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Michèle Audin, « Une vie brève »

dimanche 9 juin 2019, par René Merle

Un livre poignant qui ouvre tant d’horizons

Je n’avais pas lu l’ouvrage à sa première parution [1]. Non par indifférence, mais parce qu’il arrive que l’on recule devant l’évocation de l’indicible, tant le souvenir de cette année 1957 n’est pas pour moi une plongée dans les eaux froides du passé mais bien dans leur eau brûlante.
Folio l’a réédité depuis, et, après la récente reconnaissance officielle (13 septembre 2018) de la responsabilité de l’État français et de l’armée française dans l’assassinat de Maurice Audin, lors de la « bataille d’Alger » [2], je m’y suis plongé et je vous invite vivement à faire de même.

Je n’imaginais pas ce que pouvait être ce livre, qui se clôt sur la « disparition » finale du jeune mathématicien communiste, militant communiste et partisan de la cause algérienne, enlevé et « supprimé » par les paras de Massu. Il ne s’agit pas, comme je le croyais, de focaliser sur les mois d’action clandestine et le drame final. Non, il s’agit d’une reconstitution méticuleuse, par la fille de Maurice, de ce que furent les antécédents familiaux de ses parents, ce que fut leur jeune vie, leur rencontre et leur courte union.
Du côté des grands parents et en amont encore, une France dure aux petites gens, une France où il faut savoir plier le dos et se tenir à sa place, une France qui a déversé sur « la colonie » son trop plein de besogneux. Du côté des parents, la courte vie d’un jeune couple algérois et de leurs trois petits enfants.
Et c’est par un monceau reconstitués de bribes de vie, de souvenirs éclatés, de papiers retrouvés, de supputations, que, avec une infinie tendresse et une infinie pudeur, Michèle Audin essaie de rencontrer enfin et de raconter ce père qu’elle n’a pas pu connaître vraiment (elle avait trois ans lors de sa « disparition »).

Un livre qui m’a parlé comme me parlerait un ami.

Notes

[1Michèle Audin, Une vie brève, coll. l’Arbalète, 2013

[2Sous un gouvernement socialiste – radical, où Mitterrand fut ministre de l’intérieur et de la justice, les pleins pouvoirs de justice et des méthodes de répression avaient été donnés à l’armée, en particulier à Alger dans l’été 1957 pour combattre la vague d’attentats

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