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Georges Mounin

mardi 11 juin 2019, par René Merle

Retour sur une lecture formatrice

Je viens de relire de Georges Mounin [1] , Sept poètes et le langage (Gallimard, 1992).

Linguiste, lecteur infatigable et, au sens noble (où le maître initie pour qu’advienne la lecture de chacun), Maître de Lecture, il a rassemblé dans cet ouvrage une série d’études stimulantes, ouvert par quelques pages denses qui touchent par son implication personnelle.
Quel est l’objet de la poésie ? Et comment l’atteindre ? Dire le secret de la donne poétique ne peut nuire qu’à la poésie médiocre. La théorisation de Mounin ne plane pas dans l’abstraction formelle : elle est dans son allant, dans sa façon de pétrir les textes : Mallarmé, Valéry, Eluard, Ponge, Char, Hugo, etc… Son but : montrer que si le vrai de la poésie, quand il troue la langue socialisée, est production très irrationnelle du vécu individuel (dont il veut justement exprimer l’indicible), cette poésie peut être explorée avec des méthodes rationnelles. Réconcilier dans une interprétation unificatrice intuition et analyses. Les poètes choisis par Mounin disent, chacun à sa façon, comme une expérience commune de la création que Mounin nous fait rencontrer.
Avec une santé joyeuse, Georges Mounin dégage la recherche littéraire française des effets mode, des néologismes vides, des schizophrénies critiques : recherche aveugle dans son information seulement synchronique, recherche enfermée aussi dans une espèce de nationalisme culturel, quand elle ne s’y jette pas « avec la furie des retardataires ». A la recherche véritable, Mounin pose la grande question : quelles sont les pertinences de ses informations ?
Un livre dont l’esprit ne peut qu’aider la nouvelle recherche littéraire (et j’en parle aussi pour une qui m’est chère, la recherche occitane), à oublier le rabachage, les interprétations idéologiques, les saluts de circonstance ou d’intérêt. Un livre qui ne peut qu’aider chacun à lire.

Je signale une récente initiative d’Agone :
Cent mille signes », n°2 :
« Plaisir au poème », chroniques de Georges Mounin
Suivies d’une conversation entre Jean-Charles Depaule et Inês Oseki-Dépré sur la poésie et les raisons de Mounin.)
Nouvelle édition revue et complétée (première édition Cahiers du Sud, 1952-1958)


Notes

[1Dans les premières années 1950, je l’ai connu, sous son vrai nom de Leboucher, à l’école normale d’instituteurs d’Aix, où il était professeur

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