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Sauver le monde libre ?

mardi 11 juin 2019, par René Merle

Vers le parti unique des défenseurs et des profiteurs, grands et petits, du capitalisme « libéral »

Au vu des articles anciens que je continuer à replacer sur ce site, concernant les conditions de vie populaires et les idéologies portant la révolution sociale sous la Monarchie de Juillet, bien des lecteurs doivent se dire : « à quoi bon rappeler ces vieilles souffrances et ces vieilles espérances, quand le dernier des pauvres diables d’aujourd’hui bénéficie d’une protection sociale (aussi fragile soit-elle), d’un service de santé, d’une éducation gratuite, du droit à la retraite, toutes choses qui pour le prolétaire des années 1830-1840 étaient encore du domaine de l’utopie ? Ne convient-il pas plutôt de parler du présent, de ses réalités, de ses conflits, de ses espérances que de plonger dans une visite misérabiliste des temps passés ? ».
Non seulement, je l’imagine, ils doivent se dire cela, mais, les statistiques de ce site en témoignent, ce n’est pas vers ces articles historiques qu’ils se tournent, mais vers les billets d’humeur défouloirs qui traitent du présent.

Mis je reviens sur cette différence évidente de condition entre les prolétaires de jadis et ceux d’aujourd’hui. Certes, nous sommes loin, dans notre France actuelle s’entend, car le monde est grand, et divers, de ce qu’ont pu décrire Sue et Zola, en passant par le Hugo des Misérables. Donnerais-je, en évoquant ce passé, du grain à moudre à Mathieu Laine ? Mais oui, Mathieu Laine, vous savez bien, un des conseillers majeurs du candidat, puis du président Macron, ce jeune intellectuel « libéral », éditorialiste au Point et au Figaro, qui se répand dans nos magazines et sur nos écrans pour présenter son dernier ouvrage.
Pour ne pas être accusé de caricaturer ses idées, je vous renvoie à la source [1], ou, pour aller vite, par exemple à cette entrevue donnée sur Atlantico :
Mathieu Laine

Nous vivons dans un monde de progrès. Ainsi, ce qu’il estime être le recul impressionnant de l’extrême pauvreté, voire de la pauvreté, est le fruit d’un monde fondé sur les valeurs essentielles du libéralisme.
Et certes, en effet, pour qui connaît un tant soit peu l’histoire depuis le siècle des Lumières sait que libéralisme philosophique, libéralisme politique et libéralisme économique sont allés de pair, ou plutôt qu’ils ont été inextricablement liés. Et de l’avènement de ce capitalisme « libéral » procèderait notre mode de vie et notre jouissance de la vie… L’individu proclamé désormais maître de ses goûts, de ses désirs, de ses opinions, échappe aux contraintes ancestrales qui le ligotaient, et va faire sa vraie vie, monade jetée dans l’immense mouvement brownien de nos modernes sociétés.

On pourrait faire remarquer à l’auteur, qui le sait pourtant bien, que les monades n’ont pu effectivement conquérir une partie de la satisfaction de leurs nouvelles libertés que par un combat collectif, alors que le libéralisme à la sauce capitaliste, celui qui incitait nos révolutionnaires bourgeois de 1791 à interdire toute « coalition » de salariés, s’il s’était affirmé sans contre pouvoirs, sans luttes syndicales et politiques, demeurait le libéralisme du loup dans la bergerie.
On pourrait aussi faire remarquer à l’auteur que ce béni système libéral, dans sa phase ultime des impérialismes, a généré deux épouvantables conflits mondiaux, et que nous ne sommes en rien à l’abri d’un nouveau.
On pourrait enfin lui faire remarquer que les « dérives autocratiques » qui nous menacent ont toujours été engendrées par des crises du capitalisme, elles lui sont congénitales. Chacun sait, ou devrait savoir, que c’est la bourgeoisie italienne épouvantée par la Révolution, qui a permis à Mussolini de prendre le pouvoir sous prétexte de la défendre. Chacun sait, ou devrait savoir, qu’Hitler le salvateur a été porté au pouvoir par le grand capital allemand lors de la grande crise mondiale.

Mais au-delà de ces oublis, fondamentaux, venons-en à ses recommandations politiques actuelles, qui sont clairement celles qui ont inspiré et continuent à inspirer son ami président. (Voir sa dénonciation aujourd’hui devant l’OIT d’un capitalisme devenu fou, mais l’apologie du bon capitalisme et de son monde libre. Le président est bon élève.

Il faut sauver ce monde libre, et pour cela tenir bon sur le grand principe : l’État doit assumer ses fonctions régaliennes et, pour le reste, s’en tenir au libre jeu du marché. Un libre jeu qui, bien entendu, en faisant de chacun de nous des auto-entrepreneurs maîtres de leur existence, assurerait le bonheur collectif.
Ce libre jeu, ce monde libre, nous dit-il, est aujourd’hui menacé par les tendances autocratiques populistes, portées par les extrêmes protestataires… Et il n’y a qu’un remède pour le sauveur, je le cite :

Bref, tout bonnement et tout platement, le parti unique à la sauce Macron. Le serviteur loyal du capitalisme, pour reprendre la vieille formule de Léon Blum.

Et donc, pour en revenir à mon point de départ, si je focalise sur la terrible exploitation du jeune prolétariat, et sur ses luttes, c’est avant tout pour montrer d’où nous venons, et quel chemin a patiemment été parcouru grâce à ces luttes, que la camarilla au pouvoir n’a qu’une idée, les phagocyter et les annihiler…

Notes

[1Mathieu Laine, Il faut sauver le monde libre, Plon, 2019.

1 Message

  • Sauver le monde libre ? Le 12 juin à 06:41, par Olivier Girolami

    Bonjour René.
    Ton billet me fait penser à une phrase de Marat qui dit , « Ma fonction est de réveiller constamment le peuple de sa léthargie et de lui mettre le feu au ventre pour lui épargner de se trouver égorger à l’improviste. »
    Je trouve que ton site est tout à fait en accord avec cette phrase.
    Amitiés.

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