Categories

Accueil > Regards sur le monde > Maghreb > Mort de Kamel Eddine Fekhar

Mort de Kamel Eddine Fekhar

vendredi 7 juin 2019, par René Merle

De la fierté berbère, et plus particulièrement kabyle

Le nouveau (?) pouvoir algérien a laissé mourir de sa grève de la faim le démocrate Kamel Eddine Fekhar, militant (entre autres) de la communauté mozabite de Ghardaïa et de sa langue tamazight, emprisonné pour ses idées.
Un espoir de plus qui s’en va au lendemain des grandes journées nationales pour le retour à la démocratie.
Je reviendrai peut-être sur cette donne majeure, mais complexe, de la fierté berbère, et en particulier kabyle, dans l’identité algérienne et dans la mouvement démocratique.

Pour information, je reprends ici un article de mon précédent blog, publié en mai 2017 :

« N’étant pas Algérien, je me garderai de porter un jugement sur la complexe situation intérieure de ce pays si proche et si lointain, et encore moins de donner des leçons !
Mais comme d’une part j’ai évoqué la Kabylie dans un article récent à propos du drapeau berbère, et comme, d’autre part, il a souvent été question sur ce blog d’identité en liaison avec l’actualité, je donne ici, en constat et non en implication, quelques données sur le dilemme identitaire kabyle, qui est presque un cas d’école pour tout mouvement identitaire au sein d’un ensemble étatique.
On sait que dès 1963, au lendemain de l’indépendance, des combattants de la lutte de libération nationale se sont frontalement opposés aux méthodes autoritaires du nouveau pouvoir, et notamment à l’imposition du parti unique. Leur prise d’armes et la répression ont laissé des blessures longues à guérir.
Désormais, dans une région qui avait tant donné à la lutte de libération nationale, la frustration identitaire et linguistique (arabisation forcée) et l’opposition à l’autoritarisme du régime n’ont cessé de grandir, jusqu’à l’explosion du « Printemps berbère » en 1980, qui réclamait l’officialisation de la langue tamazight et la reconnaissance de l’identité berbère.
La loi de 1991 sur la généralisation de la langue arabe accrut les tensions, et amena à la « grève du cartable » de 1994-1995.
Le « Printemps noir » de 2001-2002 fut tout aussi sévèrement réprimé que le « Printemps berbère ».
Mais une de ses conséquences fut en 2002 la reconnaissance du tamazight comme langue nationale, mais non officielle.
La langue tamazight est enfin reconnue comme langue officielle depuis 2016, mais l’arabe demeure la seule langue officielle de l’État. Désormais le jour du nouvel an amazigh, 12 janvier, est férié. Mais en fait les autres revendicatios n’ont pas vraiement été satisfaires, les tensions demeurent, cependant que, fait nouveau, l’islamiste s’implante et progresse en Kabylie.
J’évoquais au début de cet article le dilemme posé par la revendication kabyle. En clair, s’insérer dans une lutte nationale pour la démocratie ou se dégager du contexte national.
Depuis l’émergence du FIS en 1989, et dans le sanglant conflit civile des années 1991-2000, et dans ses suites, le mouvement kabyle, dans toutes ses composantes, s’est voulu bastion démocratique et laïque contre l’arabo-islamisme. Mais il n’est pas homogène.

Issus de la contestation kabyle, ou nourris par elle, de grands partis, FFS (Front des forces socialiste)s et RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), inscrivent la revendication kabyle dans une démarche nationale algérienne de laïcité et de démocratisation.
D’autres affirment le droit à l’autodétermination, comme le RPK (Rassemblement pour la Kabylie) qui se veut un lieu de rassemblement pour tous les Kabyles qui partagent le projet d’une large autonomie politique de la Kabylie dans une Algérie plurielle et démocratique
Mais d’autres, comme le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), militent pour la création de nouvelles structures politiques, en clair pour un état kabyle souverain. On se doute que cette position a rencontré une très ferme condamnation de la part du pouvoir, d’autant que le débat est envenimé par des interventions étatiques extérieures. Ce mouvement est implanté dans l’émigration kabyle en France. Il a tenu un stand à la dernière fête de l’Humanité, ce qui a valu au journal de vives critiques de communistes français soutenant l’unité algérienne.

Je verse au dossier cet article de l’écrivain Amin Zaoui :
Zaoui »

Répondre à cet article