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Cher Jean-Luc Mélenchon

dimanche 2 juin 2019, par René Merle

Le mot d’un de vos électeurs aux deux présidentielles

Cher Jean-Luc Mélenchon,

Vous ne me connaissez pas et vous n’avez rien à cirer de mes états d’âme.
J’ai voté pour vous aux deux présidentielles (sans illusions, car je n’ai jamais pu faire entièrement confiance à un dignitaire socialiste, même défroqué).

Je ne vous connaissais guère avant les premières péripéties électorales présidentielles. Vous aviez été un ministre socialiste parmi bien d’autres, et je ne vous avais pas accordé plus d’attention qu’aux autres ministres du gouvernement Jospin, le roi des privatisations et l’artisan de la défaite historique de 2002.

Je me souviens seulement que vous m’aviez un peu échaudé les oreilles par vos propos catégoriques sur les langues régionales, point mineur j’en conviens, mais qui m’avait révélé en vous une rigidité peu agréable.
J’ai naturellement suivi votre montée en force dans l’aventure du Parti de gauche, et celle du Front de Gauche. N’appartenant alors à aucune organisation, mais modelé sans doute par mon long et ancien militantisme communiste, je n’avais pas apprécié le forcing que vous aviez fait pour vous attirer le soutien du PCF, et surtout celui, indispensable, de ses élus dont les voix vous permettaient d’être candidat.
Mais je voyais surtout (et sans illusion encore) le côté positif d’une démarche commune.

C’est pourquoi, lors de la campagne présidentielle de 2012, où vous étiez candidat du Front de gauche, soutenu par une partie du NPA, j’avais signé à la demande d’amis polareux un appel de soutien [1].

Vous avez obtenu le score fort honorable, mais malgré tout quelque peu décevant, de 11,10%. Et au second tour vous avez appelé à faire barrage à Sarkozy, c’est-à-dire, implicitement, à voter socialiste. On connaît le bilan du gouvernement social-libéral qui naquit de cette élection et qui, après l’épisode Valls, finit sans honneur et sans gloire, en passant à son successeur l’entame de réformes rétrogrades comme celle de la loi Travail…
La déception et la colère étaient grandes parmi les électeurs de gauche, bien au-delà de ceux qui vous avaient soutenu en 2012.

Vous avez donc décidé de tenter seul l’aventure présidentielle de 2017. Vous n’étiez mandaté par personne, mais vous affirmiez dans votre déclaration de candidature : « Je veux incarner la France insoumise et fière de l’être, celle qui n’a pas de muselière ni de laisse »
Vous étiez le candidat de vous même, et de ce mouvement nouveau que vous qualifiez de « gazeux » pour bien signifier qu’il n’était pas un parti, mais au-delà de ce mouvement vous portiez les espoirs de gens très divers et pas automatiquement acquis à votre France insoumise. C’était mon cas.
Votre charisme, votre culture, votre éloquence, votre manière d’expliquer et de faire comprendre la vérité au plus grand nombre, votre force de conviction, votre légitime connexion avec un passé de luttes à nos résistances présentes nous ont séduits, parce que nous en avions bien besoin. Plus que besoin. Vous avez été une bouée de repère et de salut.
Et vous avez obtenu le beau score de 19,58 %.

Depuis, vous ne cessez de vous en réclamer de ce score. Et aujourd’hui, au lendemain de ce qu’il faut bien appeler un sérieux revers, vous balayez toute remarque et encore plus toute critique en arguant de ce score présidentiel, comme s’il avait été une allégeance à votre personne, je me permets de m’inscrire en faux.
Vous n’êtes pas propriétaire des voix que vous avez obtenues.
Vous renvoyez aux oubliettes de l’histoire la notion de « gauche », en oubliant, ou en ne comprenant pas, que vos presque 20% de 2017 venaient de l’immense réservoir politique des déçus de la gauche, mais qui gardaient la gauche au cœur.
Vous vous êtes proclamé leader du peuple et de la révolution citoyenne. Et hier encore, un de vos plus proches lieutenants, Adrien Quatennens dont j’admire le travail de député, l’a rappelé d’un tweet rageur (qui, entre parenthèses, faisait l’impasse sur le Parti de gauche qui fut votre vecteur de lancement) :
« Que nul ne s’y trompe : la France insoumise n’a pas vocation à être un énième parti de gauche. Elle est née pour être l’outil du peuple et de sa révolution citoyenne. C’est avec cela que nous devons renouer. C’est à cela que nous allons travailler. »

Libre à vous bien entendu de continuer dans cette voie, et de vous proclamer unificateur et porte-voix d’un peuple pourtant extrêmement divers et éclaté. Bref, la Caste vs « les gens »…
Vous avez pourtant pu constater que, à l’évidence, la masse des gilets jaunes, la masse des salariés en difficulté ou en perte d’emploi, n’ont pas (pour l’heure ?) choisi cette issue politique. Vous estimez ne pas avoir été assez lisible, alors que peut-être les lunettes que vous chaussez pour lire notre réalité ne sont pas au point.

Notes

[1L"Humanité, 7 février 2012
"Pour nous, c’est Mélenchon". Ce mardi matin, 64 auteurs de romans policiers se sont ralliés à l’appel à soutenir le candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle prochaine. Nous publions ici leur proclamation et la liste des cinquante premiers signataires.
"Pour nous, c’est Jean-Luc Mélenchon"
"Renvoyer l’actuel président de la République et la majorité qui le soutient à l’occasion des élections de 2012 est une urgence absolue. Cependant, l’expérience vécue dans le passé dans notre propre pays et d’autres en cours dans divers pays européens, montrent qu’il ne suffit pas de chasser la droite du pouvoir pour que soit menée une politique réellement alternative, visant à une transformation sociale profonde pour davantage d’égalité, de justice et de liberté.
Il faut pour cela partager les richesses sur une base nouvelle, en finir avec la précarité et l’insécurité sociale, reprendre le pouvoir indûment confisqué par la finance et les banques, aller vers une planification écologique et des choix énergétiques contrôlés par les citoyens, redonner du sens au travail et produire autrement en mettant l’accent sur ce qui est durable en redonnant toute sa place à l’Humain avec sa part de rêve, construire une autre Europe dans le cadre d’une mondialisation tournée vers la coopération et la paix, faire vivre une République où le peuple exerce le pouvoir pour de bon.
"Société fondée sur la solidarité et la coopération"
On ne pourra y parvenir qu’en mobilisant l’ensemble des forces vives de la société, sur les lieux de travail, dans les espaces publics, en se nourrissant de l’expérience que chacune s’est forgée des manières de résister à l’injustice. Le programme et la pratique politiques du Front de gauche et de son candidat commun Jean-Luc Mélenchon ont d’ores et déjà créé une dynamique nouvelle. Elle redonne corps à l’espoir d’une société et de rapports humains fondés sur la solidarité et la coopération.
Notre domaine c’est celui du genre policier, du roman noir. Dans nos livres, à notre façon, nous témoignons de l’état du monde, d’une société malade du fric et du profit, de l’asservissement des petits au credo des chantres du libéralisme. C’est bien parce que le roman noir a toujours été une littérature de dénonciation et de combat, que nos maîtres s’appellent Jack London, Dashiell Hammett ou B.Traven, que nous nous engageons aujourd’hui résolument en disant haut et fort :
Pour nous c’est le Front de Gauche. Pour nous c’est Jean-Luc Mélenchon "

Premiers signataires : Roger Martin, Gérard Streiff, Maxime Vivas, Pierre Lemaitre, Antoine Blocier, Jose Noce, Max Obione, Jeanne Desaubry, Michel Embareck, Cedric Fabre, Frédéric Bertin-Denis, Christian Rauth, Francis Mizio, Jacques Mondoloni, Jérôme Zolma, Claude Soloy, Philippe Masselot, Christian Robin, Maclo, Jean pierre Orsi, Jean Paul Ceccaldi, Claudine Aubrun, Jean Pierre Petit, Ricardo Montserrat, Patrick Amand, Francis Pornon, Jerome Leroy, Serguei Dounovetz, Margot D. Marguerite, Yves Bulteau, Roland Sadaune, Jean Paul Jody, Jean Jacques Reboux, Nadine Monfils, Gilles del Pappas, Pierre d’Ovidio, Alain Vince, Hervé Le Corre, Jan Thirion, Pierre Filoche, Jacques Bullot, Hugo Buan, Laurent Martin, René Merle, Fraçois Guilbert, Frédéric Prilleux, Xavier-Marie Bonnot, Sophie Loubière, Michel Maisonneuve, Maxime Gillio, Marcus Malte, Jack Chaboud, Baru, Genevieve Dumaine, Christian Roux, Mario Absentès-Morisi, Pierre Mikaïloff, Sebastien Gendron, Nicole Barromé, Marie Vindry, Harold J.Benjamin, John Marcus, Eric Neirynck, Patrick Raynal.

2 Messages

  • Cher Jean-Luc Mélenchon Le 2 juin à 17:07, par maryse

    J’aurais tellement souhaité lire des résultats électoraux qui donnent des couleurs aux forces progressistes, de la respiration à tous ceux qui, hier se sont battus et qui, aujourd’hui encore, défendent "vraiment" l’humain d’abord.
    Mais voilà, la gauche est "aplatie". Les droites nationales soutenues à l’international sont très fortes., mais elles ne sont pas les seules responsables de ce désenchantement. Une fois remarqué le nombril proéminent de certains leaders, il faut pousser l’analyse. La gauche socialiste détenait tous les leviers, elle avait le "vent en poupe", une influence importante. Qu’ a t-elle fait de l’espoir populaire qui l’avait hissée si haut ? Chacun s’accorde pour dire que sa politique n’a guère été différente de celle de la droite. Sa plus grande réussite concerne le siffonage des voix des partis situés plus à gauche. (3 millions environ au parti communiste). ainsi que l’introduction du personnel politique en place. Et pendant ce temps l’extrême droite .... Devant cet état de fait, j’entends l’expression de la déception, de la colère, et l’inquiétude . Jean luc Mélenchon suscite beaucoup de questions - beaucoup de ceux qui ont voté pour lui retirent leur adhésion à sa stratégie trop floue, non unitaire, Ils se disent déçus. Personnellement, mes craintes sont confirmées. Le tableau au lendemain de ces élections européennes ne laissent rien présager de mieux pour tous ceux qui "comptent". Le mouvement des gilets jaunes n’a pas voulu sortir du "gazeux" et sa traduction lors des élections semble bien fléchée à droite - de nombreux électeurs verts ne veulent surtout pas être catalogués à gauche, et Y.Jadot souhaite le ralliement à son panache blanc lui aussi - J.L.Melenchon ne semble pas vouloir modifier sa stratégie - La stratégie du duo/duel de Macron est en place pour la prochaine élection. Une recomposition politique se dessine. Un bel avenir se dessine pour tous ceux pour qui la politique est un métier. Pour d’autres difficultés quotidiennes conscientisées et craintes démocratiques commencent à peser lourd. L’histoire parlera des responsabilités.

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