gagnés par la contagion, ils prennent debout sur leur voiture des poses de Premier consul. Non ! Nous n’applaudissons pas ! Nous écoutons, le rouge au front, l’émouvante et pathétique protestation du général Syrovy [4].
D’aucuns nous ferons observer que les exigences de Godesberg [5] n’ont pas été totalement satisfaites, que l’Allemagne a dû consentir à des délais, qu’elle a souscrit à la constitution d’une commission internationale chargée de délimiter les frontières, qu’un droit d’option est reconnu aux populations intéressées, que la Grande Bretagne et la France garantissent dès maintenant les nouvelles frontières.
Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Ces amendements concernent les délais et la procédure. Ils ne changent rien quant au fond. C’est bel et bien au mémorandum de Godesberg que l’accord de Munich, - « la pénible transaction de Munich », comme l’écrit l’envoyé spécial de l’agence Havas – emprunte ses dispositions essentielles. La mémorandum de Godesberg avait aggravé les stipulations de l’ultimatum de Berchtesgaden, et l’accord de Munich reproduit dans ses grandes lignes le mémorandum de Godesberg.
Aujourd’hui l’armée allemande fera son entrée dans la région des Sudètes. Dans les jours qui suivent, le territoire sera complètement occupé. Que vaudront alors les frêles barrières de la commission internationale ? Qu’on imagine le sort de dizaines de milliers d’hommes et de femmes, de Tchèques, de juifs, de socialistes, de communistes, de démocrates qui, en dépit des procédures fragiles imaginées in extremis, seront livrés au couteau de l’égorgeur. Non, on n’a pas le droit de prostituer le beau nom de paix en l’accolant à ces expéditions punitives.
On n’a pas le droit de l’accoler à des recommandations monstrueuses comme celles formulées par lord Runciman, lequel estime que pour « le maintien de la paix » il est indispensable de mettre fin à l’activité des partis anti-hitlériens en Tchécoslovaquie.
[…]

Notes

[1Gabriel Peri, député communiste et responsable du service de politique étrangère de l’Humanité. Arrêté comme résistant par la police française, il sera fusillé par les nazis le 15 décembre 1941

[2Président du Conseil, radical

[3Défaite en rase compagne de Napoléon III et chute de l’Empire

[4Premier ministre tchécoslovaque

[5Hitler avait accueilli à Godesberg le Premier britannique Chamberlain pour préparer les accords de Munich

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